Ce mardi 31 mars 2026, les artères de la cité universitaire de Dschang ont vibré sous les pas d'une mobilisation citoyenne contre les violences basées sur le genre (VBG) et les agressions sexuelles sur mineurs. Si le cri de ralliement « Stop aux féminicides » a dominé la marche, le mouvement interroge également sur l’invisibilité des victimes masculines dans ce combat pour une justice sociale équitable.
La psychose gagne les foyers. Face à une vague d’agressions sexuelles sur mineurs qui secoue le triangle national, Dschang a choisi de ne pas rester muette. Un collectif d’associations locales a battu le pavé pour encourager la dénonciation des auteurs et soutenir l’action des autorités administratives et judiciaires.
Un fléau aux chiffres alarmants
Le Cameroun traverse une période sombre en matière de violences de genre. Selon les données de StopFeminicides237, au moins 219 femmes et filles ont été tuées dans le pays depuis 2023 dans des crimes liés au genre. Pour le seul premier trimestre 2026, le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) a déjà dénombré 26 cas de féminicides.
Parmi les visages de cette horreur, l'opinion publique reste marquée par des noms comme ceux de Mathis, Divine Mbarga, Orphée, et surtout Diane Yangwo dont le procès a suscité une indignation nationale face à un verdict jugé dérisoire par de nombreux observateurs et associations de défense des droits.
L'homme politique Hiram Samuel Iyodi, dans une récente sortie sur le même sujet, a fermement invité la justice à se montrer exemplaire : « La mobilisation doit être systématique, constante et bruyante pour chaque cas. Face à l’horreur, nous devons tous nous sentir concernés », a-t-il déclaré, ciblant particulièrement les auteurs de crimes sur les enfants.
L'angle mort : Et les hommes ?
Toutefois, le caractère professionnel de cette lutte impose de questionner ses silences. Si 39 % des femmes au Cameroun sont victimes de VBG, pourquoi les campagnes ignorent-elles presque systématiquement la gent masculine ? La justice sociale se doit d'être équitable. De nombreux hommes subissent en silence des violences physiques ou psychologiques infligées par leurs partenaires, craignant la stigmatisation dans une société qui ne reconnaît pas leur douleur.
Fermer les yeux sur les violences faites aux hommes, c'est creuser un fossé social qui risque de déstabiliser le socle familial à long terme. La lutte contre les VBG ne doit pas être un terrain de division de genres, mais un chantier de développement humain global, loin des injonctions de certains bailleurs de fonds qui s'éloignent parfois des réalités locales africaines marquées par la pauvreté.
Pour une action systématique
Le combat de Dschang est nécessaire. Mais pour qu'il porte ses fruits, il doit inclure tous les genres et s'attaquer aux racines du mal : la misère et l'absence d'une éducation aux droits dès le plus jeune âge. La stigmatisation du seul genre masculin ne résoudra pas les tensions ; seule une justice ferme pour toutes les victimes permettra de bâtir une société harmonieuse.
Par Augustin Roger MOMOKANA







