Mairie de Dschang : la bataille pour le fauteuil de Jacquis Kemleu a commencé.

Mairie de Dschang : la bataille pour le fauteuil de Jacquis Kemleu a commencé.

Prévue le 15 juillet 2026, l’élection du nouveau maire de Dschang se corse autour des règles de cumul du RDPC et du partage géopolitique du pouvoir. Alors que le maire par intérim, Émile Temgoua, aura en face les  revendications du bloc Foto qui dénonce la concentration des postes (Mairie, Rectorat, Sénat) à Foréké-Dschang, sa stratégie repose sur la mise en jeu de son fauteuil de Premier adjoint. Face à une opposition en pleine dynamique depuis la présidentielle, les 37 conseillers devront voter en leur âme et conscience. Un scrutin à haut risque décrypté par Komiaza.

L'élection du prochain maire de Dschang, fixée au mercredi 15 juillet 2026, s'annonce particulièrement serrée. Sur les plateformes virtuelles de discussion, le débat fait rage entre les partisans des deux figures en lice. D'un côté, les soutiens de l'actuel maire par intérim mettent en avant ses états de service pour justifier l’urgence de sa confirmation. De l'autre, certains citoyens souhaitent revoir l'ancien maire, aux affaires entre 2013 et 2020, reprendre les rênes de la cité universitaire.

Émile Temgoua : l'option du dialogue et de la proximité

Depuis sa prise de fonction, le professeur Émile Temgoua a pris la mesure du défi en imposant une rupture nette. Il a placé sa mandature transitoire sous le triptyque de la réconciliation, du dialogue et de la proximité. Son objectif immédiat est de réconcilier l'institution municipale avec son personnel, avec les autorités administratives, mais surtout avec les citoyens.

Cette vision se traduit au quotidien par des actions concrètes sur le terrain : assainissement public, reboisement urbain, reprofilage des routes, concertations régulières avec la jeunesse et les transporteurs, mobilisation de la société civile et lancement du concours du Quartier le plus propre. Émile Temgoua se positionne aujourd'hui comme un bâtisseur serein qui n'attend que le plébiscite des conseillers pour déployer ses réseaux au bénéfice de la commune.

Baudelaire Donfack : le poids de l'expérience

Sa Majesté Baudelaire Donfack s’est déclaré comme étant le candidat du groupement Foto. Comme pour dire que l’enjeu c’est Foto ou Foréké-Dschang. Et les autres alors ? En tout cas, Sa Majesté Baudelaire Donfack dispose d'un bilan solide à faire valoir. Durant ses sept années à la tête de la municipalité, il a notamment dynamisé la coopération décentralisée avec des partenaires français tels que Nantes, Nantes Métropole et l’AIMF. L’éclairage public est à son actif. C'est également sous son égide qu'ont débuté le partenariat avec Agadir au Maroc, les négociations pour l’usine de traitement des déchets Valbox et les études en vue de l’élaboration de la stratégie de la gestion des boues de vidange.

Toutefois, de nombreuses voix s'élèvent pour suggérer que l'ancien maire ne devrait pas courir après un "mégot de mandat". Après avoir fait ses preuves, la logique voudrait qu'il accompagne son successeur à conclure la mandature entamée par le regretté Jacquis Kemleu.

Le radar de Komiaza : Entre piège du cumul, équilibres de blocs et vote de conscience

Le radar de Komiaza observe cette transition avec une vigilance absolue. À Dschang, l'ère des votes automatiques et des disciplines de parti aveugles est révolue. Le RDPC joue sa survie locale lors de ce scrutin du 15 juillet, face à des partis d'opposition qui ont le vent en poupe depuis la dernière élection présidentielle. Mais l'équation mathématique des 37 votants se double désormais d'un redoutable piège juridique et géopolitique.

Le premier obstacle pour le Professeur Émile Temgoua réside dans les textes mêmes du RDPC. Le défunt maire Jacquis Kemleu était également le président de la section Menoua Centre I. Selon la réglementation du parti, le vice-président prend automatiquement la tête de la section en cas de décès ou d'empêchement définitif. Si Émile Temgoua s'empare de la mairie, le spectre du cumul des fonctions va immédiatement ressurgir. À cela s'ajoute une frustration géopolitique majeure : le poste de Recteur de l'Université de Dschang et celui de Sénateur sont déjà occupés par des fils de Foréké-Dschang. Le bloc Foto (11 conseillers) compte bien appuyer sur cette concentration excessive des pouvoirs pour revendiquer légitimement le fauteuil de maire au nom de l'équilibre régional.

Face à la neutralisation historique entre Foto et Foréké-Dschang (7 conseillers), l'arbitrage reste entre les mains des 15 voix du Centre Urbain et des 4 sièges du F3. Pour faire pencher la balance, Émile Temgoua possède un atout maître : il remet son poste de Premier adjoint en jeu. L'attribution de ce précieux fauteuil devra passer par son mot d'ordre, lui offrant une monnaie d'échange décisive pour sceller des alliances avec les arbitres du Centre Urbain. Si le professeur Temgoua était élu au sortir du 15 juillet, les cartes seraient redistribuées ainsi qu’il suit : le 2e Adjoint passerait 1er adjoint, le 3e deviendrait 2e adjoint et le 4e adjoint abandonnera son fauteuil pour celui du 3e adjoint. Par conséquent, un nouveau 4e adjoint au maire sera élu. Si, au contraire, il venait à être battu, il pourrait conserver son fauteuil de 1er Adjoint.

Au-delà des calculs d'appareils, le plus important le 15 juillet est que cette élection soit libre, transparente et exempte de diktats. Chaque conseiller municipal doit voter en son âme et conscience, dans l’intérêt supérieur des citoyens et de la survie d'un parti qui ne pourra pas aborder les prochaines échéances électorales sans être sérieusement inquiété. La « tortue » stratégique, portée par sa loyauté et la Providence, passera-t-elle ce test de vérité ? Dschang retient son souffle, loin des considérations communautaristes. Il a besoin d’un homme qui l’écoute et l’associe à l’action municipale.

Par Augustin Roger MOMOKANA