Cameroun-Politique: Guerre des clans dans la Menoua, le label KUMZSE devant les tribunaux de Dschang

Cameroun-Politique: Guerre des clans dans la Menoua, le label KUMZSE devant les tribunaux de Dschang

Le divorce politique est officiellement acté entre Antoine de Padoue Ndemmanu et Ghislain Victor Nkenlifack deux cousins germains et petits-fils du légendaire chef traditionnel Sa Majesté Mathias Djoumessi. Ce qui avait été mis en scène à grand renfort de publicité le 30 novembre 2025 à Dschang comme un passage de témoin historique s’avère n'être qu’un bluff magistral. Quelques mois plus tard, la bataille pour le contrôle du label politique KUMZSE quitte l'arène militante pour atterrir sur la table du procureur de la République. Une affaire aux allures de hold-up sémantique qui rappelle le feuilleton Cabral Libii contre Robert Kona pour le contrôle du PCRN.

En Bref

- (Le Fait) : Plainte pénale déposée par Antoine de Padoue Ndemmanu contre son cousin Ghislain Victor Nkenlifack pour l'usage du nom KUMZSE.

- (Le Lieu/La Date) : Tribunaux de Dschang (Département de la Menoua), ce lundi 7 septembre 2026.

- (Le Chiffre clé) : 1993, l'année de création légale du RDPF-KUMZSE, marque d'antériorité brandie par le plaignant.

- (L'Enjeu) : Empêcher le siphonage d'un capital politique mémoriel par une nouvelle formation dissidente.

- (L'Impact direct) : Blocage administratif du nouveau parti au niveau du MINAT et paralysie des ambitions électorales des frondeurs.

Le grand bluff du mémorial : L'illusion du passage de témoin

L'histoire retiendra que la cérémonie organisée au Mémorial Efo Nkenlifack Marius à Dschang n'était qu'un habillage cosmétique. Ce jour-là, Antoine de Padoue Ndemmanu transmettait le flambeau du Rassemblement Démocratique du Peuple Sans Frontière (RDPF-KUMZSE) à Ghislain Victor Nkenlifack sous les applaudissements des militants et des caméras.

Mais une fois sur le terrain, le nouveau « président national » s'est heurté à une réalité administrative implacable : la direction sortante ne lui avait pas cédé les documents légaux d'enregistrement. En tentant d'officialiser son statut à Yaoundé, Nkenlifack a buté contre le mur du Ministère de l'Administration Territoriale (MINAT), découvrant que les assises de transmission violaient les statuts internes du parti.

Le siphonage de sigle : Le mauvais génie de la contrefaçon politique

Démoralisé par le MINAT, mais fort d'un travail d'implantation de terrain où il a réussi l'exploit de débaucher des militants du RDPC, Ghislain Victor Nkenlifack a choisi la voie de la rupture. Il s'est engagé dans la création de sa propre formation politique.

Cependant, au lieu de bâtir une identité neuve, il a eu le mauvais génie de baptiser son nouveau parti KUMZSE. Un choix tactique destiné à capitaliser sur le travail abattu sous l'ancienne bannière, mais qui constitue une contrefaçon flagrante aux yeux du fondateur historique. C'est ce siphonage sémantique qui a fait sortir Antoine de Padoue Ndemmanu de sa réserve pour saisir la justice civile et pénale à Dschang.

L'argument de l'antériorité : 1993 contre l'opportunisme post-électoral

Devant le procureur, la ligne de défense du plaignant repose sur des bases documentaires en béton :

Création du RDPF-KUMZSE le 22 novembre 1993 Candidature présidentielle en 1997 Propriété exclusive du label

Résultat : Interdiction formelle au cousin dissident d'utiliser le nom KUMZSE pour éviter la confusion des électeurs.

Ndemmanu ne conteste pas le droit de son cousin à faire de la politique, mais il refuse le parasitisme de marque. Le sigle KUMZSE, chargé de symbolique historique à l'Ouest, ne peut pas être dédoublé pour servir d'habillage à un parti néo-créé après des soupçons de transactions financières frauduleuses autour du congrès contesté.

Le MINAT en embuscade : Le régulateur transformé en propriétaire de l'opposition

Cette énième déchirure familiale met en lumière le rôle hyper-centralisé et ambigu du Ministère de l'Administration Territoriale (MINAT) dans le jeu démocratique camerounais. En refusant de valider les mutations internes et en exploitant les vices de forme des congrès, le ministère se positionne désormais comme le véritable propriétaire et arbitre des partis d'opposition.

Ces querelles intestines (Kona vs Libii, Ndemmanu vs Nkenlifack) offrent sur un plateau d'argent au pouvoir de Yaoundé l'occasion idéale de geler les récépissés de déclaration, de paralyser les coalitions et de neutraliser la dynamique de la Menoua à l'approche des futures échéances électorales.

Le radar de Komiaza

La Leçon à tirer : La guerre des KUMZSE à Dschang démontre que l'opposition camerounaise refuse d’apprendre de ses propres erreurs. Courir sur le terrain pour recruter des militants sans s'assurer de la détention légale des actes d'immatriculation est un suicide managérial. Ghislain Victor Nkenlifack a confondu l'animation des foules avec la propriété juridique d'un parti. Tant que les leaders n'auront pas une culture rigoureuse du droit des associations, le MINAT continuera de souffler sur les braises de leurs divisions familiales pour liquider la concurrence politique.

- Le Débat Komiaza : Face à la multiplication des crises de leadership et de doublement de sigles au sein des partis au Cameroun, la justice doit-elle interdire l'utilisation de tout mot ou symbole patrimonial et traditionnel (comme Kumzse) dans les dénominations des partis politiques pour préserver la paix sociale ?

Par Augustin Roger Momokana