Conflits fonciers dans l'Ouest: L’ASFOCAM s’installe à Dschang pour défier l'anarchie et la corrupti
Les tribunaux du Cameroun croulent sous le poids des litiges fonciers, théâtres de superpositions de titres et de tragédies sanglantes. Face à cette insécurité systémique et à l'émiettement des compétences étatiques, l’Association Foncière du Cameroun (ASFOCAM) a officiellement déployé son Antenne régionale de l’Ouest le vendredi 10 juillet dernier à Dschang. En installant son tout premier responsable, le prince Alexis Pokam, cette organisation n'entend pas jouer les agences immobilières mercantiles. Elle se positionne comme un laboratoire d'expertise et de salubrité publique pour moraliser la gestion de la terre.
En Bref
- (Le Fait) : Lancement officiel de l’Antenne régionale Ouest de l’ASFOCAM et installation de son premier dirigeant.
- (Le Lieu/La Date) : Dschang (Département de la Menoua), le vendredi 10 juillet.
- (Le Chiffre clé) : 5 ministères se disputent stérilement la gouvernance de la terre au Cameroun.
- (L'Enjeu) : Désamorcer les bombes foncières nées du boom immobilier universitaire à Dschang.
- (L'Impact direct) : Structuration de bureaux de proximité dans les 8 départements de l'Ouest.
Le foncier au Cameroun : Une poudrière sociale alimentée par le flou institutionnel
La gestion de la terre au Cameroun est devenue le premier vecteur d'instabilité sociale et de criminalité de proximité. Dans la seule région de l'Ouest, la multiplication des doubles ou triples titres fonciers sur une même parcelle sabote ouvertement les discours officiels sur le vivre-ensemble. Cette anarchie n'est pas le fruit du hasard, elle découle d’un éclatement des compétences étatiques.
Pas moins de cinq ministères (Domaines, Agriculture, Administration territoriale, Forêts, Mines) se disputent la gouvernance des terres. Cette multiplicité d’acteurs dépouille le pays d’une vision claire et cohérente. C’est dans cette brèche juridique et administrative que s'engouffre l’ASFOCAM, non pas comme un pouvoir parallèle, mais comme un espace d’expertise neutre pour éduquer des populations abandonnées à l'ignorance des textes.
Le paradoxe de Dschang : Quand le boom universitaire dicte sa loi à la capitale régionale
Le choix d'installer le siège régional de l'association à Dschang, plutôt qu’à Bafoussam, chef-lieu de la région, est une décision hautement stratégique. Le président national, Etienne Ngoa, pose un diagnostic implacable : la présence de l'Université de Dschang génère un "boom foncier" agressif. La pression démographique des étudiants et des investisseurs transforme chaque mètre carré en une mine d'or spéculative.
Cette ruée vers le terrain aiguise les appétits, multiplie les spoliations et sature les tribunaux locaux de plaintes. Présent à la cérémonie, le Préfet de la Menoua, Itoe Peter Mbongo, a salué ce choix audacieux. Le chef de terre a reconnu l'impuissance des administrations traditionnelles en martelant que « les administrations foncières spécialisées ne peuvent pas à elles toutes seules porter la charge ».
La feuille de route du prince Alexis Pokam : Enrayer le business du faux à l'Ouest
Face à ce désordre organisé, le nouveau chef d'antenne régionale, le prince Alexis Pokam, a prêté serment et ratifié la charte de l'association, dévoilant une stratégie de maillage territorial accélérée :
Installation à Dschang ➔ Création des 8 bureaux départementaux ➔ Déploiement des représentations communales ↓
Résultat : Une veille foncière de proximité pour stopper les transactions frauduleuses.
Cette structuration vise à réintégrer l’humain au centre de la gouvernance des terres. Pour l'ASFOCAM, le travail proprement dit consistera à substituer la culture de l'affrontement judiciaire par celle de la prévention et de la médiation. En apportant l'ingénierie foncière au plus près des communautés villageoises, l'antenne veut tarir la source des litiges avant qu'ils ne se transforment en tragédies sanglantes.
Alliances stratégiques : L'ingénierie citoyenne au secours du bras armé de l'État
Bien que créée récemment en 2025, l’ASFOCAM a compris qu’elle ne pouvait pas mener cette guerre de moralisation de manière isolée. L’élévation du Préfet de la Menoua au rang de président d’honneur de l’association — matérialisée par la remise d'un diplôme académique — n'est pas une simple flatterie protocolaire. C’est un acte politique majeur visant à adosser l'expertise de la société civile à l'autorité républicaine pour garantir l'application des textes sur le terrain.
L'association, qui compte déjà à son actif des colloques de haut niveau associant magistrats et universitaires, rappelle une vérité fondamentale : « la terre est la mémoire silencieuse des générations passées ». En ramenant de l'éthique là où les prédateurs immobiliers ont imposé la loi du plus fort, l'ASFOCAM tente d'imposer une thérapie de choc pour assainir le domaine national.
Le Radar de Komiaza
- La Leçon à tirer : L'installation de l'ASFOCAM à Dschang démontre que la crise du foncier au Cameroun n'est pas une fatalité liée à la rareté des terres, mais le résultat direct de la faillite morale des promoteurs et du chevauchement stérile des ministères. Seule une coalition entre l'expertise citoyenne et l'autorité républicaine permettra de désamorcer la poudrière foncière qui menace la paix sociale dans l'Ouest.
- Le Débat Komiaza : Face à l'incapacité chronique des cinq ministères sectoriels à sécuriser le domaine national, l'État du Cameroun ne devrait-il pas dissoudre ces compétences éparpillées pour créer une agence nationale unique et indépendante de la gouvernance foncière ?
Par Augustin Roger Momokana







