Alors que l’heure devrait être à la cohésion derrière les nouvelles institutions de la République, un parfum de scandale secoue la chefferie traditionnelle du Sud-Ouest. Ce qui a commencé comme une visite de courtoisie et de soutien politique à Yaoundé s'achèvera dans les bureaux de la Légion de gendarmerie du Sud-Ouest à Buea, sur fond d'accusations de détournement de fonds.
Une audience royale, une sortie de route financière
Tout commence lors d'un déplacement d'une forte délégation de chefs traditionnels du Sud-Ouest vers la capitale. L’objectif était noble : adresser de vive voix leurs félicitations et leur soutien indéfectible au Très Honorable Théodore Datouo, porté au perchoir de l’Assemblée nationale le 17 mars dernier, marquant ainsi un tournant historique après 34 ans de présidence de Cavaye Yeguié Djibril.
À l’issue de cette audience cordiale tenue le 2 mai dernier, le nouveau Président de la Chambre basse a gratifié ses hôtes d’une enveloppe de 3 millions de FCFA destinée à couvrir les frais de transport et de séjour de la délégation. C'est à ce moment précis que la fraternité s'est brisée.
L’évaporation du « gardien du trésor »
Selon la plainte déposée ce 4 mai 2026 à la légion de gendarmerie du Sud-Ouest, Sa Majesté Chief Etuge Augustin, qui avait reçu la garde de l'enveloppe, se serait volatilisé une fois les portes du Palais de Verre franchies. Le président de la Conférence des chefs traditionnels de Buea, Sa Majesté Chief Ikoma Philip Mokwa, raconte avec amertume la stupéfaction du groupe : alors que tous devaient se retrouver à l’hôtel pour le partage, le mis en cause est resté injoignable, avant de déclarer par téléphone avoir pris possession de la totalité de la somme.
L’acte est d’autant plus grave qu’il a laissé ses homologues dans une situation de détresse absolue au cœur de Yaoundé. Sans moyens pour régler leurs factures d'hôtel ni payer leur trajet retour, ces dignitaires n'ont dû leur salut qu'à une solidarité de dernière minute. « Dieu seul sait comment nous avons réussi à rejoindre Buea », confie la plainte désormais sur la table du Commandant de la légion.
La gendarmerie comme dernier rempart
La démarche judiciaire entamée par Chief Ikoma ne vise pas l’incarcération, mais la restitution. Il s'agit de contraindre le « fuyard » à rendre ce qui appartient à la collectivité. Ce fait divers, qui mêle autorité traditionnelle et appât du gain, pose une question de fond sur l'intégrité de certains « gardiens de la tradition » face aux gratifications politiques. Comment espérer incarner la sagesse ancestrale quand on abandonne ses pairs pour une enveloppe de transport ?
Le Radar de Komiaza
Cette affaire, bien que localisée à Buea, est le miroir d'une crise morale qui ronge nos institutions à tous les niveaux. Le détournement de « l'argent de la bière » ou du transport, au détriment de ses propres frères d'armes, est le symptôme d'un individualisme féroce. Soyons conscients que ce qui se dit ici, dans le secret d'une plainte à la gendarmerie, résonne partout ailleurs dans le monde. En ternissant l'image de la chefferie au moment même où elle vient saluer le nouveau sommet de l'Assemblée nationale, ces actes affaiblissent la portée de nos traditions. La respectabilité ne se décrète pas, elle s'honore par la probité. Le monde nous regarde, et il voit que même sous les coiffes royales, l'intégrité est un combat de chaque instant.
Par Augustin Roger Momokana (source : larrytimes.com)







