Ahmadou Ahidjo : « J’ai dit que notre pays a toujours été un pays fait de divers équilibres.

Ahmadou Ahidjo : « J’ai dit que notre pays a toujours été un pays fait de divers équilibres.

Ahmadou Ahidjo est le premier président du Cameroun. Le 6 novembre 1982, il a passé le témoin à Paul Biya qu’il a lui-même choisi conformément à la constitution. Alhadji Aboubakar Moustapha partage une déclaration du président Ahmadou Ahidjo sur la construction de l’Unité Nationale :

« En ce qui me concerne, je dois dire que, depuis longtemps déjà, bien avant même que je n’accepte les fonctions de Premier ministre puis de Président de la République, j’avais pensé qu’il fallait que les Camerounais, étant donné la situation du Cameroun et la diversité de sa population, fassent abstraction de leur appartenance ethnique et religieuse et travaillent avant tout pour l’unité du pays. Avant même l’accession du pays à l’indépendance, j’ai toujours été animé par cet état d’esprit. Je dois dire que les circonstances nous ont aidés, car dès mon jeune âge, en tant que fonctionnaire originaire du Nord, j’ai été confronté à cette réalité.

À l’époque, les régions du Cameroun étaient encore un peu étrangères les unes aux autres. J’ai eu la chance, jeune fonctionnaire, de travailler dans diverses régions du pays, notamment dans le Sud, une région dont les réalités étaient alors très différentes de celles du Nord.

J’ai même été, à l’époque, l’un des premiers fonctionnaires originaires du Nord à travailler dans le Sud, car, de façon quasi automatique, les agents issus du Nord étaient affectés dans leur région d’origine. J’ai été le premier à en souffrir véritablement au début, car j’aurais moi aussi souhaité rester dans ma région.

Finalement, cette expérience m’a permis, par la suite, de travailler consciemment pour l’unité nationale. Elle m’a permis d’avoir des relations avec des Camerounais de diverses régions et de constater qu’en réalité il n’existait pas de différences fondamentales entre les populations, qu’il s’agisse du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest.

C’est cette connaissance directe des hommes et des réalités du pays qui m’a convaincu que l’histoire du Cameroun devait être pensée dans sa globalité, y compris dans la perspective de la réunification des deux Cameroun. »

Source : Ahmadou Ahidjo, interviewé par Jacques Chancel, Yaoundé, 1976.