Détention de mineurs à Bafoussam: Entre annonces du MINAT et réalité carcérale, Me F. Kengne dénonce
Alors que le gouvernement camerounais affichait une volonté d'apaisement après le scrutin présidentiel d’octobre dernier, Me Fabien Kengne lève le voile sur une réalité plus sombre : des mineurs croupissent toujours dans les geôles de l’Ouest, malgré les promesses de libération.
Un démenti cinglant pour Paul Atanga Nji
Le contraste est saisissant. En novembre 2025, le Ministre de l'Administration Territoriale (MINAT), Paul Atanga Nji, annonçait en fanfare la libération de manifestants mineurs. Pourtant, sur le terrain, l'avocat Me Fabien Kengne vient de recenser six mineurs toujours sous les verrous à la prison centrale de Bafoussam.
Il s'agit de Steve Arnold Feugang Talling, Joël Bouma A Bouma, Evra Tatiekam, Ramadan Moubarak, Samuel Bediang et Fernando Kengne Naoussi, âgés de 16 à 17 ans lors de leur arrestation le 27 octobre 2025 — jour même de la proclamation des résultats de la présidentielle.
La « déportation judiciaire » : Une stratégie d'isolement ?
L'avocat dénonce une pratique de plus en plus courante : la déportation judiciaire. Des citoyens interpellés à Dschang, tels que Djoufack Ngoudjou, Georges Tsafack et Emmanuel Asonganyi, ont été transférés à Bafoussam au mépris de la proximité géographique des tribunaux.
Cette méthode, bien que parfois justifiée par l'administration pour des raisons de "sécurité", est perçue par la défense comme une volonté d'isoler les prévenus de leurs familles et de compliquer l'accès à une défense effective, telle que cela est prévu et garanti par le Code de Procédure Pénale en vigueur.
Un réquisitoire contre l’élite locale
Pour Me Fabien Kengne, le problème est aussi profond que structurel. « La particularité de l'Ouest est que les enfants y sont détruits avec la complicité de leurs propres élites », martèle-t-il, déplorant que la prison soit le seul projet étatique qui semble fonctionner sans accroc.
Une qualification criminelle disproportionnée
Poursuivis devant le Tribunal de Grande Instance de Bafoussam pour « tentative de rébellion » et « pillage en bande », ces mineurs risquent lourd. Ces charges criminelles permettent de maintenir une détention provisoire prolongée, une stratégie que de nombreux observateurs analysent comme une forme de neutralisation politique post-électorale.
L'audience prévue ce 5 février 2026 devrait être décisive pour ces jeunes, dont le sort semble aujourd'hui suspendu entre le marteau de la justice et l'enclume des calculs politiques.
Par Augustin Roger MOMOKANA
MEDIAS
Festival International Reconnection (FIR) : le rendez-vous des ancêtres s’installe à Dschang.
Du 5 au 8 février, l’Alliance Franco-Camerounaise de Dschang deviendra le centre de gravité d’une quête spirituelle et culturelle profonde, accueillant des délégations venues du Tchad et des États-Unis.
LIRE PLUS...







