Le 7 mai 2026, l’auditorium Joseph Fondjo de l’Université de Dschang n'a pas seulement accueilli un séminaire ; il a été le témoin d'un basculement de paradigme. Sous l'impulsion de la FASA (Faculté d'Agronomie et des Sciences Agricoles), la Zootechnie camerounaise a officiellement fait son entrée dans l'ère de l'industrie 4.0. Entre Cuniculture de précision et souveraineté numérique, le message est clair : les zootechniciens moulés à l’Université de Dschang entendent s’imposer dans les règles du marché mondial. Komiaza décrypte ce bond en avant où la science animale va devenir le nouveau levier de puissance du Cameroun.
L'Import-Substitution : La Zootechnie comme arme de conquête
Cette offensive académique s'inscrit en droite ligne des grandes orientations du Chef de l'État. Alors que le Président Paul Biya appelle à la concrétisation urgente de la politique d'import-substitution, l'Université de Dschang brandit la formation des ingénieurs agronomes zootechniciens comme son nouveau levier de conquête. L'enjeu est colossal : en révolutionnant la production animale locale, ces experts vont mettre un terme à l'évasion massive des devises destinées aux importations de denrées carnées.
Plus qu'une simple réponse technique, cette élite est le moteur d'une nouvelle ingénierie de la prospérité. En libérant le Cameroun de sa dépendance extérieure, la filière zootechnique s'apprête à générer des milliers d'emplois directs dans les secteurs public et privé. Elle ouvre surtout la voie à l'émergence d'un nouveau corps de métier : celui de consultant et d'expert-conseil de haut vol, capables d'accompagner la transformation structurelle de notre économie rurale vers une agropole industrielle de rang mondial.
L’appel du terrain : De la paillasse à l'industrie lourde
Loin des théories de tiroir, la FASA connecte désormais ses cerveaux aux réalités brutales du marché. Le Dr Charles Bienvenu Djonko (cuniculteur et promoteur de Mange Lapin Sarl) a jeté un pavé dans la mare : la cuniculture (élevage de lapins) est le gisement de croissance le plus rentable de l'heure et le plus propre à la santé humaine, à condition d'y injecter de la génétique de pointe. L'annonce de recrutements immédiats au sein de son entreprise n'est pas qu'une offre d'emploi, c'est un signal : la Zootechnie de Dschang est désormais le fournisseur officiel de l'intelligence industrielle du secteur privé.
Cette ambition rencontre la vision régalienne. L’annonce tonitruante par la SODEPA du projet de 35 000 hectares de champs fourragers change la donne. Le Cameroun a besoin d'architectes du vivant, capables de dompter la chaîne de valeur du bétail à l'échelle continentale. La FASA ne forme plus des diplômés, elle déploie des stratèges de la sécurité alimentaire.
La « Data-Souveraineté » : l’IA, arme de construction massive
Le moment de rupture est venu avec l’intervention de l’expert Edme Gabin Djieudji Tchemgoum (informaticien CATI²-Uds). Le constat est cinglant : l’Afrique ne produit que 5 % des données mondiales, alors qu’elle est le laboratoire de demain. À Dschang, l’Intelligence Artificielle n’est plus un gadget, mais une arme de précision. Fini donc l’usage naïf des outils numérique. Les élèves ingénieurs agronomes zootechniciens doivent se mettre à l’école de l’IA. Apporter à l’IA des données bien récoltées, analysées et filtrées.
L’exemple du projet de l'Ingénieur Lasconi Djossu (Délégué départemental du MINEPIA/ Menoua) à Penka-Michel est édifiant : utiliser l’IA pour surveiller les flux de transhumance par algorithmes afin d'éteindre les conflits agropastoriaux. C’est la science qui apporte la paix sociale. La consigne aux étudiants est sans détour : « Produisez des données africaines pour des solutions africaines. » La Silicon Valley n'a plus le monopole de l'innovation ; le prochain algorithme de rupture doit naître au pied des montagnes de la Menoua.
L'Élite Zootechnicienne : Le bien-être comme moteur de performance
Sous le regard du Pr Félix Meutchieye, le Département de Zootechnie de l'Université de Dschang a réaffirmé sa fonction élitiste : celle de former non plus seulement des ingénieurs-concepteurs de la performance animale, mais des chercheurs de haut vol. Ici, l'approche traditionnelle a laissé place à une science de pointe où l'on ne se contente plus de « soigner » l'animal. On le place au cœur d'un écosystème de haute technologie où la bio-informatique, la nutrition moléculaire et la biotechnologie fusionnent pour maximiser le rendement national sans compromis éthique.
Cette mutation académique est le socle d'une révolution économique. En maîtrisant la complexité des données génomiques et des formulations alimentaires de précision, le département offre au Cameroun les clés de son autonomie. La FASA envoie ainsi un message sans équivoque au monde : nos laboratoires possèdent désormais l'expertise nécessaire pour transformer nos matières premières locales — du soja au maïs, en passant par les fourrages de haute valeur — en protéines animales d'excellence.
L’Œil de Komiaza
Le séminaire organisé par le département de Zootechnie marque la fin de l'impuissance. En mariant la biologie animale à l'informatique prédictive, l’université de Dschang prouve que la souveraineté se gagne dans les laboratoires avant de se consolider dans les champs. Le partenariat SODEPA-FASA-Privé est le triangle d'or de l'émergence.
Aux futurs ingénieurs agronomes zootechniciens: vous êtes les gardiens d'un trésor national. On mange de la viande ou on attend encore ? Ah ! Vous êtes déjà debout ! Ne l’oubliez jamais, quoi que vous fassiez : ne développez pas de solutions pour l'exil, mais pour la transformation de votre propre terroir. Car ce qui se conçoit et se numérise aujourd'hui à Dschang, résonne comme une promesse de puissance partout ailleurs dans le monde.
Augustin Roger MOMOKANA







