Hommage à Vougmo Fidèle, le maire téméraire qui a tracé le destin universitaire de Dschang.

Hommage à Vougmo Fidèle, le maire téméraire qui a tracé le destin universitaire de Dschang.

Il y a 19 ans, le 2 août 2007, s'éteignait Vougmo Fidèle, le tout premier maire de Dschang après l’indépendance du Cameroun. Réputé proche de l'UPC (Union des populations du Cameroun), cet homme d’exception reste dans la mémoire collective comme le rempart politique qui a osé défier le régime d’Ahmadou Ahidjo pour défendre sa ville.

1961 : L’audace face au complot de Bafoussam

L'histoire bascule en 1961. Enock Kwayeb, alors inspecteur fédéral en poste à Dschang, orchestre en coulisses la création de la province de l’Ouest, en choisissant Bafoussam comme nouveau chef-lieu au détriment de Dschang. Cette décision provoque une onde de choc et une colère sourde parmi les populations locales. Pour apaiser les tensions, le président Ahmadou Ahidjo décide d’effectuer un voyage officiel à Dschang.

Dépêchés pour préparer la visite présidentielle, les chargés de mission du régime tentent de museler le maire Vougmo Fidèle. Ils lui ordonnent de passer sous silence la perte du chef-lieu et lui imposent un discours taillé sur mesure. L’édile feint d'accepter, mais choisit de rester fidèle à ses convictions.

Devant le chef de l'État et une foule suspendue à ses lèvres, le maire prononce un plaidoyer historique. Reprenant les mots de l'ancien maire Étienne Sonkin, Vougmo Fidèle dénonce vigoureusement le transfert de la capitale régionale et affirme au président qu'il a été induit en erreur par ses collaborateurs, nommant directement Enock Kwayeb. Si la population savoure ce courage en secret, la prudence reste de mise face au régime policier de l'époque.

Le prix de la liberté : Tribunal militaire et exil à Lomié

Le soir même, lors d'une réception au Centre climatique de Dschang, Ahmadou Ahidjo s'adresse directement au maire téméraire, affirmant qu'il a pris acte de ses mots et qu'il « se réservait d’en tirer les conséquences ».

La vengeance de l'administration ne se fait pas attendre. Furieux de cet affront public et de la popularité grandissante du maire, Enock Kwayeb et les autorités locales ourdissent une cabale politique. Vougmo Fidèle est arrêté et traduit devant le Tribunal militaire de Dschang sous l'accusation gravissime de complicité avec les « rebelles » nationalistes (ou « terroristes », selon la terminologie du régime). À la surprise générale, et malgré le caractère ultra-répressif de cette juridiction d'exception, le Tribunal militaire l'acquitte purement et simplement.

Ivre de rage face à ce désaveu juridique et aux scènes de liesse populaire qui s'ensuivent, Kwayeb passe outre la justice : il destitue arbitrairement Vougmo Fidèle de ses fonctions de maire de la Commune Mixte Rurale de Dschang et le fait déporter en résidence surveillée à la maison d’arrêt de Lomié, à l'Est du pays.

La promesse d'Ahidjo et la naissance de l'Université

Pourtant, le cri du cœur du maire exilé n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. En 1977, le président Ahmadou Ahidjo décide de tenir sa promesse et de réparer l'injustice historique subie par Dschang. Il crée quatre centres universitaires à travers le pays : Douala, Ngaoundéré, Buea et Dschang. Fait unique, Dschang est la seule ville de cette liste à ne pas avoir le statut de chef-lieu de province.

Cette décision présidentielle scelle à jamais le destin académique de la cité. En 1993, à la faveur de la réforme universitaire nationale et par le décret spécifique N° 93/026 signé le 19 janvier 1993, le centre universitaire est érigé en Université de Dschang.

Aujourd'hui, alors que les laboratoires de la Menoua brillent par leurs innovations médicales, l'opinion publique doit se souvenir que cette grandeur académique est le fruit du sacrifice de Vougmo Fidèle. Un leader qui a préféré le cachot de Lomié à la soumission administrative.

Par Augustin Roger Momokana (avec le témoignage d'Étienne Sonkin)