Hindrich Assongo : «La ville de Dschang n’est pas la ville des Dschang.»

Hindrich Assongo : «La ville de Dschang n’est pas la ville des Dschang.»

#Komiaza.com - M. Hindrich Assongo a récemment prit part à l’atelier de restitution des résultats de l’étude sur les leviers culturels en faveur de la paix et la cohésion sociale dans la Commune de Dschang. L’idée d’un Festival Intercommunautaire de Dschang centré sur la prévention des conflits a retenu son attention et il exprime ses attentes à Komiaza.com.  

L’idée d’un festival intercommunautaire à Dschang est la meilleure chose qui puisse arriver à cette ville parce qu’il existe ici une tendance malheureuse introduite par les replis identitaires en politique : c’est de penser que la ville appartient aux gens qui en sont originaires, c’est-à-dire les autochtones. Pourtant, une ville c’est surtout l’affaire de ceux qui sur le temps long, à travers des décennies, l’ont aimée, l’ont bâtie, l’ont gardée dans leur cœur.

Vous ne pouvez pas parler de la ville de Dschang sans parler de Marcel Lagarde, sans parler de Félix Soulier, sans parler de l’ambassadeur Keutcha, sans parler de la famille Ngu, vous ne pouvez pas parler de la ville de Dschang sans parler de la famille Tchapnga. Vous ne pouvez pas parler de la ville de Dschang sans parler des gens qui n’ont pas leurs origines ici, mais qui ont bâtis Dschang et dont les enfants et les descendances à travers le monde continuent de revendiquer leur appartenance à Dschang. Donc, le Festival Intercommunautaire de Dschang sera un festival de ceux qui sont originaires de Dschang, mais aussi de ceux qui y ont vécu ou vivent avec amour et passion.

Ce qu’on arrive pas à faire en politique, j’espère qu’à travers ce festival on va pouvoir le faire, c’est-à-dire remettre la ville au sens de ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, à savoir au sens de la citoyenneté. Une ville c’est une ville des citoyens et il faut que cela soit encré dans les esprits des gens que si quelqu’un d’origine kenyane a pu être président des Etats-Unis, quelqu’un qui n’a pas ses origines ici et qui a bâti cette ville, qui a participé à l’économie locale peut bien aspirer à être maire de Dschang. Ce genre de festival c’est aussi pour montrer cela. Je vais aller plus loin pour me faire bien comprendre. L’Aigle royal de Dschang qui est l’emblème de la ville ne doit cesser d’être considéré comme étant le club des filles et fils de Dschang comme j’entends parler. Ce n’est pas leur club, mais c’est celui de la ville de Dschang. La ville de Dschang n’est pas la ville des Dschang. Cette équipe n’a pas été créée par un fils de Dschang, mais par Félix Soulier d’origine française alors percepteur de la Région Bamiléké dont Dschang était le siège.

En 1910 ou 1911, j’espère ne pas me tromper de date, les Allemands ont déportés ici une communauté qui s’appelle les Hottentots. Les Hottentots sont un peuple de la Namibie actuelle qui s’appelait à l’époque le Sud-Ouest Africain. Cette trentaine d’hottentots ont vécu à Dschang jusqu’ à leur mort.  Mais est-ce qu’on peut faire un festival intercommunautaire sans se demander ce que sont devenus les hottentots qui ont été déportés dans la ville de Dschang ? Je ne pense pas. Peut-être faudra-t-on aller en Namibie pour savoir s’ils ont des traces des leurs déportés ici.

Je pense que si les jeunes sont disponibles et engagés pour travailler sur ce projet de festival intercommunautaire… mon vœu c’est que la mairie qui, me semble-t-il, est l’instance idéale pour porter ce type d’initiative soit réceptive à cette offre géniale de l’association Horizon Jeune. 

Rappelons que Hindrich Assongo est journaliste, président de Dschang Press Club et chercheur en communication des territoires.

Recueillis Par Augustin Roger Momokana