Vice-président non budgétisé: Pourquoi P. Biya s’apprête à faire sauter le verrou budgétaire 2026 ?

Vice-président non budgétisé: Pourquoi P. Biya s’apprête à faire sauter le verrou budgétaire 2026 ?

La révision constitutionnelle du 4 avril 2026 n'est pas qu'une affaire de succession ; c'est un saut dans l'inconnu logistique. Derrière la création du poste de Vice-président (VP), Paul Biya s'apprête à entamer un véritable chemin de croix. Entre un organigramme à reconstruire et une ardoise financière non provisionnée, le Palais d'Etoudi joue une partie d'échecs où le budget et la clarté administrative pourraient bien être les premières victimes.

 « Qui cherche trouve », murmure-t-on dans les couloirs du pouvoir. En introduisant la figure du Vice-président nommé par décret, le régime a ouvert une boîte de Pandore. Ce n'est pas seulement une question de personne, mais une chirurgie lourde sur le squelette même de l'État camerounais.

Le « Big Bang » organique : Qui commande qui ?

L'avènement d'un Vice-président impose une refonte totale des textes organisant la Présidence de la république et fixant les attributions du Gouvernement. Paul Biya se retrouve face à un nœud gordien : comment loger ce nouveau personnage sans transformer le Secrétaire Général de la Présidence (SGPR) en simple figurant ? Si le SGPR conserve sa délégation de pouvoirs actuelle, le Vice-président ne sera qu’une « potiche » de luxe. S’il est dépouillé, c’est tout l’équilibre des clans d’Etoudi qui vole en éclats.

L’onde de choc frappera aussi l’Immeuble Étoile. Si le Vice-président de la République hérite des pouvoirs de contrôle et d'inspection sur le territoire, le Premier Ministre risque de voir ses prérogatives réduites à la portion congrue. Il ne sera même plus jamais désigné pour aller inaugurer les usines et les supermarchés. On ne crée pas un îlot de pouvoir au sommet sans inonder les bureaux d’à côté.

Le gouffre financier : Un budget 2026 déjà hors-jeu

Au-delà des joutes politiques, l'aspect financier révèle un bricolage saisissant. Le budget 2026, arrêté à 8 816,4 milliards FCFA bien avant cette réforme, n'a jamais prévu de « ligne Vice-présidence ». Or, le rang impose un train de vie colossal : résidence de fonctions, cabinet civil et militaire, sécurité et avantages statutaires. Sans une loi de finances rectificative immédiate, cette fonction historique risque de démarrer sur les « restes » des autres ministères, au risque d'une humiliation protocolaire.

Les clans taillent la pierre

Le danger est que, dans ce flou artistique, ce soient les clans en lutte qui « taillent la pierre » à la place du Chef de l'État. En cherchant à arracher le pouvoir des mains d'un SGPR jugé trop puissant, les courtisans pourraient bien finir par paralyser l'administration. Les agences de notation et les marchés scrutent déjà cette instabilité potentielle sous les dorures du Palais. Le FMI avait-il bien ouvert ses yeux, lui qui sort d’un tour de table avec les dirigeants du pays ?

L’œil de Komiaza : La vérité attendra la fin des vacances

Pendant que Yaoundé s'agite sur les décrets, le citoyen compte les points. On nous promet une transition fluide, on nous livre un casse-tête budgétaire et organique. La création de ce poste est-elle une solution de paix ou le détonateur d'une guerre de palais silencieuse ? À Etoudi, celui qu'on voit trop tôt à l'arrivée est souvent celui qui finit par trébucher au départ.

Et vous, chers lecteurs qui observez ce chamboulement avec émerveillement et surprise, pensez-vous que le Cameroun a les moyens d'offrir une résidence de luxe et des commodités protocolaires à un Vice-président que le budget n’avait pas prévu ? Serrez vos ceintures !

Par Augustin Roger MOMOKANA