Dschang : L’intercommunalité au secours d’une mairie étouffée par ses déchets et les effets camions sur les routes.
Face à l'urgence de l'insalubrité qui asphyxie la cité universitaire, des Communes membres du Syndicat des communes de la Menoua (SYCOME) ont déployé leurs pelles chargeuses, le jeudi 11 juin 2026, pour une opération coup de poing d'une envergure inédite. Grâce à cette synergie intercommunale exemplaire, une montagne de déchets accumulés depuis plusieurs années au lieu-dit « camp camions » a été éradiquée, permettant la réouverture et le reprofilage d'un axe routier stratégique. Mais derrière ce succès technique se cachent des défis de civisme local et des chantiers écologiques départementaux majeurs qui attendent d'être débloqués. Enquête de Komiaza.
L'opération coup de poing menée derrière la nouvelle station-service Général a mis en évidence la force et l’efficacité de l’intercommunalité. Pour soutenir l'action de la mairie de Dschang contre l’insalubrité et la dégradation de la voirie, les communes de Fongo-Tongo, Fokoué et Nkong-Zem ont généreusement mis leurs pelles chargeuses à disposition. Cette dynamique positive au sein du SYCOME témoigne du lever d’un jour nouveau pour la solidarité dans le département de la Menoua.
Si ces tonnes de déchets provenaient principalement des marchés et des quartiers alentours, le site servait également de base logistique pour une quarantaine de camions effectuant des rotations quotidiennes. Sensibilisés en amont par la mairie et par le chef du quartier, Éfo Mezaba Assonken Benoît, quelques camionneurs ont volontairement mis leurs engins à contribution pour l'occasion.
Désertion, incivisme et réouverture des voies
Cependant, ce déploiement amène à s’interroger sur la mentalité de certains acteurs de Dschang. Pourquoi de nombreux camionneurs, qui avaient pourtant promis de se joindre à l’équipe du maire, ont-ils subitement disparu à l’heure de se mettre à l’œuvre ? Cette désertion face à une initiative visant à assainir leur propre cadre de travail pose question.
Malgré ces défections, l'action a été un franc succès. Elle a permis de rouvrir une route secondaire qui était complètement fermée par le dépôt anarchique des déchets. En plus de l’enlèvement des immondices, acheminés vers la décharge de Siteu, la chaussée a été reprofilée et remblayée, et les rigoles ont été curées et tracées pour faciliter l’évacuation des eaux de pluie.
Par ailleurs, la mairie de Dschang a profité de cette dynamique pour ouvrir une bretelle reliant la Quincaillerie Biefo à la route située en contrebas du Groupe Scolaire Veronica. Cet aménagement offre un gain de temps précieux de 20 minutes pour les automobilistes, qui devaient auparavant effectuer un long détour par le « Rondo » ou le Carrefour MC² Foréké-Dschang. Le chef du service d’hygiène, Hubert Nangmo, est ferme : « nous allons veiller à ce que la collecte de proximité ne souffre d’aucune entrave. Cela évitera les dépôts sauvages ».
La gratitude de l'exécutif municipal
Le professeur Émile Temgoua, maire par intérim, a suivi les opérations toute la journée, entouré de ses adjoints et de près d’une dizaine de conseillers municipaux. En fin de soirée, il a tenu à expressément remercier les forces vives de la région :
« On a terminé tard, mais on a terminé tout de même. Le site dit camp camions a été débarrassé de la totalité de ses ordures. Merci infiniment à tous les adjoints au maire, merci aux nombreux conseillers municipaux qui y ont passé toute la journée, merci aux différents maires de la Menoua qui ont offert gracieusement leurs pelles chargeuses, merci aux riverains et aux PDG des sociétés qui ont accepté de jouer le jeu. Merci à tous ! »
Le regard de Komiaza : De l'action d'urgence à la gestion structurelle
Le nettoyage du « camp camions » est une victoire immédiate pour la salubrité de Dschang, mais elle ne règle pas le problème de fond. Situé en plein cœur de la ville, ce pôle logistique dégrade continuellement la chaussée par le poids des engins lourds. Pour Komiaza, il devient urgent d'appliquer la délibération du conseil municipal qui prévoyait, il y a quelques années, de délocaliser ces transporteurs vers le site aménagé de la carrière Edok Eter à Foréké-Dschang.
De plus, cette solidarité intercommunale ne doit pas rester un acte isolé. Elle doit servir de catalyseur pour accélérer le projet ECOSAME, destiné à la gestion durable des boues de vidange dans toute la Menoua. Ce projet capital piétine depuis trop longtemps en raison des retards accumulés par la commune de Dschang pour implanter la station de traitement requise. Le Pr Émile Temgoua tient là une occasion en or de transformer cette synergie d'urgence en un partenariat écologique durable.
Par Augustin Roger Momokana







