Le Dr Momo Jean de Dieu fustige la bureaucratie camerounaise. L'avocat l'accuse de freiner l'industrialisation au profit d'un budget étouffé par les dépenses de fonctionnement. Face à un déficit commercial record de 2 145,2 milliards de FCFA selon l'INS, il appelle à financer les usines et les infrastructures plutôt que le confort administratif. Une analyse percutante à découvrir dans la rubrique Le radar de Komiaza.
Chaque matin, nos centres-villes voient défiler des milliers de jeunes cadres en veste et cravate sous trente-cinq degrés à l’ombre. Diplômés à coups de millions, ils s’asseyent dans des bureaux climatisés pour gérer l’importation de mèches indiennes, optimisent la distribution de lait en poudre européen ou auditent des multinationales.
Derrière cette critique, l'auteur lance un pavé dans la mare : nous avons sélectionné l’élite de notre jeunesse pour en faire les secrétaires de notre propre colonisation économique.
La charrue avant les bœufs
Ce modèle est le fantôme de l’administration coloniale. À l’indépendance, nous avons recopié l’étage supérieur de la maison occidentale en oubliant les fondations : les usines. Le système récompense désormais la capture du pouvoir existant plutôt que la création de nouvelles ressources. Le rêve suprême des parents est de voir leur fils réussir le concours de la Douane ou des Impôts pour « s’asseoir là où on distribue l’argent », plutôt que de bâtir une unité de transformation de cacao.
Cette bureaucratie est devenue une force de blocage. Le génie local qui veut transformer le manioc ou concevoir une machine agricole passe 80 % de son temps à supplier et négocier face à un fonctionnaire assis derrière un bureau en cuir. Une inertie d'autant plus criminelle que les chiffres officiels de l'Institut National de la Statistique (INS) affichent un déficit commercial record de 2 145,2 milliards de FCFA.
Le radar de Komiaza : Financer le cambouis, pas les PowerPoints
Cet élan est d’autant plus crucial que le budget de l’État souffre d'un déséquilibre structurel profond. En consacrant sa plus grande portion au fonctionnement plutôt qu’à l’investissement, le système commet une faute stratégique. Financer massivement le fonctionnement revient à distribuer à manger et à boire aux fonctionnaires. Pendant ce temps, la population reste maintenue dans la misère, la pauvreté et l'immobilisme, faute d'infrastructures et de moyens de communication viables.
La charge est puissante car elle vient d'un homme du sérail. Avocat international (ex-conseil près le TPR pour le Rwanda) et président du PADDEC, le Dr Momo Jean de Dieu a rejoint la coalition au pouvoir en 2018. C'est donc un initié qui tire la sonnette d'alarme : saboter un investisseur par des procédures obsolètes ou asphyxier une boutique par des taxes exagérées n'est pas de la rigueur, c'est un acte anti-patriotique qui bloque la politique du Chef de l'État.
On n’administre pas un corps malade, on le soigne. Le héros national n'est pas le bureaucrate au tampon facile. Le héros, c'est la femme qui gère un séchoir de mangues, le technico-commercial de terrain ou l’ingénieur qui conçoit nos machines. Nos banques et nos ministères doivent cesser de financer des rapports de consultants. Financez des machines ! Financez des usines ! Tant que nos cerveaux préféreront le confort des bureaux pour auditer nos pertes plutôt que la poussière du terrain pour produire, nous resterons les gestionnaires certifiés de notre propre misère.
Par Augustin Roger MOMOKANA (avec Dr Momo Jean De Dieu)
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