Alors que les échos des funérailles du patriarche Kenoue faisaient vibrer le village, un homme, pelle à la main et front en sueur, s'activait sur la chaussée. Trigni Assadio Pierre, figure bien connue de la Chambre d’Agriculture, a décidé de consacrer son temps libre à une mission titanesque : maintenir praticable le kilomètre de route reliant l’école publique de Nzinkop au Lycée Technique de Bafou. Pour Komiaza, cet « architecte de la terre » livre un plaidoyer par l'action pour le développement communautaire.
Les idées forces de cet engagement hors-norme :
- Un sacerdoce hebdomadaire : Depuis six ans, à raison de quatre séances par mois, il entretient seul ce tronçon vital pour les quartiers Nzinkop, Koukoue, Metsop, Zem et Lashui.
- L’onction royale : Le Chef Supérieur du Groupement Bafou s’est arrêté à trois reprises pour encourager ce volontaire, un geste qui galvanise son énergie.
- La reconnaissance des pairs : Patrick Tsakem, président de l'association Take Care, a salué la précision chirurgicale des rigoles tracées à la main par ce bénévole.
- Un leader agropastoral : Membre élu à la CAPEF et responsable départemental de la PANOPAC, il prouve que l'élite peut et doit mettre "la main à la pâte".
- Appel au soutien : Un besoin pressant en matériel de travail et une invitation aux élites à copier cet exemple pour pérenniser nos infrastructures.
L'amoureux de la route : Entre racines d'eucalyptus et sissongho
Tout a commencé par une volonté de dégager les herbes envahissantes et les racines qui dégradaient la chaussée. Au fil des coups de pioche, Trigni Assadio Pierre confesse être « tombé amoureux de cette route ». Aujourd’hui, son objectif est simple : dompter les eaux de pluie pour que la chaussée reliant Nzinkop, Koukoue, Metsop, Zem et Lashui reste praticable. Samedi dernier, pendant que le village célébrait ses morts, lui célébrait la vie en s'assurant que les eaux ne dictent plus leur loi. « C’est notre voisin qui est mort, j’y étais hier. Mais ce travail doit être fait », lance-t-il avec une détermination qui impose le respect.
Une technicité « faite main » qui séduit les élites
De passage pour les cérémonies, Patrick Tsakem, figure de proue de l'association Take Care, n'a pu s'empêcher de marquer un arrêt. Médusé par la qualité du drainage - qu'il croyait initialement réalisé par un engin mécanique - il a tenu à encourager le volontaire par un geste symbolique. Pour M. Assadio, ces marques de reconnaissance, ajoutées aux encouragements répétés du Chef Supérieur Bafou, sont son véritable salaire. Elles transforment la fatigue en une énergie renouvelée pour les trois heures de labeur qu'il s'impose quotidiennement.
Un appel aux élites et à la jeunesse
Trigni Assadio Pierre ne se contente pas de curer les rigoles ; il interpelle la conscience collective. Il regrette que certains riverains attendent son passage pour dégager l'accès à leur propre concession. Malgré sa détermination, l'entretien manuel a ses limites : le matériel s'use. Il lance donc un appel vibrant aux élites pour un soutien logistique, mais surtout à ses frères du terroir : « Mon souhait est que les gens copient mon exemple partout à Bafou. Quand je vois les parents et les enfants heureux parce qu'il n'y a plus de trous, je reçois l'énergie pour continuer », s'exclame ce père de triplés qui siège pourtant dans les hautes instances de la CAPEF (Chambre d'Agriculture, d’Elevage, des Pêches et des Forêts du Cameroun).
Le citoyen aux deux visages
L’engagement citoyen de Trigni Assadio Pierre est hors norme. Responsable départemental de la PANOPAC (Plateforme Nationale des Organisations Agro-Sylvo-pastorales et halieutiques du Cameroun), cet agriculteur passionné prouve que l’« on peut arrêter son travail personnel pour servir sa communauté sans être payé », confie-t-il à Komiaza, entre deux coups de pelle. Quelques heures après son labeur, on retrouve le même homme dans la cour des funérailles, arborant son habit de lumière, serein et digne. Ce contraste saisissant entre le travailleur de force et le dignitaire résume toute la noblesse de son action : savoir quitter le costume pour la tenue de chantier afin que la communauté puisse avancer.
Radar Komiaza
L'action de Trigni Assadio Pierre est un rappel puissant que le développement est d'abord une affaire de volonté citoyenne. Si chaque quartier comptait un tel « architecte de la terre », nos routes ne seraient plus des calvaires. Nous appelons les élites de la Menoua à soutenir logistiquement ce bâtisseur de l'ombre.
Le radar Komiaza
L'action de Trigni Assadio Pierre est un rappel puissant que le développement est d'abord une affaire de volonté citoyenne. Si chaque quartier comptait un tel « architecte de la terre », nos routes ne seraient plus des calvaires. Nous appelons les élites de la Menoua à soutenir logistiquement ce bâtisseur de l'ombre.
Par Augustin Roger MOMOKANA







