Dans la nuit du jeudi 21 mai 2026, aux environs de 1 heure du matin, le Centre de secours de Dschang a connu son véritable baptême du feu. Alertés par le réseau citoyen informel des conducteurs de mototaxis, l'Adjudant-Chef Etsana Calixte et son bataillon se sont déployés en urgence au cœur de la ville pour circonscrire un violent incendie consumant un bâtiment commercial et résidentiel en face de l’entrée du Marché A, descente paroisse Saint Augustin. Inaugurée le 7 mai dernier, cette unité d'élite des sapeurs-pompiers a administré une cinglante réponse aux préjugés populaires sur le prétendu retard des secours, réalisant un exploit logistique en moins de 15 minutes, avant que les failles infrastructurelles critiques de la cité universitaire ne viennent paralyser l'opération.
Une riposte chirurgicale contre les flammes : L'exploit tactique face aux préjugés
Moins de quinze minutes après l'alerte, à une heure où l'obscurité de Dschang complique toute logistique de crise, le camion-citerne des soldats du feu était déjà positionné sur les lieux du sinistre. Face à un brasier dévorant une structure abritant des boutiques, des habitations et deux salons de coiffure — dont la principale victime est M. Tamo Yves, président de la Jeunesse Africaine Unie pour la Paix (JAUP) —, l'Adjudant-Chef Etsana Calixte a fait preuve d’une rigueur tactique remarquable. Conscient de la densité extrême et de l'enchevêtrement de l'habitat dans ce quartier, le bataillon a immédiatement ordonné de ceinturer le foyer afin d'étouffer tout risque de propagation aux bâtiments contigus. Cette manœuvre de confinement salvatrice a évité un embrasement en chaîne qui aurait pu s'étendre jusqu'à la rue de l'agence de voyages Diamond, orchestrant une victoire logistique saluée par les applaudissements nourris des riverains.
Le piège de l’embourbement : Le paradoxe Camwater et le procès de la pression
La réalité du terrain a brutalement rattrapé l'équipage après l'épuisement des 5 000 litres d'eau de la première charge, mettant à nu le chaînon manquant de la sécurité urbaine au Cameroun. En logistique incendie, la citerne d'un camion sert uniquement à mener l'attaque initiale en attendant le branchement sur le réseau urbain ; or, en l'absence totale de bornes d’incendie fonctionnelles au centre-ville, le mastodonte a dû effectuer des rotations anachroniques vers le lac municipal pour se ravitailler par aspiration. C’est lors de la seconde noria que l'incident critique est survenu : lourdement chargé et manœuvrant sur un sol meuble rendu spongieux par les pluies abondantes, le camion s'est profondément embourbé, paralysant temporairement la continuité des secours jusqu'à l'extraction matinale par un engin Caterpillar de la mairie. Ce blocage révèle le manque de coopération technique entre la Camwater et la municipalité : pour ouvrir des bouches d'incendie conformes, la Camwater doit impérativement investir dans la modernisation de ses canalisations pour garantir une pression constante minimale de 1 bar, sans quoi les initiatives de la mairie resteront des coquilles vides.
L'obligation de performance municipale : Le prix de l'inaction publique locale
Ce sinistre survenu à moins de 100 mètres de l’entrée du Marché A doit impérativement servir d'électrochoc juridique et managérial pour l’exécutif communal de Dschang. En vertu du Code général des CTD de 2019, le Maire est le garant légal de la police de la sécurité et de la salubrité sur son territoire, tandis que les normes d'urbanisme issues de la loi du 21 décembre 2015 régissant l’activité commerciale imposent l'installation d'un poteau d'incendie pressurisé tous les 150 à 200 mètres dans les zones marchandes denses. En sciences de gestion publique, on enseigne que le coût de la prévention est toujours inférieur au coût de la réparation ; le budget nécessaire à l'aménagement de trois bouches d'incendie au Marché A est dérisoire face aux millions de FCFA de pertes économiques subies par ces commerçants locaux. L'autorité municipale et son partenaire semencier d'eau sont désormais face à leurs responsabilités : la planification d'un réseau d'eau sous pression n'est plus une option de développement lointaine, mais une urgence de protection civile non négociable.
Le radar de Komiaza
Au-delà de la liesse populaire qui a salué la bravoure de nos sapeurs-pompiers, cet incendie est venu pour rappeler que le management des risques urbains ne peut se satisfaire d'exploits individuels face à la faillite des infrastructures de base. Une République moderne ne peut se contenter d’inaugurer des casernes à grand renfort de communication si elle s'avère incapable de fournir de l'eau sous pression au cœur de ses marchés, car « ce qui se dit ici résonne partout dans le monde ». Le courage de l'Adjudant-Chef Etsana Calixte et de ses hommes mérite des outils à la hauteur de leur engagement républicain. L’urbanisation rapide de nos cités camerounaises exige un pacte de responsabilité sans faille entre l'État, les municipalités et le distributeur public d’eau, afin que la sécurité des biens et des vies des contribuables cesse d’être la victime collatérale d'un camion de secours embourbé au bord d'un lac.
Par Augustin Roger Momokana







