L’univers de la recherche et de l’enseignement au Cameroun est en deuil. L’historien émérite, le Docteur Jean-Claude Tchouankap, s’est éteint ce dimanche 8 février 2026 à l’Hôpital Régional Annexe de Dschang. Il laisse derrière lui le souvenir d’un intellectuel foudroyé par les pesanteurs du système qu’il a pourtant brillamment disséqué.
Le combat pour la vérité : Le « cas » Mgr Albert Ndongmo
La carrière de Jean-Claude Tchouankap restera marquée par un bras de fer épique avec l’institution universitaire. Sa thèse de doctorat, intitulée « Monseigneur Albert Ndongmo : le religieux et le politique (1926-1992) », fut longtemps perçue comme une « hérésie ». Entre pressions tribales et frilosité politique, il lui faudra attendre près de 20 ans pour que son travail soit enfin validé le 31 octobre 2014 à l’Université de Ngaoundéré.
« C’était Albert Ndongmo ou rien. Un peuple doit assumer son histoire », confiait-il à Vivien Tonfack, rappelant que l’histoire politique du Cameroun ne peut faire l’économie des rapports complexes entre l’Église et l’État.
Un maître d’école à l’ombre des promotions
De Ngaoundéré (1990-1996) au Lycée Classique de Dschang (1996-2015), il a forgé des générations d'historiens. Pourtant, l'homme à la science infuse n'a jamais connu les honneurs administratifs. Alors que ses anciens élèves grimpaient les échelons pour devenir proviseurs, ce passionné de l’écriture restait au service de la craie, avant de voir les portes de l’enseignement supérieur se refermer devant lui à la veille de la retraite comme professeur de lycées.
Une voix médiatique et une plume fertile
À défaut des amphithéâtres officiels, c’est sur les plateaux de télévision (Afrique Media, DBS TV) et sur les ondes qu’il a exercé son magistère. Créateur de l'émission culte « Une Date, un Événement » sur Radio Yemba, il a su vulgariser l'histoire nationale avec une rigueur inégalée. Ses ouvrages, notamment celui consacré à Sa Majesté Djoumessi Mathias, demeurent des références incontournables de notre patrimoine documentaire.
Admis en soins intensifs jeudi dernier, le Dr Tchouankap a tiré sa révérence trois jours plus tard, laissant l'histoire du Cameroun orpheline de l'un de ses plus ardents défenseurs.
L'écho de ses disciples : « Il a fait de nous des veilleurs de l'histoire »
Dans les couloirs du Lycée Classique de Dschang comme dans les amphithéâtres de l’Université, l'annonce de sa disparition a suscité une vive émotion. « Le Dr Tchouankap ne se contentait pas d’enseigner des dates ; il nous apprenait à lire entre les lignes du pouvoir », confie l'un de ses anciens élèves, aujourd'hui doctorant en histoire.
Ses disciples saluent la mémoire d'un homme qui, malgré l'absence de promotions administratives, a exercé un magistère moral immense. Pour beaucoup, il restera celui qui a refusé de "vendre sa plume", préférant l'austérité de la recherche à la complaisance des salons.
Bibliographie sélective : Les piliers de son œuvre
Pour ceux qui souhaitent prolonger le dialogue avec ce chercheur passionné, ses écrits demeurent des boussoles précieuses pour comprendre les dynamiques de pouvoir au Cameroun :
- « Monseigneur Albert Ndongmo : le religieux et le politique (1926-1992) » (Thèse de doctorat, 2014) : Un ouvrage de référence sur les tensions entre l'Église catholique et l'État post-colonial.
« Sa Majesté Djoumessi Mathias : Un chef traditionnel au cœur du nationalisme camerounais » : Une biographie rigoureuse sur l'un des pionniers de la lutte pour l'indépendance et le développement de la Menoua.
- « Chroniques de l'Histoire du Cameroun » : Recueil issu de ses meilleures interventions dans l'émission « Une Date, un Événement ».
- La flamme de Radio Yemba : Le flambeau de la vulgarisation historique repose désormais sur les épaules de Ghislain Fouelefack. Sa mission : maintenir l'âme de l'émission « Une Date, un Événement » afin que les auditeurs de Radio Yemba continuent de recevoir les murmures de ce passé que Jean-Claude Tchouankap aimait tant conter.
La rédaction de Komiaza s’incline devant la mémoire de ce monument de savoir. Elle adresse ses condoléances les plus émues à sa famille biologique, à ses nombreux élèves orphelins de son génie, ainsi qu'à toute la communauté des Historiens de Dschang et de Ngaoundéré.
Que la terre de nos ancêtres, qu'il a tant pris soin de documenter, lui soit légère. Repose en paix, Docteur Tchouankap.
Par Augustin Roger MOMOKANA
MEDIAS
Festival International Reconnection (FIR) : le rendez-vous des ancêtres s’installe à Dschang.
Du 5 au 8 février, l’Alliance Franco-Camerounaise de Dschang deviendra le centre de gravité d’une quête spirituelle et culturelle profonde, accueillant des délégations venues du Tchad et des États-Unis.
LIRE PLUS...






