Cameroun - Droit d’auteur : Sortir de l’ère des clans pour entrer dans celle du mérite.

Cameroun - Droit d’auteur : Sortir de l’ère des clans pour entrer dans celle du mérite.

Le droit d’auteur au Cameroun est devenu un théâtre d’ombres où le talent est souvent le grand absent. Entre un certificat d'artiste délivré par le Ministère des arts et de la culture, et des sociétés de gestion collective qui se muent en forteresses claniques, le créateur est pris au piège. À l'heure où la SONACAM (Société Nationale Camerounaise de l'Art Musical) s'apprête à rejouer son destin ce 30 avril 2026, il ne s'agit plus de changer de visages, mais de briser un système de privilèges pour installer enfin le règne de la créativité.  L’exemple de la SCAAP peut servir de boussole pour éloigner le clair-obscur qui jonche les autres sociétés.

Le statut d’artiste au Cameroun demeure un serpent de mer dont on ne saisit jamais que l'écume. D'un côté, une réalité structurelle (le Ministère) qui labellise ; de l'autre, une réalité fonctionnelle (les sociétés civiles) qui collecte et répartissent les droits aux artistes. Entre les deux ? Un épais nuage d’opacité où la mafia et les intérêts partisans dictent leur loi au mépris de la cohésion sociale. Pour sauver l'art, il faut aujourd'hui trancher dans le vif, sans passion politicienne, en plaçant le talent au-dessus des réseaux. On ne devient pas artiste par une simple signature administrative, mais des œuvres vivantes.

La fin des rentiers de la culture

Nul ne devrait prétendre au titre d’artiste, et encore moins trôner au sommet d'une société de gestion collective du droit d’auteur, s’il n’a fait ses preuves par la mise en circulation d’œuvres concrètes. C’est la condition d'accès fondamentale. Aujourd'hui, le système maintient un flou artistique sur le passage entre adhérents, stagiaires et sociétaires. Cette absence de critères clairs n'est pas un oubli, c'est l'outil d'une mafia qui croit pouvoir régner sur la fortune collective, parfois au mépris flagrant des décisions de justice.

Si l'artiste camerounais ne veut plus être perçu comme une « racaille sociale », il doit d'abord se soigner. Se soigner de cette tendance à transformer la gestion collective en un butin de guerre où les clans s'entredéchirent pour le contrôle du coffre-fort.

SONACAM : Le crash-test de la transparence

Le mal qui ronge la SONACAM ne réside pas dans ses urnes, mais dans ses tripes. La guerre des clans prend le pas sur le débat d'idées. À l'approche du scrutin qui voit s'opposer la liste du PCA sortant, Ateh Bazor (Ateh Francis Ngong à l’état civil), et celle d'Ambroise Messi, les 1 483 musiciens du corps électoral attendent autre chose que des promesses de campagne : ils attendent de la lumière.

Certains croient pouvoir régner sur la fortune collective au mépris des décisions de justice, prêts à tout pour empêcher l’émergence de nouvelles têtes au Conseil d’administration. Cette « mafia » artistique, qui traite la culture comme un butin de guerre, finit par transformer l'artiste camerounais en une véritable « racaille sociale » aux yeux de l'opinion

Comment accepter le black-out total sur les statuts, le mystère des clés de répartition ou l’absence chronique de bilans annuels de gestion ? Ces pratiques archaïques maintiennent l'artiste dans une précarité organisée, tandis que quelques-uns s'engraissent sur le dos de la création.

Un combat pour la dignité

Ce qui se joue ici dépasse les frontières du Cameroun. C'est le combat universel pour la dignité de ceux qui créent face à ceux qui gèrent. La réforme doit être radicale ou ne sera pas.

Selon les statuts de la société, ses membres sont constitués des auteurs, des compositeurs, des éditeurs de musique ainsi que leurs ayants ; résidant au Cameroun et à l’étranger. Pourtant, le système propose trois tiroirs : adhérents, stagiaires, sociétaires. Mais qui décide du passage de l'un à l'autre ? L'opacité sur ces critères de progression est le terreau fertile de toutes les frustrations. Sans une méritocratie artistique claire, la société de gestion devient une foire où la voix de celui qui crée pèse autant que celle de celui qui parasite.

Nul ne devrait trôner au sommet de nos sociétés civiles de gestion  collective du droit d’auteur s’il n’est pas lui-même un créateur. Plus encore, nul ne devrait prétendre au titre d’artiste sans la preuve d’une production concrète et d’une mise en circulation d’œuvres. C’est la condition sine qua non pour assainir l’accès aux sociétés de gestion collective.

Le Radar de Komiaza

À l’attention des futurs dirigeants de la SONACAM et du Ministère des Arts et de la Culture : le temps des arrangements entre amis est révolu. Le droit d’auteur n’est pas un compte d'épargne pour chefs de clans, c’est le salaire de la sueur créatrice. Si le prochain conseil d’administration n’ouvre pas les livres de comptes et ne définit pas une méritocratie stricte, il ne fera que prolonger l'agonie d'un secteur qui a pourtant tout pour rayonner. Le mérite n'attend pas, et le peuple des créateurs n'a plus de patience pour les ombres.

Ne l’oubliez jamais, quoi que vous fassiez ou qui vous arrive, « Parce que ce qui se dit ici, résonne partout ailleurs dans le monde. »

Par Augustin Roger Momokana