Chaque année, l'Afrique engloutit plus de 80 milliards de dollars pour importer sa nourriture, un gouffre financier qui pourrait franchir la barre des 100 milliards si rien n'est fait. Pourtant, le continent détient 60 % des terres arables non exploitées du globe et une force vive débordante de jeunesse. Face à ce paradoxe saisissant, Darchari Mikidache, président du think-tank Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC), livre une feuille de route magistrale en cinq piliers. Son ambition : transformer l’agriculture africaine en un levier d’industrialisation, de souveraineté et de prospérité durable.
Chaque année, l'Afrique dépense plus de 80 milliards de dollars pour importer des produits alimentaires. Certaine études internationales estiment que cette facture pourrait dépasser 100 milliards de dollars dans les prochaines années si rien ne change.
Pendant ce temps, le continent possède :
— près de 60 % des terres arables non exploitées de la planète ;
— une population jeune ;
— un climat favorable à de nombreuses cultures ;
— un immense marché de plus de 1,5 milliard d'habitants.
Le paradoxe est saisissant. L'Afrique importe souvent ce qu'elle pourrait produire. Elle importe parfois ce qu'elle pourrait transformer. Et elle importe même parfois ce qu'elle pourrait exporter.
Le vrai problème n'est pas l'agriculture
Le problème n'est pas seulement la production. Le problème est toute la chaîne de valeur. Beaucoup d'agriculteurs produisent. Mais ils manquent :
— d'équipements ;
— de financements ;
— d'irrigation ;
— d'accès aux marchés ;
— de capacités de stockage ;
— d'unités de transformation.
Résultat : Des tonnes de produits agricoles sont perdues chaque année après récolte.
Un grand programme africain de souveraineté alimentaire
L'Afrique devrait lancer un programme continental reposant sur cinq piliers.
Premier pilier : Soutien massif à la production.
— semences améliorées ;
— irrigation ;
— mécanisation ;
— formation technique ;
— accès facilité au crédit agricole.
Deuxième pilier : Modernisation des exploitations.
— tracteurs ;
— motoculteurs ;
— pompes solaires ;
— équipements de conservation.
Troisième pilier : Transformation locale.
— usines de farine ;
— unités de transformation du manioc ;
— conserveries ;
— laiteries ;
— industries agroalimentaires.
Quatrième pilier : Organisation des circuits de distribution.
— coopératives ;
— plateformes logistiques ;
— entrepôts ;
— marchés modernes.
Cinquième pilier : Développement des débouchés garantis.
Le rôle stratégique des cantines
Les États africains disposent déjà d'un levier extraordinaire. Les cantines : scolaires, universitaires, militaires, hospitalières, administratives et d'entreprises publiques.
Pourquoi importer du riz, du lait, des légumes ou des fruits lorsque des producteurs locaux peuvent les fournir ? L'État peut et doit devenir le premier client de son agriculture.
Une stratégie progressive et intelligente
La réduction des importations doit être progressive :
* Année 1 : 30 % d'approvisionnement local.
* Année 3 : 50 %.
* Année 5 : 70 %.
* Année 10 : 90 %.
Chaque étape doit dépendre de l'augmentation réelle de la production locale. Cette méthode structurée évite les pénuries, l'inflation et les tensions sociales.
Les effets économiques seraient immenses
Une telle stratégie permettrait :
— la création de millions d'emplois ruraux ;
— une hausse substantielle des revenus agricoles ;
— une réduction drastique du déficit commercial ;
— davantage de recettes fiscales pour les États ;
— une baisse progressive de la dépendance extérieure ;
— le développement d'une industrie agroalimentaire africaine performante.
L'agriculture deviendrait alors un véritable moteur de croissance et non un simple secteur de subsistance.
Recommandations du CEEC
* Créer des fonds nationaux de modernisation agricole.
* Développer massivement l'irrigation.
* Soutenir activement les coopératives agricoles.
* Favoriser et subventionner la transformation locale.
* Réserver progressivement une partie des marchés publics aux producteurs locaux.
* Créer des zones agro-industrielles dans chaque région.
* Investir massivement dans les infrastructures de stockage et de transport.
L'Afrique ne deviendra pas une puissance économique en exportant uniquement des matières premières. Elle deviendra une puissance lorsqu'elle nourrira ses populations, transformera ses ressources et créera davantage de valeur sur son propre sol. L'agriculture moderne n'est pas seulement un secteur économique. C'est un levier de souveraineté, de stabilité et de prospérité.
Le regard de Komiaza : Briser le complexe de l'importation
L'analyse de Darchari Mikidache met le doigt sur l'urgence d'une décolonisation économique par l'assiette. Continuer d’importer ce que nos terres peuvent offrir en abondance n'est plus une fatalité, c'est une faute politique. Comme le souligne le think-tank CEEC, la commande publique (les cantines, les administrations) doit servir d'incubateur aux producteurs africains. Pour Komiaza, le chemin de la véritable indépendance de l'Afrique ne passera pas par les banques internationales, mais par la maîtrise absolue de notre chaîne de valeur agricole. Nourrir son peuple par soi-même, c'est s'assurer de décider souverainement de son propre destin.
Texte de Darchari Mikidache / Introduction et conclusion par Augustin Roger Momokana
À propos de l'auteur :
Darchari Mikidache est un économiste-fiscaliste de renom et le Président du think-tank Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC). Il dirige également l'ONG USHABABI WA MESO INTERNATIONAL (Jeunesse & Avenir). Reconnu à l'échelle internationale pour ses chroniques sur le développement de l'Afrique, le leadership et la motivation, il figure depuis 1996 parmi les personnalités influentes du Gotha Noir d'Europe (Who's Who de l'élite africaine).
Retrouvez ses travaux et plateformes numériques :
- Site Officiel Darchari Mikidache : https://www.darcharimikidache.com/
- Profil Professionnel LinkedIn : https://fr.linkedin.com/posts/darchari-mikidache-a1a83095_leadershipresponsable-engagementcitoyen-activity-7412577754002571267-XJ4O







