Affaire Blanche Ndontsa : Le Pr Christian Fouelefack, otage d’un procès sans fin à Dschang ?

Affaire Blanche Ndontsa : Le Pr Christian Fouelefack, otage d’un procès sans fin à Dschang ?

Depuis avril 2024, le sort du Professeur Christian Fouelefack semble figé entre les murs de la prison et les couloirs du Palais de justice de Dschang. Accusé du meurtre de son épouse, l'enseignant de l'Université de Dschang fait face à une procédure qui s'étire, laissant planer l'ombre d'un acharnement aux relents politiques. Pour Komiaza, l'enlisement de ce dossier interroge : juge-t-on un homme ou un candidat gênant ?

Les idées forces du dossier :

  • Un corps en otage : La dépouille de Blanche Ndontsa, sous scellés depuis près de deux ans, serait dans un état de décomposition avancé.
  • Une accusation vacillante : Les plaignants admettent ne s'appuyer que sur un rapport d'autopsie, évoquant parfois des griefs personnels plutôt que des preuves matérielles.
  • Manœuvres dilatoires : La défense, menée par Me Sandrine Sokeng, dénonce des renvois systématiques fondés sur des « prétextes fallacieux » de l'accusation.
  • Le spectre politique : Fondateur du Parti du Triangle National (PTN), l'aura de l'universitaire à Dschang semble peser plus lourd que le dossier judiciaire.
  • L'ombre du calendrier électoral : À l'approche des échéances locales, la détention prolongée est perçue par l'opinion comme une stratégie de neutralisation d'un adversaire redoutable.

Un corps sous scellés et une procédure enlisée

Le drame remonte au 13 avril 2024, date du décès de Blanche Ndontsa, également enseignante à l'Université de Dschang. Près de deux ans plus tard, la dépouille est toujours sous scellés, dans un état de décomposition avancé selon les révélations de l'audience du 2 février 2026. Si l'accusé clame son innocence, sa défense, menée par Me Sandrine Sokeng, dénonce des « prétextes fallacieux » multipliés par l'accusation pour obtenir des renvois systématiques depuis juillet 2025.

Des preuves qui vacillent

Le dossier d'accusation semble pourtant fragile. En mars 2025, les plaignants (les parents de la défunte) ont admis ne disposer que du rapport d’autopsie pour soutenir la thèse de l'assassinat. Plus troublant encore, le père de la victime aurait justifié sa plainte par la qualité des rapports personnels entretenus avec son gendre plutôt que par des faits matériels irréfutables. Même avec l’abandon progressif et étonnant des preuves, la justice reste muette.

L’ombre de l'aura politique

Derrière le drame familial, la figure politique du Maître de Conférences interroge. Transfuge du MRC et fondateur du Parti du Triangle National (PTN) en 2021, Christian Fouelefack affichait des ambitions claires pour les élections locales.

À Dschang, l'opinion publique ne s'y trompe pas. Alors que le spectre des élections s'éloigne suite au discours présidentiel du 10 février dernier, certains voient dans ce maintien en détention une volonté de neutraliser un candidat redoutable. « Voilà notre maire qui est emprisonné », lancent ironiquement des habitués du tribunal, suggérant que l'aura politique de l'universitaire pèse plus lourd dans la balance que les preuves judiciaires.

Justice ou calendrier politique : l'heure du choix pour Dschang

L’enlisement de ce procès pose une question de fond sur l’indépendance de la justice camerounaise : le Tribunal de Grande Instance de la Menoua juge-t-il un homme ou un candidat ? En laissant l’accusation multiplier les manœuvres dilatoires alors que les preuves matérielles s'effritent, l'institution judiciaire prend le risque de confirmer les soupçons d'une « commande politique » visant à écarter un adversaire redoutable des prochaines joutes municipales.

Pour le Professeur Christian Fouelefack, chaque jour passé derrière les barreaux sans verdict clair est une entaille à la présomption d'innocence, mais aussi un signal inquiétant envoyé à ceux qui croient encore à la compétition électorale par les idées. Si la justice ne parvient pas à se détacher des calculs de coulisses, elle ne fera que renforcer l'aura d'un homme qui, aux yeux de beaucoup à Dschang, est déjà passé du statut d'accusé à celui de martyr politique.

Quelle issue pour le Professeur ?

Alors que les pièces du puzzle semblent toutes réunies, le tribunal de Dschang tarde à trancher. Christian Fouelefack, spécialiste de l'histoire économique et sociale, continue de plaider non coupable. Entre embrouilles procédurales et enjeux électoraux, la question demeure : la justice rendra-t-elle son verdict sur des faits ou sur un agenda politique ?

Par Augustin Roger MOMOKANA