Ndé : Une boule de koki adjugée à 40 millions de FCFA au Festival Koung-Gui de Bazou.

Ndé : Une boule de koki adjugée à 40 millions de FCFA au Festival Koung-Gui de Bazou.

Le département du Ndé vient de s'illustrer par un nouveau record en matière de financement communautaire. Ce samedi 29 août 2026, lors de la grande célébration du Congrès Koung-Gui à Bazou, une boule de koki a été vendue aux enchères pour la somme astronomique de 40 millions de FCFA. L’acquéreur n'est autre que l'homme d'affaires Jules François Famawa. Un acte fort qui transforme le patrimoine culinaire en levier économique de premier ordre.

Le koki à 40 millions FCFA : L'affirmation identitaire par l'assiette

Loin d'être une simple démonstration d'opulence ou un acte d'orgueil individuel, cette « guerre des prix » symbolise la vitalité et la solidarité des élites locales. Dans de nombreuses contrées, l'égoïsme et la jalousie paralysent de telles initiatives. À Bazou, les forces vives ont choisi de délier leur bourse pour s'inscrire dans le registre des grands donateurs de la communauté.

Contrairement à la chèvre de Bamena — adjugée récemment à 20 millions de FCFA par Mekep Manfred Kouatcho lors du festival Nzoueuh et offerte à SM Alexandre Joukwe, la boule de koki de Bazou a connu un destin purement collectif : elle a été partagée et dégustée par les congressistes. Le koki, mets traditionnel incontournable du Grand Sud (Littoral, Ouest, Grand Mbam), est ainsi devenu le socle d'un rassemblement visant à resserrer les liens fraternels et à valoriser l'identité des « Bazouites ».

Briser l'uniformité : Le nouveau business-modèle des festivals de l'Ouest

Depuis quelques années, les chefferies et les comités d'organisation rivalisent d'ingéniosité pour briser la monotonie des festivals traditionnels, souvent trop uniformes. Chaque communauté cherche désormais son propre marqueur de territoire :

- À Bamena : L'enchère de 20 millions FCFA sur la plus belle chèvre a permis de retourner positivement un vieux stéréotype populaire qui qualifiait ironiquement les natifs de « voleurs de chèvre ».

- À Fonakeukeu (Groupement Foto, Dschang) : C'est le savoir et l'information qui sont monétisés. Sa Majesté Zeufack II Joseph et son comité éditent le magazine LELEM FONA. Le premier exemplaire, enrichi des autographes des invités de prestige, a été acquis pour 500 000 FCFA par une élite.

- Ailleurs dans la région : Le taro est devenu la vitrine du côté de Bamendjinda, tandis que Baleveng mise sur l'attractivité mystique du rituel de Metouo lah.

L'impératif de redistribution : La proposition des 10 %

L'accumulation de ces cagnottes pose la question essentielle de la justice sociale vis-à-vis des producteurs à la base. Si la totalité des fonds récoltés est traditionnellement reversée dans la caisse communautaire pour financer des infrastructures (eau potable, centres de santé, écoles), la ménagère ou l'éleveur à l'origine du produit ne doit pas être oublié.

C'est dans cette optique que l'Honorable David Manfouo, député à l’Assemblée nationale et opérateur économique, formule une recommandation forte : reverser systématiquement 10 % de la valeur de l’enchère (soit 4 millions de FCFA dans le cas de Bazou) au producteur initial. Selon lui, ce bonus financier agirait comme un puissant catalyseur pour encourager les efforts locaux et stimuler l'excellence au sein de la communauté.

Une dynamique nationale à préserver de la rivalité

Ce modèle économique émergent ouvre la voie à d'autres localités du Cameroun pour valoriser leurs richesses agricoles. Il ne serait pas surprenant de voir bientôt le riz créer la sensation à Bandunga, l'avocat devenir le lead à Bangang, ou la pomme de terre s'imposer à Bafou.

Les observateurs avertissent cependant : ces enchères ne doivent pas se transformer en une compétition toxique ou en un concours de vanité entre les groupements. Les pouvoirs économiques des élites variant d'un village à l'autre, la véritable mesure du succès reste la capacité de chaque communauté à transformer ses symboles culturels en projets concrets de développement local.

Par Augustin Roger Momokana