Festival Lelem Fona 2026 -En images : Union sacrée pour l’érection en chefferie de 2e degré.

Festival Lelem Fona 2026 -En images : Union sacrée pour l’érection en chefferie de 2e degré.

Le rideau est tombé ce samedi 8 août 2026 sur la biennale culturelle de Fonakeukeu. Au-delà du faste de la grande parade de clôture, cette édition historique marque un tournant géopolitique majeur pour la communauté : la volonté affichée de voir le village passer du statut de 3e degré à celui de chefferie supérieure de 2e degré.

Une doléance historique portée devant le Roi des Foto

C’est le discours de Tagni Miafo Lékané Richard, président du comité d’organisation, qui a posé les jalons de cette ambition de manière hautement protocolaire. S'adressant directement à Sa Majesté Momo Soffack Guy Bertrand, chef supérieur du groupement Foto, il a formulé le vœu ardent de la communauté de réorganiser son ancrage territorial :

« Fonakeukeu est fier d’appartenir au prestigieux groupement Foto. Nous sommes convaincus que le moment est venu d’écrire une nouvelle page de notre histoire. Nous formulons le souhait que vous puissiez accompagner un projet porté par un village de deuxième degré dans le groupement Foto. Une telle initiative constituerait une première dans notre région. »

Cette doléance forte vise à faire de Fonakeukeu un laboratoire de développement intégré, capable d'inspirer d'autres localités sous l'influence du trône Foto.

Analyse : Les écrins de la diplomatie coutumière et administrative

Derrière l'enthousiasme apparent de la tribune, l'analyse des discours du Roi et de l'autorité préfectorale révèle un exercice de haute voltige diplomatique où chacun se renvoie poliment la balle :

- Le billard à trois bandes du Roi des Foto : En déclarant qu'il va « étudier cette possibilité » tout en invitant les autres villages à « copier l'exemple de Fona », Sa Majesté Momo Soffack Guy Bertrand botte subtilement en touche. En universalisant la doléance, il dilue le cas spécifique de Fonakeukeu. Sa formulation suggère que le projet n'est envisageable que s'il s'inscrit dans un élan global visant à rendre l'ensemble du groupement Foto plus fort, évitant ainsi de créer des frustrations ou des précédents immédiats parmi les autres chefferies de 3e degré.

- Le parapluie institutionnel du Préfet : De son côté, Itoe Peter Mbongo, préfet du département de la Menoua, a utilisé la prudence légendaire du corps préfectoral. En affirmant que le Roi des Foto vient de « donner le coup d’envoi » et que « sans son avis, nous ne pouvons pas avancer », le haut fonctionnaire se protège derrière la légitimité coutumière. Le message est clair : l'administration n'initiera rien d'elle-même. Elle attend que le trône Foto tranche politiquement le dossier avant d'activer les leviers juridiques du décret de 1977.

 Le « Mur des Bâtisseurs » : Le Panthéon de la communauté Fona

Face à ce jeu d'échecs politique, le chef du village Fonakeukeu, Sa Majesté Zeufack II Joseph, s'est concentré sur la cohésion interne. Le souverain a annoncé l'achèvement prochain du « Mur des Bâtisseurs » à l’entrée de la localité, un monument qu'il compare volontairement aux panthéons occidentaux :

« On a bâti un mur à l’entrée pour rendre hommage à tous les Fona qui, depuis les temps immémoriaux, ont semé la graine que nous sommes en train de récolter aujourd’hui. Je vais me faire le devoir de rendre public, dans les jours qui suivent, le fruit des consultations que j’ai faites à ce sujet. »

Le chef a profité de cette tribune pour inviter les voix dissidentes à se ranger derrière cette dynamique d'union. Pour lui, ce mur constituera une source de repères et d’inspiration incontournable pour les futures générations.

Cette parade de clôture s'est déroulée sous le regard attentif d'un parterre d'invités prestigieux, parmi lesquels Mgr Jérôme Feudjio, le maire de Dschang, l’adjoint au sous-préfet, le procureur de la République et le commandant de compagnie. Tous ont été témoins de la naissance d'une ambition qui redessine déjà la carte du commandement traditionnel dans la Menoua. Rendez-vous est pris pour le festival Lelem Fona 2028.

Par Augustin Roger Momokana