Dschang : La cité des flammes accueille le Pape Léon XIV dans la douleur.

Dschang : La cité des flammes accueille le Pape Léon XIV dans la douleur.

Tandis que le Pape Léon XIV foule le sol camerounais ce mercredi 15 avril pour un pèlerinage historique, Dschang, elle, panse ses plaies. En l'espace de 24 heures, deux incendies dévastateurs ont littéralement rayé de la carte des fleurons de l'économie locale. Chronique d'un mardi noir où la capitale de la Menoua a brûlé sous le regard impuissant d'une population désemparée.

Le calendrier est cruel. Le 14 avril 2026 restera gravé dans les mémoires comme la « journée des incendies ». Comment une seule cité peut-elle subir autant d’assauts du feu en si peu de temps ? La question hante les esprits alors que les cendres fument encore.

À l’aube : Le désastre chez Area Assurance

Tout a commencé dès les premières lueurs du jour. Le siège d'Area Assurance a été soufflé par une violence rare. Si les bureaux fermés ont évité un bilan humain, le mobilier, le parc informatique et les archives précieuses ont été arrachés à la vie.

Le spectacle était déchirant pour l'agent général, le Sénateur Etienne Sonkin. Ancien maire de Dschang et figure politique respectée, il voit sa reconversion professionnelle partir en fumée. Une fois de plus, ce sont les populations, armées de courage, qui ont fait rempart aux flammes avant que les sapeurs-pompiers, venus de Bafoussam, ne viennent sécuriser le périmètre.

Le soir : Le Marché B dévoré par une fournaise

À peine le choc de la matinée digéré, l'horreur a récidivé aux environs de 22 heures au Marché B. Plus violent, plus impitoyable, l’incendie a englouti sept menuiseries équipées, des boutiques d’art traditionnel et d’importants stocks de denrées alimentaires. Ce mercredi matin, le silence des décombres est entrecoupé par les sanglots des propriétaires. Pour beaucoup, c'est l'investissement d'une vie qui s'est volatilisé, nécessitant pour certains une prise en charge psychologique d'urgence.

L’assurance : Le parachute de la dernière chance ?

Dans ce chaos, une question de survie émerge : celle de la couverture assurantielle. Si la culture de l’assurance reste timide au Cameroun, c’est pourtant le seul levier qui pourrait permettre à ces entrepreneurs de ne pas sombrer définitivement. Mais attention au retour de flammes administratif : le patrimoine déclaré devra correspondre à l'évaluation rigoureuse des experts. Dans le malheur, la rigueur de gestion sera le juge de paix.

Le cri du cœur face au délai des secours

Pour les habitants, la distance entre les deux villes n'est pas une excuse. Leur incompréhension est totale : pourquoi Dschang est-elle dépourvue de sapeurs-pompiers ? Entre le traumatisme des commerçants tout perdus et le constat cinglant d'un manque de secours de proximité — les renforts ayant dû venir de Bafoussam, à 50 km de là — le contraste est saisissant.

Les drames de ce 14 avril ont ravivé les tensions autour de la réactivité des secours. A chaque fois, il a fallu l’intervention des sapeurs-pompiers venus de Bafoussam pour venir neutraliser l’ennemi commun. Face à l'indignation populaire, l’Adjudant-chef Etsana Calixte, Chef du Centre de secours de Dschang, a rappelé la procédure : alerté par les autorités locales, le centre a dû solliciter les renforts de la capitale régionale en attendant l'opérationnalisation complète de l'unité locale.

L’œil de Komiaza : Une bénédiction pour les sinistrés

En priant pour Yaoundé, Bamenda et Douala, le Pape Léon XIV ne pourra ignorer le cri de Dschang. Un « clin d’œil » pontifical aux victimes de la Menoua ne serait pas un acte vain. Ce serait bénir une terre qui a donné à l'Église des géants comme Mgrs Albert Ndongmo, André Wouking et Jérôme Feudjio.

À l'heure où le pape Léon XIV s’apprête à fouler les grassfields, n'est-il pas temps d'exiger une unité de sapeurs-pompiers digne de ce nom dotée d’équipements adéquats, mais surtout de restructurer les marchés et les zones à fortes concentration humaine afin que si la foi sauve les âmes, seuls les investissements sauvent les biens !

Par Augustin Roger Momokana