Enseignement Technique : Les Journées Portes Ouvertes, un étalage de génie condamné à l’oubli ?

Enseignement Technique : Les Journées Portes Ouvertes, un étalage de génie condamné à l’oubli ?

Chaque année, les lycées techniques du Cameroun ouvrent leurs portes pour dévoiler des prouesses technologiques nées de l’ingéniosité des élèves. Pourtant, une fois les lampions éteints, ces inventions rejoignent souvent les tiroirs de l'indifférence. Pour Komiaza, l'exemple du Lycée Technique de Ngaikada pose une question brutale : à quoi sert de former des génies si c'est pour offrir leur prospérité aux industries étrangères ?

Les idées forces du plaidoyer :

  • Le sacre du génie local : Les élèves de Ngaikada ont réussi la prouesse de combiner menuiserie métallique, mécanique auto et électricité pour créer un véhicule fonctionnel.
  • Le paradoxe de l'investissement : Des journées portes ouvertes qui devraient être des forums de financement, mais qui se limitent à de simples expositions sans lendemain.
  • La fuite des cerveaux programmée : Sans soutien étatique, ces inventeurs finiront par faire la richesse des pays qui, eux, savent encourager le talent.
  • Célébrité vs Utilité : Une critique acerbe d'une société qui encense les influenceurs TikTok au détriment des créateurs de solutions industrielles.
  • Appel à un budget de transformation : L'exigence de voir l'État consacrer une ligne budgétaire spécifique au prototypage et à la production des meilleures innovations scolaires.

Ngaikada : Quand la menuiserie et la mécanique fusionnent

Il faut saluer le leadership de Madame Babba Marianne, Proviseur du Lycée Technique de Ngaikada. Sous son impulsion, les élèves ont brisé les barrières entre les filières pour accoucher d'un projet industriel concret. Mais une question brûle toutes les lèvres : que va devenir cette voiture après la clôture des festivités ? Sera-t-elle reléguée au rang de simple curiosité ou servira-t-elle de « cadeau d’anniversaire » symbolique ? Le Cameroun ne peut plus se contenter de "cadeaux", il a besoin de brevets et de chaînes de montage.

Le forum des occasions manquées

Les Camerounais se posent mille et une questions sur la finalité de ces rendez-vous annuels. L'impact sur la transformation sociale reste quasi invisible. On admire le savoir-faire des enfants, on les félicite, puis on les abandonne. Ce ne sont pas les discours qui équiperont les ateliers de demain, mais des financements réels et des commandes publiques. Exposer pour exposer ne sert à rien si l'État ne s'engage pas à transformer cette crème de l'innovation en produits "Made in Cameroon".

Une hiérarchie des valeurs inversée

Le constat est glaçant : notre pays semble plus prompt à encourager ceux qui dansent sur les réseaux sociaux qu’à soutenir ceux qui soudent le futur. Cette prime à l'éphémère au détriment du génie créateur est une insulte à l'avenir. Si le budget national ne suit pas le génie de ces élèves, nous condamnons nos enfants à devenir les cadres des industries étrangères. Félicitations aux enfants du Cameroun qui, par la force des choses, feront demain la prospérité des autres.

Le radar de Komiaza :

Les Journées Portes Ouvertes ne doivent plus être une foire aux illusions. Nous appelons le gouvernement à créer un fonds de transition entre le prototype scolaire et l'unité de production. Un pays qui ne protège pas ses inventeurs est un pays qui importe son propre déclin. Madame le Proviseur a fait sa part, à l'État de jouer la sienne.

Par Augustin Roger MOMOKANA