L’exécutif communal de Dschang rompt avec la gestion de crise pour instaurer un dialogue durable avec sa jeunesse. Une séance de concertation historique a réuni plus d’une centaine de jeunes de tous horizons à l’hôtel de ville. Placée sous le sceau du « dialogue, de la réconciliation et de la proximité », cette rencontre jette les bases d’une insertion socioprofessionnelle participative.
Un dialogue inclusif sans laisser-pour-compte
Élèves, étudiants, conducteurs de mototaxis, vendeurs ambulants, entrepreneurs, débrouillards, salariés et leaders de la société civile : aucune composante n'a été oubliée. Cette plateforme a permis de lever le voile sur les opportunités locales, notamment dans l'agropastoral. Le Secrétaire Général de la commune, Kenfack Fabien, a d'ailleurs captivé l'auditoire sur le thème de l’inclusion. Il a plaidé pour une empathie active envers les personnes vivant avec un handicap, exigeant de l'État et de la commune des infrastructures accessibles et des enseignants formés à l'éducation inclusive.
Des modèles de réussite pour briser l'attentisme
Au cœur de cette concertation, trois entrepreneurs locaux — Tsafouet Magellan, agronome ; Tsakou Romain, promoteur de Boanages (formation professionnelle en hôtellerie et restauration) ; Ulrich Nguefack, président de l’association AGED —, tout comme le 4e Adjoint au maire de Dschang, Sanu Eric Leonel Neba, ont émerveillé leur auditoire par leur parcours, leurs réussites et leurs propositions concrètes.
Ces partages d'expériences étaient particulièrement susceptibles de booster des jeunes qui, pour la plupart, hésitent à prendre leur destin en main. Beaucoup étaient en effet venus à cette rencontre dans l’unique esprit d’obtenir un emploi direct ou des promesses de soutiens financiers immédiats de la mairie pour amorcer des activités génératrices de revenus.
L’on a pourtant appris au cours des échanges que Dschang est une véritable mine d’opportunités pour sa jeunesse grâce à son potentiel humain, son climat et ses débouchés en agropastorale. Selon Magellan Tsafouet, « Dschang est la principale destination de l’intelligence agricole au Cameroun ». En effet, plus de 80 % des professionnels de l’agriculture opérationnels au Cameroun et en Afrique centrale connaissent Dschang, soit pour avoir été formés à la FASA, soit pour y avoir séjourné dans le cadre d’un stage ou d’un séminaire professionnel capital.
Entre planification budgétaire et réalités politiques
Le représentant du délégué départemental du Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique (MINJEC) a présenté les mécanismes d'appui disponibles. Cependant, le débat a mis en lumière les frustrations des participants face à la politisation systémique des projets. Beaucoup regrettent que l’souscription aux programmes du MINJEC impose l'adhésion d'office au Conseil National de la Jeunesse du Cameroun (CNJC), perçu comme un démembrement du parti au pouvoir. Par ailleurs, soucieux de faire de leur secteur un pilier du développement, les conducteurs de mototaxis ont exprimé un besoin d'accompagnement pour assainir leur milieu via l'attribution de numéros d'identification et la facilitation d'accès au permis de conduire.
Face à ces attentes, la mairie choisit la carte de la responsabilité financière plutôt que celle des promesses démagogiques. Le mémorandum soumis par l’association AGED sera examiné afin d'inscrire les points retenus dans le programme budgétaire 2027. Ce calendrier, dicté par le principe d'annualité budgétaire des collectivités territoriales décentralisées, garantit que les projets d'envergure retenus bénéficieront de financements réels et sécurisés lors du prochain exercice. En clôturant les travaux, le 3e adjoint au maire, Dr Landry Toukam, a exhorté la jeunesse à proscrire l'attentisme : « Les jeunes ne doivent plus attendre que la mairie ou le travail vienne les trouver à la maison, ils doivent sortir pour aller vers le travail ».
Le radar de Komiaza : Financer l'autonomie ou acheter la paix sociale ?
Le radar de Komiaza salue la démarche du Professeur Émile Temgoua. Consulter la jeunesse en temps de paix, et non uniquement lorsque les rues grondent ou que les tricycles de salubrité brûlent, témoigne d'une réelle volonté de gouvernance de proximité. L'inclusion des personnes handicapées et la valorisation du génie agricole de la FASA sont d'excellents signaux.
Sur le plan financier, la mairie fait preuve de maturité en ancrant les promesses dans le budget 2027. Programmer plutôt que de distribuer des enveloppes éphémères est le seul moyen de bâtir des projets durables. Toutefois, le radar reste lucide. L'éducation civique ne doit pas être un endoctrinement partisan, et le verrouillage politique du CNJC ne doit pas exclure les jeunes qui n'émargent pas au parti de Yaoundé.
Enfin, si le Dr Landry Toukam a raison de fustiger l’attentisme, la mairie doit comprendre que « sortir pour chercher du travail » exige des routes praticables, des marchés structurés et un climat des affaires débarrassé du harcèlement fiscal. La jeunesse de Dschang a faim d'outils de production, pas de discours paternalistes.
Par Augustin Roger MOMOKANA







