Menoua - Tourisme : L'AS.I.H.T.ME entre sursaut professionnel et difficultés financières.

Menoua - Tourisme : L'AS.I.H.T.ME entre sursaut professionnel et difficultés financières.

L’Association Socioprofessionnelle de l’Industrie Touristique et Hôtelière de la Menoua (AS.I.H.T.ME) a tenu son assemblée générale trimestrielle ce mardi 7 juillet au Complexe Patricelia à Baleveng. Délocalisée pour la première fois hors de Dschang, cette rencontre cruciale a mis à nu les failles béantes d'un secteur qui rêve de grandeur mais refuse de s'en donner les moyens. Si la signature d’un accord avec le Festival Kouna offre une vitrine de prestige, elle ne masque plus les véritables urgences : l'incivisme associatif, le gouffre numérique et la clandestinité fiscale. C'est désormais à chaque opérateur de choisir entre la professionnalisation rigoureuse ou la marginalisation économique.

En Bref

- (Le Fait) : Tenue de l’assemblée générale trimestrielle de l’AS.I.H.T.ME couplée à une signature de partenariat.

- (Le Lieu/La Date) : Complexe Patricelia au cœur du marché de Baleveng, le mardi 7 juillet.

- (Le Chiffre clé) : Un rappel à l'ordre articulé autour des obligations financières, numériques et fiscales des membres.

- (L'Enjeu) : Responsabiliser les hôteliers locaux face à leurs propres engagements corporatistes et républicains.

- (L'Impact direct) : Le Festival Kouna servira de test grandeur nature pour évaluer la capacité de mutation des structures hôtelières.

Le fléau de l'amateurisme interne et le cri de détresse de la corporation

L’AS.I.H.T.ME souffre d'un mal endémique au sein des organisations socioprofessionnelles camerounaises : le manque d'engagement réel de ceux qui la composent. À Baleveng, le président a dénoncé avec virulence le non-paiement chronique des cotisations par les membres, un acte d’incivisme financier qui paralyse le déploiement opérationnel de l’association. Plus symptomatique encore, le Secrétaire Général, pièce maîtresse de l'administration, a été renvoyé devant le collège des conseillers pour absentéisme notoire.

Face à ce laisser-aller, la Déléguée Départementale du Tourisme, Mme Renata Atem Anyiawoh épouse Kome, a rappelé que les premiers pas d’un enfant ne sont jamais sans douleurs. L’espoir est cependant venu de l'hôte du jour, le Dr Patrice WAMBA, promoteur de Patricelia, qui a salué cette décentralisation comme un acte de foi, prouvant que le professionnalisme doit désormais habiter chaque recoin de la Menoua.

L’analphabétisme numérique : Le suicide commercial au quotidien

Le diagnostic posé par le cabinet Visibility a jeté un froid légitime dans l'assemblée : les hôtels, bars et restaurants de la Menoua fonctionnent encore avec des méthodes archaïques. Posséder un site internet "fantôme" ou une page Facebook à l'abandon ne sert qu'à documenter sa propre inexistence sur le marché mondial.

Visibility a rappelé une évidence immuable : l'économie de cash recule au profit de l'exigence de réactivité. Le parcours client moderne refuse l'approximation :

Recherche de l'hôtel Réservation en ligne sécurisée Paiement dématérialisé

Résultat : L'opérateur qui refuse de s'arrimer au numérique se condamne lui-même à l'invisibilité.

Pour les établissements de la Menoua, la digitalisation n'est pas un accessoire de mode, mais la condition première de leur viabilité commerciale.

L'alliance avec le Festival Kouna : Un accélérateur d'audience, pas une bouée de sauvetage

C’est dans cette urgence de mise à niveau que s'inscrit la signature de la convention de partenariat entre l’AS.I.H.T.ME et l'association Kouna, représentées par M. François Kana et le Dr Rachel Sonkin. Cet accord, bien qu'historique, ne doit pas être perçu comme le remède miracle aux maux du secteur. Le Festival Kouna est une formidable vitrine gastronomique et culturelle qui draine des flux de visiteurs nationaux et internationaux.

C'est une opportunité en or qui impose un défi logistique immense aux hôteliers locaux. Les festivaliers exigent un confort et des standards irréprochables. En intégrant des Master Class et des échanges entre chefs, les restaurateurs locaux reçoivent un coup de pouce technique majeur. Mais ce partenariat restera lettre morte si, une fois les projecteurs éteints, les promoteurs retombent dans la routine de l'amateurisme.

Le choc de la légalité : S'immatriculer pour cesser de raser les murs

La présence de M. Sylvain Yatou Mouchingam, Chef du Centre de Fiscalité Locale et des Particuliers (CFLP) de Dschang, est venue rappeler que le civisme fiscal èst le fondement de toute ambition industrielle. Son exposé sur la nouvelle loi fiscale a résonné comme un avertissement sans frais à l'endroit de ceux qui se complaisent dans la clandestinité.

L'immatriculation et la déclaration d'impôts ne sont pas des punitions étatiques, mais des actes de naissance économique. Sans numéro d'identifiant unique, un hôtelier s'exclut lui-même du système formel : impossibilité d'ouvrir un compte bancaire institutionnel, de solliciter un visa d'affaires ou d'obtenir un raccordement électrique industriel. Entre l'Impôt Général Synthétisé (IGS) et la taxe de séjour, les opérateurs doivent comprendre que la transparence comptable est l'unique bouclier contre des pénalités destructrices.

Le Radar de Komiaza

- La Leçon à tirer : Aucun partenariat, aussi prestigieux soit-il, ne sauvera une industrie touristique dont les acteurs refusent de payer leurs cotisations, ignorent l'outil numérique et fuient l'administration fiscale. Le Festival Kouna est un révélateur et un atout, mais la clé de voûte de l'économie touristique de la Menoua réside exclusivement dans la discipline, l'éthique financière et le sérieux professionnel des promoteurs locaux.

-  Le Débat Komiaza : Le retard du secteur touristique dans l'arrière-pays camerounais est-il dû à un manque d'accompagnement de l'État ou au refus systémique des opérateurs locaux d'investir dans leur propre mise à niveau professionnelle et fiscale ?

Par Augustin Roger Momokana