Il était une fois, dans les ruelles poussiéreuses de Bojongo, ce quartier de Bonabéri où le bruit des camions dispute le silence au vent du Wouri, un homme qui se faisait appeler « Père Lion ». Mais ce lion-là ne chassait pas le buffle dans la savane ; sa seule proie, c’était l’épouse qu’il avait promis de chérir devant Dieu et devant les hommes.
Chaque soir, à l’heure où le soleil se noie dans le fleuve, le quartier Bojongo devenait un étrange orchestre. Père Lion, les muscles gonflés par une aigreur que personne n’expliquait, transformait son épouse en tambour. Les cris de la pauvre femme étaient les notes d’une symphonie de la douleur que les voisins subissaient en baissant les yeux, murmurant : « C’est l’affaire du mari et de la femme ».
Mais le 31 janvier 2026, la lune de Bonabéri décida de ne pas se voiler la face. Père Lion, fidèle à son « sport favori », avait entamé un nouveau passage à tabac. Les coups pleuvaient, secs et sourds, comme le tonnerre avant l'orage. Mais ce soir-là, quelque chose se cassa dans le mécanisme de la peur.
Soudain, le silence ne répondit plus aux pleurs. De chaque concession, de chaque cuisine, de chaque étal de beignets, des ombres se levèrent. Elles étaient quinze. Quinze mères, quinze sœurs, quinze Lionnes de Bojongo, excédées de voir le sang d’une femme fertiliser l’indifférence.
Elles ne vinrent pas pour discuter. Elles vinrent avec le langage que « Père Lion » comprenait le mieux : celui du bois. Dans un mouvement d'ensemble, telles des guerrières d'un autre temps, elles encerclèrent le prédateur de salon. Les gourdins, d'ordinaire utilisés pour piler le macabo ou le manioc, se mirent à danser une gigue nerveuse sur le dos de l'agresseur.
Le « Lion » rugit, mais de surprise et de douleur. Face à cette meute enragée, celui qui se croyait le maître de la forêt vit sa superbe s'évaporer. Le tambour avait changé de peau. Battu, humilié par celles qu'il méprisait, le fier félin de Bonabéri dut battre en retraite. On le vit s'enfuir, la queue entre les jambes, cherchant un trou assez profond pour cacher sa honte.
La morale de Komiaza :
Le temps où l'on battait la femme comme un tam-tam est révolu. À Bojongo, les femmes ont rappelé une vérité éternelle : quand la justice de l'homme dort, la solidarité des mères se réveille. Désormais, chaque "Père Lion" saura que s'il transforme son foyer en arène, il pourrait bien finir en gibier.
Augustin Roger MOMOKANA
Inspiré par un fait divers publié par N’zui Manto
MEDIAS
Festival International Reconnection (FIR) : le rendez-vous des ancêtres s’installe à Dschang.
Du 5 au 8 février, l’Alliance Franco-Camerounaise de Dschang deviendra le centre de gravité d’une quête spirituelle et culturelle profonde, accueillant des délégations venues du Tchad et des États-Unis.
LIRE PLUS...







