Tourisme dans l'Ouest : Entre agonie du Centre climatique, pression fiscale et silence du SPIHT.

Tourisme dans l'Ouest : Entre agonie du Centre climatique, pression fiscale et silence du SPIHT.

Ce mercredi 22 juillet 2026, une réunion de crise des opérateurs touristiques au Centre climatique de Dschang a pris une tournure électrique avec un  propos impérial du Délégué régional du MINTOUL. En fixant un rendez-vous d'évaluation dans un an, l'autorité administrative a ouvert une boîte de Pandore. Face à des chantiers colossaux qui s'enlisent depuis des décennies sous le poids de la bureaucratie de Yaoundé, la colère gronde au sein du patronat local. Les hôteliers de la Menoua s'interrogent ouvertement sur le rôle exact du SPIHT : ce syndicat est-il une véritable arme de revendication pour les investisseurs privés ou le simple bras séculier d'un gouvernement qui assomme l'industrie touristique sous des taxes punitives ?

En Bref

-  (Le Fait) : Injonction du délégué régional du MINTOUL d'évaluer les chantiers touristiques d’ici un an.

-  (Le Lieu/La Date) : Restaurant-épave du Centre climatique de Dschang (Menoua), ce mercredi 22 juillet 2026.

- (Le Chiffre clé) : 1945, l'année de fondation de la vitrine touristique de l'Ouest, aujourd'hui en état de mort chronique.

-  (L'Enjeu) : Clarifier l'identité du SPIHT, accusé d'accompagner les mesures gouvernementales destructrices de capitaux privés.

- (L'Impact direct) : François Kana placé en première ligne dans la Menoua pour arbitrer la fronde des hôteliers contre l'impôt et la concurrence déloyale des « clandos ».

L'injonction du MINTOUL : Le piège de l'évaluation à un an

Le Délégué régional du Tourisme et des Loisirs pour l’Ouest, qui présidait cette assise sous la charpente pourrie du Centre climatique de Dschang, a martelé qu’il ne suffirait pas de s’être réuni pour crier victoire. Youmegne Manuel Papin exige des résultats tangibles et fixe un rendez-vous impératif dans un an pour évaluer la séance d’aujourd’hui.

Mais cette exigence soulève un doute méthodique immédiat aussi bien chez les membres de l’AS.I.H.T.ME que chez les participants non affiliés. Qu’est-ce qu’il faudra réellement évaluer au bout de ces douze mois de sursis ? S'agira-t-il de compter benoîtement le nombre de promoteurs hôteliers qui ont rejoint les rangs du SPIHT, ou d'analyser l'impact réel de la synergie entre les guides, les artisans et les hôtels de la Menoua ?

L'agonie révoltante du Centre Climatique : Le sabordage de la vitrine touristique de l'Ouest

La réalité du terrain rend la promesse d'évaluation administrative presque dérisoire. Fondé en 1945, le Centre climatique de Dschang a longtemps incarné la véritable vitrine historique et l'icône touristique majeure de la région de l'Ouest. Ce joyau patrimonial, qui a vu défiler des figures universelles — du Général de Gaulle à Ahmadou Ahidjo, de Paul Biya aux Premiers ministres Achidi Achu et Inoni Ephraïm, en passant par le monument du football Roger Milla —, se meurt pourtant aujourd'hui dans un état de délabrement avancé.

C’est dans l'épave pourrissante de son restaurant-bar que les participants ont tenu leurs travaux. Évaluer dans un an la réhabilitation de ce site relève de l'utopie tant que Yaoundé refuse de débloquer les budgets de restauration, préférant condamner à mort le plus grand symbole mémoriel de l'arrière-pays. Comment comprendre que le Cameroun soit incapable de débloquer moins de 5 milliards FCFA pour remettre ce village touristique debout ?

Le procès du SPIHT : Syndicat de défense ou relais de la prédation fiscale ?

Le nœud de la crise qui a éclaté à Dschang réside dans la crise de confiance profonde entre la base militante et le sommet du Syndicat Patronal des Industries de l’Hôtellerie et du Tourisme (SPIHT) du Cameroun. Les opérateurs de la Menoua refusent que ce regroupement serve de caution morale à l'administration :

Vote de taxes punitives par Yaoundé Accompagnement passif par le syndicat Asphyxie financière des PME locales

Résultat : Le SPIHT perçu comme le complice des mesures qui assomment l'investissement privé.

Le syndicat a-t-il totalement inversé sa mission d'origine ? Au lieu de revendiquer agressivement des allègements fiscaux et des subventions pour faciliter le développement du tourisme, le SPIHT accompagne frileusement le gouvernement dans la mise en œuvre de réformes fiscales et de contrôles qui étouffent les hôteliers et barmans indépendants au profit du secteur clandestin des auberges insalubres.

La mission sacrée de François Kana : Porter la fronde de la Menoua

C'est dans ce climat de haute tension que le président de l'AS.I.H.T.ME, François Kana, a été désigné pour être l'interlocuteur du SPIHT dans le département de la Menoua. Sa tâche ne sera pas une promenade de santé. Élu du terroir, il se retrouve en première ligne pour porter la contradiction au cœur du syndicat national fasciné par le dynamisme de l’AS.I.H.T.ME.

Sa mission consistera à arracher le SPIHT à sa léthargie complaisante pour en faire un syndicat de combat. Face à la concurrence déloyale et au harcèlement des agents du fisc, François Kana doit prouver que la Menoua n'a pas rejoint le syndicat pour capituler, mais pour imposer un rapport de force capable de contraindre Yaoundé à réformer sa politique et à soutenir la chaîne de valeur (chambres, repas, circuits, artisanat local).

Le Radar de Komiaza

- La Leçon à tirer : L'injonction d'évaluation fixée par le délégué régional du MINTOUL met le SPIHT face à ses propres responsabilités. Un syndicat patronal digne de ce nom ne peut pas continuer à jouer les valets de chambre d'un ministère qui paralyse l'investissement privé par des impôts confiscatoires. Si dans un an, le Centre climatique — qui est la vitrine absolue de l'Ouest — est toujours en ruine et les hôteliers toujours rackettés, le SPIHT aura acté sa complicité organique avec le pouvoir. La Menoua, sous la direction de François Kana, doit sonner le réveil du syndicalisme de combat.

Le Débat Komiaza : Face à l'impuissance du SPIHT à faire reculer la pression fiscale qui détruit les structures touristiques de l'Ouest, les hôteliers de la Menoua doivent-ils boycotter ce syndicat national ou l'investir massivement pour en chasser les dirigeants jugés trop complaisants avec le gouvernement ?

Par Augustin Roger Momokana