Foto -Dschang : les funérailles de « Papa Caillé » clôturent la saison 2026 en apothéose.

Foto -Dschang : les funérailles de « Papa Caillé » clôturent la saison 2026 en apothéose.

Dschang a vibré au rythme d’un événement hors norme le samedi 28 mars 2026. Plus de vingt ans après son départ, le patriarche Zeutsop Takoua Caillé, connu sous l'affectueux nom de « Papa Caillé » a reçu un hommage à la mesure de sa légende. Entre démonstration de puissance traditionnelle et défilé de hautes personnalités, ses funérailles marquent la fin solennelle des célébrations mémorielles dans le groupement Foto.

Le village Nteuh n'avait pas connu une telle effervescence depuis longtemps. Pour honorer la mémoire de celui que tous appelaient « Papa Caillé », né en 1908 et décédé en 1995, la grande famille, menée par le patriarche Henri Fosso (Président de FIMEX International), a mis les petits plats dans les grands. L'événement, qualifié avec humour par l'impresario de « riz » - par opposition au modeste « fufu » - a été une véritable démonstration de « pouvoir et d'avoir ».

Un sommet de l'État au cœur de la tradition

La stature du défunt et de sa descendance a drainé un parterre de personnalités rarement réuni en un seul lieu. Le Vice-Premier Ministre et Secrétaire Général du RDPC, Jean Nkueté, a rehaussé la cérémonie de sa présence, aux côtés de Gabriel Mbairobe (Ministre de l’Agriculture et du Tourisme par intérim) et du Dr Jean De Dieu Momo (Ministre Délégué auprès du Ministre de la Justice). Directeurs généraux et des Parlementaires ont également fait le déplacement, témoignant de l'influence durable de cette lignée.

Le ballet des chefs traditionnels: l’immersion culturelle.

Le clou du spectacle fut sans conteste le gigantesque ballet culturel. Sous la conduite du chef du village Balivonli, une vingtaine de gardiens du temple, arborant leurs tenues d'apparat (Azeng), ont offert une démonstration de noblesse. On a pu voir Sa Majesté Momo Soffack Ier, le souverain des Foto, se trémousser avec ferveur, entouré de ses pairs venus de Bafou, Baleveng, Foréké-Dschang et Fossong Ellelem.

Parmi les têtes couronnées ayant marqué cette immersion, citons SM Zeufack II Joseph (Fonakeukeu), SM Donfack Beaudelaire (Denkop), ainsi que les dignitaires Ndi Kem Nteuh et Ndi Kuéti Leffé. Un moment de retrouvailles et de découverte qui a rappelé la richesse du patrimoine culturel de la Menoua.

Un impact citoyen et social

Au-delà de la splendeur des danses et de la gastronomie, les funérailles grandioses de Papa Caillé ferment le chapitre des célébrations de l'année 2026 dans le groupement Foto. Ce qui signifie le début effectif des semailles. Gare à ceux qui ont trainé les pas. Pour la communauté, ces moments sont essentiels : ils renforcent la cohésion sociale, affirment l'identité culturelle et permettent de transmettre aux jeunes générations les valeurs de respect et de mémoire.

La famille de « Papa Caillé » peut se frotter les mains : le patriarche a reçu des adieux dignes de son rang, et le groupement Foto a prouvé, une fois de plus, qu’il sait honorer ses grands hommes avec éclat.

Il convient de souligner que la grande parade du 28 mars avait été précédée les 26 et 27 mars par les funérailles respectivement des enfants défunts et des épouses de Papa Caillé. On ne mélange pas ces trois catégories car chacun a droit à un correspondant à son statut social.  Au total, ce sont les mémoires de 26 défunts (le grand-père (Père de Papa Caillé), le père (Papa Caillé), oncles, fils, épouses, frères et sœurs, belles-filles et petits-fils) qui ont été honorées.

L’acte de naissance d’une légende : Comment Zeutsop Takoua est devenu « Papa Caillé »

Tout se joue en avril 1957, dans les bureaux de l’état civil à Dschang. Pour établir le jugement supplétif nécessaire à la scolarité du jeune Fosso, l’administration coloniale et la tradition orale se livrent à un duel mémorable. À l’officier qui s’enquiert de son identité, Zeutsop Takoua confesse que son habitude de se rendre en ville pour acheter les fournitures scolaires de son fils lui a valu le surnom populaire de « Papa Cahier ». Amusé par ce sobriquet qu’il associe immédiatement à René Caillé, le célèbre explorateur de Tombouctou, l’officier décide sur-le-champ d’en faire un prénom officiel. D’un trait de plume, Zeutsop Takoua devient définitivement Papa Caillé. Chaque individu devait avoir un nom, mais surtout un prénom.

Nous invitons à feuilleter notre sélection photo des funérailles de Papa Caillé qui ont réuni plusieurs milliers personnes à Nteuh où on ne lésine pas sur les moyens pour honorer les défunts.

Par Augustin Roger MOMOKANA