Cameroun : Le commandement traditionnel de la Menoua à l'épreuve de la territorialité et du droit.

Cameroun : Le commandement traditionnel de la Menoua à l'épreuve de la territorialité et du droit.

Créé par la loi n° 60/70 du 30 novembre 1960, le département de la Menoua, s'étendant sur près de 1 380 km² pour plus de 500 000 habitants, abrite un réseau d'institutions traditionnelles d'une densité exceptionnelle. Structuré autour de six arrondissements, ce territoire compte 21 chefferies supérieures, dont deux de premier degré et 19 de deuxième degré, qui constituent l'armature identitaire de la région.

Cartographie des 21 chefferies supérieures de la Menoua et leurs superficies

Le commandement traditionnel de la Menoua se répartit de manière rigoureuse au sein des six arrondissements administratifs, chacun abritant des groupements historiques dotés de leurs propres souverains :

Arrondissement de Dschang (245 km²)

- Chefferie supérieure de 1er degré de Foto : 99 km² – Sa Majesté Momo Soffack Guy Bertrand

- Chefferie supérieure de 2e degré de Foréké-Dschang : 86 km² – Sa Majesté Wamba Djoumessi Mathias

- Chefferie supérieure de 2e degré de Fongo-Ndeng : 31 km² – Sa Majesté Tatang Temgoua Emile Landry

- Chefferie supérieure de 2e degré de Fossong-Wentcheng : 18 km² – Sa Majesté Nguefack Placide.

- Chefferie supérieure de 2e degré de Fotetsa : 11 km² – Sa Majesté Atemkeng Nandjou Clément Miguel

 

Arrondissement de Fokoué (329 km²)

- Chefferie supérieure de 2e degré de Fontsa Touala : 98 km² – Sa Majesté Donfack Kemdeng Joseph-Cédric

- Chefferie supérieure de 2e degré de Fomopéa : 60 km² – Sa Majesté Tientcheu Justin

- Chefferie supérieure de 2e degré de Fotomena : 28 km² – Sa Majesté Tajeute Carole

- Chefferie supérieure de 2e degré de Fokoué : 162 km² – Sa Majesté Tessa Tchomba Albert

- Chefferie supérieure de 2e degré de Bamegwou : 09 km² – Sa Majesté Ngueko Victor

 

Arrondissement de Fongo-Tongo (124,2 km²)

- Chefferie supérieure de 2e degré de Fongo-Tongo : 111 km² – Sa Majesté Djoukeng Clément Gaïma

- Chefferie supérieure de 2e degré de Fossong Ellelem : 13,2 km² – Sa Majesté Feulefack  Fongang Christ Berquist

 

Arrondissement de Nkongo-Ni (249 km²)

- Chefferie supérieure de 1er degré de Bafou : 190 km² – Sa Majesté Kana Victor

- Chefferie supérieure de 2e degré de Baleveng : 59 km² – Sa Majesté Guemegni Gaston

 

Arrondissement de Penka-Michel (372 km²)

- Chefferie supérieure de 2e degré de Bamendou : 197 km² – Sa Majesté Tsidie Gabriel

- Chefferie supérieure de 2e degré de Bansoa : 113 km² – Sa Majesté Tchinda Njontou Jean de Dieu

- Chefferie supérieure de 2e degré de Baloum : 44 km² – Sa Majesté Noussi Pokam Charly Constant

-  Chefferie supérieure de 2e degré de Balessing : 18 km² – Sa Majesté Foamene Pascal

 

Arrondissement de Santchou (257 km²)

- Chefferie supérieure de 2e degré de Fondonera : 120 km² – Sa Majesté Nteubou Etienne Djeudo Jr

- Chefferie supérieure de 2e degré de Sanzo (Santchou) : 95 km² – Sa Majesté Pierre Mila Assouté

- Chefferie supérieure de 2e degré de Fombap : 42 km² – Sa Majesté Ngingtezem Albert

 

Top 5 des plus vastes groupements de la Menoua (en superficie)

   1. Bamendou (2e degré) : 197 km²

   2. Bafou (1er degré) : 190 km²

   3. Fokoué (2e degré) : 162 km²

   4. Fondonera (2e degré) : 120 km²

   5. Fongo-Tongo (2e degré) : 111 km²

 

Top 5 des plus petits groupements de la Menoua (en superficie)

   1. Fossong-Wentcheng (2e degré) : 18 km²

   2. Balessing (2e degré) : 18 km²

   3. Fossong Ellelem (2e degré) : 13,2 km²

   4. Fotetsa (2e degré) : 11 km²

   5. Bamegwou : (2e degré) : 09 km²

Premier et deuxième degré : Une illusion de hiérarchie administrative

À l’analyse des textes et de la réalité du terrain, la distinction entre chefferie de 1er degré et chefferie de 2e degré révèle une profonde déconnexion entre l'esprit de la loi et la pratique coutumière.

Selon l'esprit du décret n° 77/245 du 15 juillet 1977, une chefferie de 1er degré est censée exercer une tutelle administrative et englober territorialement plusieurs chefferies de 2e degré. Or, dans la région de l’Ouest et singulièrement dans la Menoua, cette subordination n'existe pas. Les chefferies supérieures de 1er degré (comme Bafou ou Foto) et celles de 2e degré (comme Bamendou ou Foréké-Dschang) fonctionnent de manière similaire et autonome. Elles s'appuient toutes directement sur des chefferies de 3e degré (les quartiers), sans qu'un chef supérieur de 2e degré ne reçoive d'ordres d'un chef de 1er degré. La classification administrative reste ici purement honorifique.

Décryptage : Le Royaume Bamoun ou la vérité de la centralisation historique

Ce modèle éclaté et égalitaire de la Menoua — qui s'apparente à une confédération de républiques traditionnelles indépendantes — contraste fondamentalement avec le cas du Sultanat Bamoun dans le département du Noun, également classé au 1er degré.

Le fait que le Sultan Bamoun règne de manière effective sur des chefferies supérieures de 2e degré s'explique par une réalité historique séculaire : l'unification par l'appareil d'État et la conquête militaire.

Fondé au XIVe siècle par Nchare Yen, le Royaume Bamoun s'est consolidé à travers les siècles (notamment sous le règne du Roi Mboumbouo) en conquérant et en assimilant plus d'une centaine de micro-principautés indépendantes. Pour administrer ce vaste empire, les souverains Bamoun ont fait le choix de maintenir les chefs locaux vaincus à leur poste, mais en les dépouillant de leur souveraineté suprême pour en faire des vassaux.

Par conséquent, lorsque l'État moderne a rédigé le décret de 1977, il n'a fait que calquer sa loi sur cette centralisation historique : le Sultan du Noun centralise l'autorité sur un département entier au 1er degré, tandis que ses chefs subordonnés au 2e degré agissent comme des gestionnaires locaux de la coutume royale.

Cette quête d'une hégémonie territoriale unifiée a d'ailleurs récemment inspiré des dynamiques plus sombres dans le Lebialem voisin. Le chef militaire séparatiste Field Marshall s'était autoproclamé « Chef supérieur du Lebialem ». Son ambition artificielle n'était pas de détrôner un chef en particulier, mais de bâtir une royauté centralisée au-dessus de 2e degrés existants pour forcer leur soumission, avant d'être finalement neutralisé par les forces de défense.

Par Augustin Roger Momokana