Portrait : Pourquoi l’universitaire Bertrand Dongmo Temgoua veut créer l’Institut Bamiléké du Canada

Portrait : Pourquoi l’universitaire Bertrand Dongmo Temgoua veut créer l’Institut Bamiléké du Canada

Du 7 au 9 août 2026, la ville de Drummondville au Canada est devenue l'épicentre du premier Congrès Bamiléké nord-américain, axé sur la construction d’un « Soft Power » économique transnational. Invité d'honneur de cette rencontre historique, le Dr Bertrand Dongmo Temgoua y a dévoilé une feuille de route institutionnelle audacieuse. Son projet phare ? Fondre la tradition dans la modernité occidentale en créant l'Institut Bamiléké du Canada. Analyse stratégique d'un pari intergénérationnel porté par un universitaire au profil de marathonien.

Le Prologue : La transmission au cœur de la science patrimoniale

Le parcours du Dr Bertrand Dongmo Temgoua (Ph.D) se situe à l'intersection exacte de l'érudition académique et de l'ingénierie de terrain. Enseignant-chercheur à l’Institut des Beaux-Arts (IBA) de l’Université de Douala, il s'est imposé comme une autorité scientifique internationale dans la gestion du patrimoine et du tourisme. Directeur pour l’Afrique Centrale et Orientale du Centre Mondial d'Excellence des Destinations (CED), cet expert chevronné a notamment été le chef d’orchestre de la Charte du Programme Route des Chefferies, un programme d'envergure ayant permis la structuration des collections exposées au Musée des Civilisations de Dschang.

C’est fort de cette légitimité de terrain qu’il a foulé le sol canadien. Mais à Drummondville, la grande histoire académique a croisé sa propre trajectoire intime. À son arrivée, l'universitaire a eu la surprise de sa vie en constatant que son géniteur, Maître François Dongmo, avait effectué le déplacement pour assister à ses travaux. Une présence hautement symbolique qui est venue matérialiser en direct le concept de transmission et de continuité, au moment même où le chercheur s'apprêtait à théoriser l'avenir de son peuple devant la diaspora.

Voici les trois piliers de sa feuille de route présentés sous forme de leçons stratégiques.

Leçon 1 : L'endurance de l'athlète au service de la recherche

Derrière la rigueur du chercheur se cache un secret de longévité physique et mentale bien gardé. Avant de faire résonner son nom dans les amphithéâtres, Bertrand Dongmo Temgoua a fait briller les couleurs nationales sur les pistes d'athlétisme. 800 mètres. Ancien sociétaire de l'équipe nationale d'athlétisme du Cameroun entre 1998 et 2005, il avait été repéré grâce à ses performances stratosphériques lors des Jeux Universitaires, successivement sous les couleurs de l’Université de Dschang et de l’Université de Yaoundé II.

« J'ai remporté une douzaine de médailles aux Jeux Universitaires, avec l'Université de Dschang et l'Université de Yaoundé II, lorsque j'étais étudiant à l'Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC) », confie-t-il.

À l'approche de la cinquantaine, l'universitaire n'a rien perdu de sa superbe et continue de courir. Il y a quelques semaines à peine, il s'est illustré en obtenant un rang particulièrement honorable lors du très sélectif semi-marathon de Brossard, dans la région de Montréal. Cette endurance physique exceptionnelle est le véritable moteur de son hyperactivité intellectuelle. Pour lui, bâtir des institutions transnationales est un marathon, pas un sprint.

Leçon 2 : Passer de la conservation muséale à la projection économique

Lors de sa première conférence plénière, intitulée « Gardiens des traditions, architectes de l'avenir », le Dr Bertrand Dongmo Temgoua a secoué les certitudes d'une assemblée composée de décideurs, de dignitaires et d'investisseurs. Son diagnostic est sans concession : face au rouleau compresseur de la mondialisation et à l'étau systémique qui fragilise les cultures africaines, le modèle traditionnel de conservation doit muter.

Pour le chercheur, les chefferies et les institutions coutumières ne doivent plus être de simples gardiennes de reliques ou des musées figés. Le leadership traditionnel contemporain doit se muer en un outil de projection économique endogène. Il s'agit d'intégrer les valeurs morales et les structures de solidarité de la culture Bamiléké dans les mécanismes d'accumulation du capital moderne, transformant la tradition en un carburant de croissance économique.

Leçon 3 : Bâtir un « Goethe » africain pour rayonner à l'international

Dans sa seconde intervention, « De l'héritage à l'institution », l'universitaire a posé la première vitrine conceptuelle de son grand rêve : la création de l’Institut Bamiléké du Canada. L'originalité absolue de cette structure hybride est de se positionner, à l'échelle transnationale, à l'exact identique des grands géants de la diplomatie culturelle mondiale que sont l'Institut Goethe allemand, l'Institut Français, ou l'Institut Confucius chinois.

Loin d'être un simple espace de folklore nostalgique, cette institution est pensée comme un pont stratégique et un outil d'ingénierie à triple impact :

- La connexion des descendants : Permettre aux nouvelles générations de Bamilékés nés en Occident de maintenir un cordon ombilical solide avec leurs langues, leur culture et leur patrimoine d'origine.

-  Le laboratoire scientifique : Offrir un cadre académique structuré aux chercheurs internationaux désireux d'étudier et d'apprendre des savoirs endogènes bamilékés.

-  Le hub d'atterrissage : Servir de passerelle et de structure d'accueil et d'orientation pour les Camerounais qui débarquent sur le sol canadien, facilitant leur intégration sans reniement identitaire.

Sur le plan économique, cet institut aura vocation à structurer de manière industrielle les Industries Culturelles et Créatives (ICC). De la valorisation des textiles patrimoniaux à la création de jeux vidéo mémoriels, le projet entend générer une économie circulaire capable de financer les infrastructures de la diaspora tout en stimulant l'industrialisation locale au Cameroun, en adéquation avec les objectifs de la Stratégie Nationale de Développement (SND30).  

Ce qu'il faut retenir

Le Dr Bertrand Dongmo Temgoua ne s'est pas rendu au Canada pour animer de simples discussions, mais pour implanter une institution structurante. En appelant les décideurs à lui donner officiellement mandat pour la conception fine de cet Institut Bamiléké du Canada, l'expert pose les jalons d'un « Soft Power » d'un genre nouveau. Un modèle où la culture africaine s'institutionnalise à l'égal des puissances occidentales et asiatiques, pour devenir le moteur d'une influence planétaire durable.

Par Augustin Roger Momokana