L'audience criminelle du 25 mai 2026 au Palais de justice de Dschang a scellé le choc final entre l'accusation et la défense dans l'affaire du meurtre présumé de Docteur Blanche Ndontsa, l'épouse du professeur Christian Fouelefack. Entre le rapport médical initial écartant toute violence, les contradictions flagrantes des autopsies ultérieures sur corps congelé et le plaidoyer de rupture du bâtonnier Patrice Monthe dénonçant un « procès en sorcellerie », le tribunal a mis l'affaire en délibéré au 9 juin 2026 pour le verdict final.
Tensions procédurales et bataille des 24 heures
L'audience s'est ouverte à 11h40 dans une atmosphère électrique, détendue par une pointe d'ironie du président du tribunal s'assurant de la bonne installation des journalistes pour les réseaux sociaux. Le premier incident de procédure a éclaté autour de la légitimité du tribunal à interroger de nouveau l'accusé dans le box des témoins après le rabattement du délibéré ordonné le 17 mars. Menée par Maîtres Bouopda et Sandrine Sokeng, la défense s'y est fermement opposée, dénonçant une manœuvre visant à imposer la charge de la preuve à l'accusé, en violation de l'article 307 du Code de procédure pénale.
Le débat s'est ensuite cristallisé sur une incohérence médicale majeure liée au timing du décès. Alors que le président du tribunal affirmait avoir noté qu'un coup fatal pouvait entraîner la mort dans un délai de 24 heures, Me Sandrine Sokeng a vigoureusement contesté cet écart, maintenant que l'expert légiste avait parlé de 30 minutes maximum lors de sa déposition du 2 juin 2025. Contraint de se référer publiquement à son plumitif, le président a finalement dû convenir de son erreur, reconnaissant que le médecin légiste avait bien conclu à une mort « immédiate ».
L'arme secrète de la défense : Le rapport initial du Pr Noubom Michel
La défense a porté un coup dur à l'accusation en brandissant le rapport de décès établi le 18 avril 2024 par le Pr Noubom Michel, médecin biologiste et directeur de l’Hôpital régional annexe de Dschang. Rédigé cinq jours après le drame sur réquisition du commissaire central, ce document clinique, basé sur l'examen d'un corps encore frais, est sans équivoque :
« À l’examen physique, on note un ventre plat, des paumes et plantes de pied non cyanosées, et aucune trace de violence. (...) pas d’ecchymose sous-conjonctivale, pas de signes généraux ni particuliers d’asphyxie mécanique. Conclusion : la nommée Ndontsa Blanche, épouse Fouelefack, est morte de cause inconnue, qui sera mieux élucidée par un médecin légiste. »
« Le premier médecin était-il myope pour ne pas voir ce que les autres ont vu après ? », s'est interrogée Me Sokeng. La défense a démontré que la seconde autopsie, réalisée le 30 mai 2024 soit un mois et demi après le décès, reposait sur un corps entièrement congelé. Pour les avocats, les hématomes aux bras et l'écorchure au nez constatés tardivement résultent des manipulations post-mortem à la morgue et non de réflexes de défense lors d'une agression. Face à cette faille scientifique, le président du tribunal a clos le débat, déplorant l'absence des morguiers à la barre.
L'accusation exige la condamnation face à un « accusé violent »
Prenant la parole pour ses réquisitions, la partie civile, représentée par Maître Kenfack Tsamo, a exigé que le professeur Fouelefack soit déclaré coupable sans circonstances atténuantes. L'accusation a brossé le portrait d’un homme au caractère « violent et nerveux », s'appuyant sur les dépositions de la ménagère, d'une voisine et d'un étudiant.
Selon la partie civile, l'accusé a modifié sa version des faits entre l'enquête préliminaire et l'audience publique concernant son emploi du temps. L'accusation soutient que le listing téléphonique prouve que le professeur n'était pas au deuil de « Synergie » au moment où ses enfants l'appelaient. Le ministère public a également pointé du doigt la non-comparution d'un ami militaire nommé Alidou, premier destinataire des appels de l'accusé après le drame : « S’il était innocent, il aurait appelé Alidou pour prouver qu’il était avec lui. De quoi ont-ils peur ? », a martelé l'accusation, affirmant que la victime a succombé aux coups de son époux.
L'implacable chronologie des faits et le rejet des déductions
Face aux théories de la partie civile, la défense a opposé une riposte factuelle stricte. Maître Bouopda a rappelé le témoignage capital de la « dame du champ », une riveraine qui a confirmé sous serment avoir vu l'épouse rentrer seule, avant d'entendre les enfants appeler au secours depuis le balcon : « Papa, viens vite, maman est tombée ». Ce témoignage concorde avec les déclarations du fils aîné, affirmant que leur mère s’est brutalement écroulée dans la chambre alors qu'elle faisait le lit et demandait de l'eau.
« En droit, on ne comprend pas, on ne déduit pas, Monsieur le Président, on établit », a clamé Me Bouopda pour rejeter les présomptions de l'accusation. La défense a rappelé que le listing téléphonique confirme au contraire que l'accusé a couru vers son domicile uniquement après l'alerte des enfants. Concernant l'appel à Alidou, le bâtonnier a balayé l'argument : « C’est la dernière personne avec qui il se trouvait. Quel reproche peut-on lui faire d’avoir contacté ce dernier pour lui dire : "Mon frère, le ciel m’est tombé dessus" ? En quoi cela constitue-t-il une tentative de maquiller un crime ? »
Le réquisitoire du bâtonnier Patrice Monthe contre un « procès en sorcellerie »
Venu prêter main-forte à la défense, le bâtonnier Patrice Monthe a pilonné l'instruction menée par le commissaire central de Dschang, dénonçant une « chasse aux sorcières » orchestrée depuis des bureaux administratifs. Pour le doyen du barreau, les témoignages à charge ne reposent que sur du ressentiment social et familial. Le père de la défunte a avoué déduire la culpabilité de son gendre parce qu'il ne l'avait pas impliqué dans les obsèques, tandis que le professeur Tchamba Martin a déclaré : « La précipitation avec laquelle il a organisé les obsèques prouve que c’est lui », tout en admettant ignorer si l'accusé avait commis le crime. « C'est plus qu'un procès en sorcellerie ça », s'est indigné le bâtonnier.
Invoquant la mémoire de Robert Badinter et les articles 74, 265 et 305 du Code pénal, Me Patrice Monthe a rappelé que la culpabilité exige de démontrer l’imputabilité matérielle et l'intention criminelle, absentes du dossier. Pour illustrer la faillibilité des experts légistes, il a convoqué l'affaire historique de Marie R., où des scientifiques certifiaient à tort un empoisonnement au cyanure avant d'être contredits par une contre-expertise. Il a rappelé que l'enseignant s'était vu refuser son droit d'obtenir une contre-expertise par un médecin agréé auprès de la Cour d'appel du Centre.
L’appel aux juges de Dschang : « Rendez un verdict de justice, pas de vengeance »
Dans une péroraison finale d'une grande intensité, le bâtonnier a regretté que le tribunal, en maintenant l'universitaire en détention provisoire pendant deux ans, l’ait déjà « marqué au fer rouge » aux yeux d'une opinion publique prompte au lynchage.
« Ne rendez pas un verdict de poids, rendez un verdict conforme au sens de la justice. Ne mélangez pas douleur, haine et vengeance. Rendez justice, pour que nous puissions dire : il y a des juges à Dschang », a conclu le bâtonnier, soulignant que l'accusé avait déjà pardonné à ses détracteurs.
L’audience s'est refermée à 13h44. Le président du tribunal a officiellement mis l’affaire en délibéré et a renvoyé les parties au 9 juin 2026 pour le verdict final, jour où le sort du professeur Christian Fouelefack sera définitivement scellé.
Par Augustin Roger Momokana (avec C.K.)







