Portrait: Maurice Kengne Kamga, le juriste camerounais qui prend les commandes des océans à Hambourg

Portrait: Maurice Kengne Kamga, le juriste camerounais qui prend les commandes des océans à Hambourg

Le 1er octobre 2026 marque un tournant historique pour la diplomatie et le droit international camerounais. À l'occasion de sa 62e session administrative, le Tribunal International du Droit de la Mer (TIDM) a élu le juge Maurice Kengne Kamga au poste de Président de cette prestigieuse juridiction mondiale. Succédant à ses pairs à la tête de cet organe de l'ONU, ce digne fils du « continent » s'installe à Hambourg en Allemagne pour un mandat de trois ans, avec la lourde responsabilité de guider la justice maritime internationale face aux défis climatiques du XXIe siècle.

Le Prologue : L'excellence des Grassfields au sommet du droit mondial

Né le 12 mai 1967 à Bandjoun, chef-lieu du département du Koung-Khi à l'Ouest-Cameroun, le Dr Maurice Kengne Kamga (Ph.D) incarne la haute compétence juridique de l'élite africaine. Son élection à la présidence du TIDM n'est pas un fait du hasard, mais la suite logique de son entrée dans cette cour en août 2020, élu par les États parties à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Il devenait alors le deuxième Camerounais de l'histoire à y siéger, marchant sur les traces de l'illustre diplomate Paul Bamela Engo.

Pour l'épauler dans sa haute mission à Hambourg, la cour a désigné comme vice-présidente l'argentine Frida María Armas Pfirter. En vertu des statuts stricts de ce tribunal indépendant — né de la Convention de Montego Bay du 10 décembre 1982 —, Maurice Kengne Kamga a désormais l'obligation de résider de façon permanente en Allemagne, à Hambourg, ville hôte du siège mondial de l'institution.

Voici les trois piliers stratégiques de son parcours et de sa feuille de route, qui expliquent comment cet universitaire de premier plan a conquis le respect de la communauté internationale.

 

Leçon 1 : Une trajectoire académique et d'investigation sans frontières

Le profil du nouveau président du TIDM est une alliance parfaite entre la formation universitaire camerounaise et les centres de recherche les plus sélectifs d'Europe. Pur produit de l'Université de Yaoundé, il a forgé son expertise en diplomatie à l'Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC) avant de s'envoler pour la Suisse, au sein du prestigieux Institut Universitaire de Hautes Études Internationales de Genève.

Grand spécialiste du droit public, titulaire d'une Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) de l'Université de Paris Nanterre en France, il a complété ses sessions de spécialisation à l'Académie de Droit International de La Haye en Hollande. Mais le juge Kamga n'est pas un théoricien déconnecté du terrain : il réinvestit ses compétences au Cameroun en tant que promoteur et président exécutif du Hanseatic Institute of Technology and Applied Sciences (HITAS) à Douala, un pôle académique moderne qui forme la jeunesse aux métiers d'avenir.

Leçon 2 : Douze ans de secrets judiciaires à La Haye

On ne dirige pas un tribunal international sans une parfaite maîtrise des coulisses de la justice mondiale. Avant son élection au TIDM, Maurice Kengne Kamga a passé douze années décisives (de 2008 à 2020) au cœur de la Cour Internationale de Justice (CIJ) à La Haye, où il occupait les fonctions hautement stratégiques de secrétaire juridique.

Cette immersion dans le saint des saints de la justice onusienne lui a permis de maîtriser l'ingénierie des arbitrages interétatiques. Un savoir-faire qu'il avait déjà éprouvé entre 2001 et 2007 en qualité de consultant auprès du bureau juridique de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), menant des missions de formulation pour l'élaboration des codes nationaux des pêches et de l'aquaculture de plusieurs États.

Leçon 3 : La feuille de route à Hambourg : Arbitrer les crises et protéger les océans

Pendant son mandat triennal (2026-2029), Maurice Kengne Kamga dirigera l'ensemble des travaux, supervisera l'administration et représentera le tribunal dans ses relations officielles avec les États souverains. Sous son autorité, l'équipe de juges aura la charge de trancher les litiges frontaliers les plus complexes de la planète :

• La délimitation des zones maritimes et des plateaux continentaux ;

• La régulation internationale de la navigation et des droits de pêche ;

• La protection de la recherche scientifique marine.

Surtout, sa présidence s'ouvre à une ère critique où le TIDM est de plus en plus sollicité pour émettre des avis juridiques contraignants sur la protection des océans face au changement climatique. Le juriste de Bandjoun n'est plus seulement le juge des frontières bleues ; il devient l'un des gardiens légaux de la survie écologique de la planète.

Ce qu'il faut retenir

L'accession du Professeur Maurice Kengne Kamga à la tête du Tribunal International du Droit de la Mer est une victoire éclatante pour le Soft Power juridique du Cameroun. En portant un enfant du « continent » au sommet d'une juridiction mondiale, la diplomatie africaine démontre qu'elle possède des cadres capables d'arbitrer les équilibres géopolitiques contemporains. À Hambourg, le nouveau président devra faire preuve de l'endurance propre aux grands marathoniens pour que le droit de la mer reste un rempart de paix et de durabilité pour les générations futures.

Par Augustin Roger Momokana