Réuni en session ordinaire ce jeudi 28 mai 2026, le conseil municipal de Dschang a adopté le compte administratif de l'exercice 2025 à la somme de 1 120 338 006 FCFA. Derrière un excédent cosmétique de 6 millions de FCFA, l'examen de ce budget lève le voile sur un effondrement brutal des indicateurs de performance, une inertie managériale généralisée et l'amorce d'un grand déballage politique après le décès du maire titulaire.
Le choc des chiffres : L'héritage Kemleu passé au crible
La salle des actes de l'hôtel de ville a servi de cadre à un exercice profondément angoissant pour le nouvel exécutif. Sur l'année 2025, la commune a recouvré 1 120 338 006 FCFA pour 1 114 230 682 FCFA de dépenses exécutées. Si l'arithmétique affiche un solde positif de 6 107 324 FCFA, le taux d'exécution budgétaire s'écroule à un niveau alarmant de 29,20 %, contre 46,73 % en 2024.
Cette chute libre, que la commission des finances attribue en partie aux réformes fiscales et aux crises globales, traduit surtout une paralysie interne. Preuve de ce naufrage, le rapport de la commission de l'Action économique révèle que sur un budget primitif ambitieux de 200 millions de FCFA attendus au titre des permis de bâtir, seulement 95 305 825 FCFA ont été collectés.
Au-delà de la minute de silence observée en mémoire de Jacquis Gabriel Kemleu Tchabgou, décédé brutalement d'un AVC le 30 mars dernier à Yaoundé, la session a marqué une rupture politique nette. Le maire par intérim, le Pr Émile Temgoua, s'est fendu d'une déclaration choc devant les plénipotentiaires : « C'est aujourd'hui que je découvre la mairie ». Cet aveu technique confirme qu'il était politiquement tenu à l'écart des circuits financiers par son prédécesseur, ouvrant la voie à un inventaire sans concession de la gestion passée.
Arriérés, black-out et chantiers fantômes
L'état des lieux présenté aux conseillers municipaux s'apparente à un inventaire de crise. La municipalité ploie sous une dette sociale et énergétique étouffante, accumulant notamment 400 millions de FCFA d'arriérés auprès de la CNPS depuis 1985 et plus de 200 millions de FCFA dus à la SOCADEL (ex-ENEO). Cette ardoise a récemment valu à l'hôtel de ville un black-out électrique complet, résolu d'urgence par un accord prévoyant le versement mensuel de 300 000 FCFA.
Sur le terrain des infrastructures, le scandale est également d'ordre technique : les travaux du barrage hybride de Fotetsa sont totalement à l'arrêt faute de ressources, alors même que le bailleur de fonds international a libéré et versé l'intégralité du financement dû. À cette paralysie s'ajoutent des arriérés de salaires du personnel municipal et une incapacité chronique à assurer le ramassage des déchets ménagers, consécutive à l'incendie criminel ou accidentel du parc automobile dédié à la salubrité publique.
Les grands chantiers de la transition et la recherche de niches fiscales
Face à ce marasme, le Pr Émile Temgoua tente de déployer une stratégie de transition. L'exécutif a annoncé une batterie de projets à court terme, soutenue par une promesse d'enveloppe du FEICOM de 600 millions de FCFA pour restructurer le marché de Tsinfem et construire 250 stands au marché B. Une subvention de 19 millions de FCFA (30 000 euros) de l'ambassade de France est également annoncée pour réhabiliter l'entrée du marché A, parallèlement à un appui de 15 millions de FCFA dédié à la filière de valorisation du compost de maïs.
Pour contourner le blocage des permis de bâtir, la mairie lance l'opération "200 permis de bâtir" en collaboration avec le Sous-préfet, rappelant qu'une simple descente de terrain technique dans le cadre des opération de l’obtention du titre foncier suffit désormais à autoriser une construction sans exiger le titre de propriété. Présent lors des débats, le sénateur Anaclet Fomethe a promis de porter la voix des Collectivités territoriales décentralisées (CTD) au Sénat lors de la session de juin, afin de dénoncer les retards asphyxiants de reversement de l'Impôt Synthétique Général (ISG) par l'État central.
Les dessous de la réconciliation par le sport
Pour clore ces assises sous le signe de l'apaisement, la municipalité a déporté ses conseillers — qui revenaient d'une inspection du stade municipal de Tsinkop — vers les installations du CENAJES.
Le Pr Émile Temgoua y a organisé une journée sportive à forte charge politique, marquée par une rencontre de football opposant le personnel communal aux conducteurs de moto-taxi, et un match de handball entre les femmes de la mairie et les Bayam-Sellam de Dschang. Derrière le caractère festif de ces disciplines, cette stratégie de "réconciliation" vise à pacifier les relations avec des corporations historiquement frondeuses, indispensables pour reconquérir les niches fiscales recommandées par le représentant du préfet de la Menoua, Nkoulou Ebongue Maurice.
Par Augustin Roger MOMOKANA







