L’Afrique du Sud est aux abois. Ce ne sont pas les Blancs contre les Noirs, mais les Noirs sud-africains sont les noirs ressortissants de pays africains. Les flammes de la haine lèchent les murs de nos cités africaines et le sang des frères irrigue le sol de la trahison. A travers Afrophobie, Augustin Roger Momokana sort de sa réserve. Dans ce poème au rythme de mitraille, il ne se contente pas de dénoncer : il questionne l'ivresse d'un continent qui dévore ses propres enfants et appelle à un exorcisme collectif. Un texte nécessaire, brutal, et viscéralement panafricain.
AFROPHOBIE
Traque-le
Car il est ton frère
Brûle-le
Car il te ressemble
Tue-leCar il partage ton sang.
Hier
Le Blanc te fouettait
Le Blanc te parquait
Le Blanc t’humiliait
L’Afrique t’accueillait.
Aujourd'hui
Tu fouettes le frère
Tu parques l’étranger
Tu humilies le voisin
Tu brûles l’Afrique.
Sans le Nigérian
Qui es-tu ?
Sans le Ghanéen
Où vas-tu ?
Sans le Kényan
Que deviens-tu ?
Mandela pleure
Tutu s’étouffe
Biko se révolte
Sankara s’étonne.
Regarde la flamme
C’est ton magasin qui brûle
Regarde le sang
C’est ton avenir qui coule
Regarde le pneu
C’est ton histoire qui s'éteint.
Hier, l’Afrique t’a libéré
Aujourd’hui, tu emprisonnes l’Afrique.
Qu’est-ce qu’ils ont bu
Qu’avez-vous mangé
Qu’est-ce-qui vous arrive
Voulez-vous vous confessez
Venez, mes frères
Allons vous exorciser.
Arrêtons la haine
Car la haine c’est la mort
Bâtissons l’Afrique
Car l’Afrique c’est la vie.
Le Radar de Komiaza
Le réveil est brutal. En nous livrant ce texte, Augustin Roger Momokana ne fait pas de la poésie de salon ; il dresse un constat de faillite morale. Le Radar de Komiaza voit clair : derrière chaque pierre jetée contre un frère nigérian ou zimbabwéen, se cache la main invisible de ceux qui craignent une Afrique debout.
La xénophobie n'est pas un problème de pauvreté, c'est une pathologie de l'ignorance. Lorsque nous brûlons le magasin de l’autre, nous transformons nos propres pays en ghettos et nos rêves en cendres. L'exorcisme proposé ici est une urgence absolue : il faut purifier nos consciences du venin de la division avant que le « monde à l’envers » ne devienne notre seule réalité.
Aux parties prenantes de cette tragédie, ne l’oubliez jamais, quoi que vous fassiez ou quoi qu'il vous arrive : l'histoire ne pardonne pas aux complices de leur propre destruction. Car ce qui se brise ici, résonne comme une défaite pour toute la race humaine partout ailleurs dans le monde.
Komiaza








