Dschang : le lac municipal, un joyau de 40 hectares asphyxié par l'érosion et l'incivisme.

Dschang : le lac municipal, un joyau de 40 hectares asphyxié par l'érosion et l'incivisme.

Véritable vitrine touristique et réserve de biodiversité unique au Cameroun, le lac municipal de Dschang fait face à un délabrement alarmant. Entre l'érosion agressive des berges constatée lors d'une inspection du maire Émile Temgoua le mardi 27 octobre 2026, et le déversement quotidien des déchets par les riverains en amont, ce géant de 40 hectares est en sursis. L'urgence impose aujourd'hui une vidange complète du bassin et des sanctions financières fermes contre l'incivisme.

Une descente sur le terrain face à l'érosion rampante

Pour ce tour du propriétaire, le chef de l'exécutif municipal s'est entouré des équipes techniques de la mairie ainsi que des délégués départementaux de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire (MINEPAT) et des Travaux publics (MINTP).

Ensemble, les officiels ont constaté les ravages causés par une érosion de plus en plus agressive. Le phénomène, qui a débuté par la dégradation des garde-fous de protection le long du célèbre « Pont du plaisir », obstrue désormais les voies d'évacuation. La terre s'effondre progressivement, bloquant le passage des eaux qui s'écoulent du bassin vers la Régie. Face à cette menace de rupture, une synergie financière et technique entre la municipalité et l'État central est attendue pour sauver ce plan d’eau unique, d’une superficie initiale de 40 hectares et long de 850 mètres.

Le péril humain : un fond colonisé par les déchets et une superficie en recul

Au-delà des facteurs naturels, le véritable drame qui guette le lac est humain. Lorsque l'on remonte le plan d'eau, le constat est effrayant : le lac est en train de perdre sa superficie d'origine. Les ordures ménagères et les détritus jetés en amont par les riverains chutent dans le bassin, s'accumulent et encombrent progressivement le fond. Ce comblement artificiel fait monter le niveau de la vase, réduit la profondeur de l'eau et grignote inexorablement les bordures du lac.

Cette pollution sauvage détruit l'écosystème et transforme ce miroir d'eau en une décharge à ciel ouvert. Pour stopper définitivement ces mauvaises habitudes qui mettent en péril l'environnement, l'urgence n'est plus seulement technique, elle est réglementaire. Il devient indispensable que le conseil municipal de Dschang adopte une délibération ferme, assortie de sanctions financières sévères, pour verbaliser et punir tout déversement de déchets dans les zones non autorisées. L'impunité doit cesser pour que le civisme reprenne ses droits.

Un héritage historique et une biodiversité internationale à protéger

Aménagée dans les années 1950, cette retenue d'eau artificielle alimentait initialement le barrage hydroélectrique de la ville (1954-1978) baptisé Régie, à l’époque où Dschang était le chef-lieu du département Bamiléké. Aujourd'hui, le site est devenu le cœur battant de l'attractivité locale. Son environnement direct intègre des institutions majeures telles que la base nautique, le Musée des civilisations du Cameroun et l'Alliance Franco-Camerounaise (AFC).

Il est crucial d'attirer l'attention du maire et des délégués du MINEPAT et du MINTP sur un point : toute future entreprise de restauration ne doit pas ignorer la vidange complète et le curage du bassin, une opération qui n'a pas été réalisée depuis près de vingt ans. Ce nettoyage en profondeur est d'autant plus urgent que le lac abrite une biodiversité insoupçonnée. Outre ses colonies de poissons, de canards sauvages et de hérons, le site accueille des espèces de libellules uniques au monde, documentées par une étude du Muséum d’histoire naturelle de Nantes. Sauver le lac municipal de Dschang, c'est punir la pollution, préserver l'économie touristique de la Menoua et protéger un patrimoine historique d'intérêt international.

Par Augustin Roger Momokana