Le paysage institutionnel camerounais vient de subir un lifting stratégique au sein des deux chambres du Parlement. Avec l'avènement ce 17 mars 2026 de l'Honorable Datouo Théodore à l'Assemblée Nationale et de S.M. Aboubakary Abdoulaye au Sénat, le régime place ses pions pour une transition verrouillée. Entre velléités de révision constitutionnelle et redécoupage électoral, les cartes de l'après-Biya sont désormais sur la table.
Les idées forces de la reconfiguration :
LES IDÉES FORCES DE LA RECONFIGURATION :
- La Prime à la Vigueur : L’éviction de Niat Njifenji et Cavaye Yeguie marque la fin de l'ère des "grabataires" au Parlement pour sauver les fiefs électoraux du RDPC.
- L'Article 66 dans le viseur : La manœuvre prévoit de rayer la déclaration des biens de la Constitution, offrant une amnistie de fait aux gestionnaires de la fortune publique.
- Le 24 mars en ligne de mire : Ces bouleversements interviennent juste avant l'anniversaire du RDPC, transformant la fête du parti en un sacre des nouveaux visages du système.
- Le Paradoxe du Sommet : Si les lieutenants sont sacrifiés pour cause de santé, la fragilité affichée par Paul Biya (94 ans) interroge sur la suite de son propre bail au Palais.
- Glissement électoral programmé : Le Recensement Général de la Population (RGPH) de mai 2026 sert de socle à un redécoupage administratif avant toute convocation des urnes.
Le Sénat et l’Assemblée : Des « guides » pour la transition
Les nominations de Datouo Théodore (Bangou) et de S.M. Aboubakary Abdoulaye (Rey-Bouba) ne sont pas de simples changements de visages. Si pour certains, ils ne sont que des fidèles du premier cercle, pour d'autres, ils incarnent la survie du système. Aboubakary Abdoulaye devient, par la force de la Constitution actuelle, le successeur constitutionnel de Paul Biya. Le Grand Nord voit ainsi son vœu de retour au sommet du pouvoir se dessiner, à moins que la Loi Fondamentale ne change de visage lors de la session parlementaire en cours.
L'érosion des piliers : Quand la santé dicte l'agenda politique
L'éviction de Niat Njifenji et de Cavaye Yeguie n'est pas seulement politique, elle est biologique. Préoccupés par des soucis de santé de plus en plus handicapants, ces deux dinosaures n'étaient plus en mesure d'assurer la mobilisation de leurs fiefs respectifs - l'Ouest et l'Extrême-Nord - pour le RDPC. Dans le contexte d'une élection présidentielle du 12 octobre 2025 vécue comme « douloureuse » par le système, les maintenir à leurs postes aurait été suicidaire. Mais ce « nettoyage » par la base interroge le cas de Paul Biya. Si ses amis ont été sacrifiés sur l'autel de la performance et de la vigueur, qu'en est-il du Chef de l'État qui, lui-même, a montré des signes de faiblesse alarmants lors de ses dernières apparitions ? Compte-t-il profiter des charmes du palais jusqu'au dernier souffle accordé par le Ciel, ou prépare-t-il son propre retrait ?
Le 24 mars : Le sacre des nouveaux visages du RDPC
Il convient de souligner que ces grands bouleversements interviennent à l'aube de l'anniversaire du RDPC le 24 mars. Ce sont donc deux nouvelles personnalités de premier plan qui seront aux avant-postes pour ce qui s'annonce comme la célébration nationale de la victoire de Paul Biya à la dernière élection présidentielle. Cette coïncidence de calendrier n'est pas fortuite : elle permet de légitimer la nouvelle architecture institutionnelle dans une ferveur partisane, tout en affichant une image d'unité et de force retrouvée pour le « Parti du Flambeau ardent ».
L'Article 66 : Le verrou de la transparence sacrifié
Au cœur de cette manœuvre de refondation institutionnelle, l'Article 66 de la Constitution fait figure de cible prioritaire. Cette disposition, qui impose aux hauts dirigeants la déclaration de leurs biens, est restée une « lettre morte » depuis 1996. En profitant de l'ouverture du chantier de la Vice-Présidence, le régime pourrait définitivement rayer ce texte de la Loi fondamentale. L'enjeu est de taille : offrir une amnistie de fait et un bouclier juridique à l'élite dirigeante actuelle avant la passation définitive du témoin.
Le RGPH : Le levier du redécoupage électoral
Le calendrier politique est désormais dicté par les statistiques. Le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH), prévu pour avril-mai 2026, est l'argument massue pour retarder les législatives et municipales. Ces chiffres permettront au RDPC de pilonner la carte administrative, créant de nouvelles circonscriptions sur mesure. Ce n'est qu'après ce remodelage territorial et la formation d'un probable nouveau gouvernement que le jeu électoral pourra véritablement reprendre, laissant l'opposition face à une machine de guerre électorale rénovée.
Le radar de Komiaza :
Le Cameroun n'a jamais été aussi proche du grand basculement. Mais attention, construire un boulevard pour un Vice-Président en sacrifiant la transparence et en ignorant les signes de fatigue au sommet est un pari risqué. La stabilité d'un pays ne se gagne pas par des manœuvres de coulisses, mais par la vérité. Le peuple, lui, observe ce crépuscule des idoles en attendant l'aube d'une ère nouvelle.
Par Augustin Roger MOMOKANA
MEDIAS
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