Il est temps de regarder cette vérité en face, sans détour ni langue diplomatique : l’Afrique attend un transfert de technologie qui n’arrivera jamais. Ce n’est pas une opinion, c’est une loi historique et stratégique que les autres nations ont comprise il y a des décennies, mais que nous refusons encore d’admettre. Croire qu’une puissance ou une multinationale viendra volontairement vous donner les clés de sa suprématie technologique, c’est croire que le lion vous apprendra à chasser. Ce n’est pas dans sa nature, et ce ne sera jamais dans son intérêt.
Regardons le monde tel qu’il fonctionne, pas tel qu’on nous le vend dans les protocoles d’accord. La Chine n’a pas obtenu sa place en signant des partenariats passifs. Elle a imposé une condition simple et brutale à toute entreprise étrangère : « Vous voulez vendre à notre marché d’un milliard de consommateurs ? Installez-vous ici, construisez votre usine, et formez nos ingénieurs sur place. » Le « transfert » n’a pas été un don, il a été le prix d’entrée. Les Chinois ont observé, démonté, copié, puis amélioré. Aujourd’hui, ils ne sont plus des élèves, mais des maîtres et des concurrents directs. Ils ont compris que la technologie ne se transfère pas, elle se capture.
De même, la Corée du Sud des années 1960 était un pays dévasté, bien plus pauvre que de nombreuses nations africaines de l’époque. Ils n’ont pas attendu la charité technologique. Ils ont envoyé leurs meilleurs esprits au Japon et aux États-Unis avec une mission claire : apprendre, tout noter, tout comprendre, et revenir. Ces ingénieurs ne sont pas revenus avec des machines, mais avec des schémas dans la tête. Samsung a commencé par copier des transistors japonais dans un garage. Hyundai a débuté en assemblant des Ford sous licence. Mais à chaque étape, ils disséquaient le savoir, l’assimilaient, et le faisaient leur. Leur stratégie n’était pas le transfert, mais l’appropriation par l’intelligence et la répétition obstinée.
En Afrique, nous pratiquons l’inverse. Nous signons des accords triomphants pour l’implantation d’une usine. Elle arrive, clé en main, avec ses ingénieurs expatriés, ses logiciels verrouillés, ses pièces détachées importées. Elle fonctionne quelques années, le temps des photos officielles et des reportages. Puis, une pièce critique casse. L’expert étranger est déjà reparti. Le manuel est dans une langue étrangère, le code source est inaccessible, le fournisseur exige des frais exorbitants pour une réparation simple. L’usine s’arrête, rouille, et devient un monument à notre dépendance. Nous avons acheté un produit, pas un savoir. Nous avons loué une capacité, pas constaté une compétence.
Prenons un exemple douloureusement concret, celui des minoteries et des unités de transformation agroalimentaire financées par la coopération. Une machine à décortiquer, à moudre ou à presser arrive d’Europe. Elle est performante, elle accélère la production. Mais elle est conçue pour des conditions de laboratoire, pas pour la poussière sahélienne, les variations de voltage ou l’humidité tropicale. Quand elle tombe en panne, il n’existe aucun technicien local formé à sa conception interne. Le « transfert de technologie » se résume à un numéro de téléphone à l’autre bout du monde et une facture de service qui engloutit les bénéfices d’une année. Cette machine n’est pas un outil d’autonomie, c’est un fil à la patte.
Alors pourquoi ce mensonge perdure-t-il ? Parce qu’il sert tout le monde, sauf nous. Il sert les dirigeants africains qui peuvent annoncer un « grand projet » et un « partenariat stratégique ». Il sert les pays et entreprises étrangères qui vendent leur équipement obsolescent, s’assurent un marché captif pour les pièces détachées et maintiennent une relation de clientélisme. C’est un marché, pas un développement. Nous confondons l’achat d’une voiture avec l’apprentissage de la conception automobile.
La technologie n’est pas l’objet. C’est l’esprit qui a conçu l’objet. C’est la chaîne de raisonnement, de la physique fondamentale au dessin industriel. Personne ne vous transférera cela dans un séminaire. Vous devez le conquérir. Cela demande une stratégie de guerre intellectuelle.
Premièrement, il faut créer des cellules de reverse engineering. Pour chaque machine achetée à l’étranger, une équipe d’ingénieurs et de techniciens locaux doit avoir pour mission officielle de la démonter, de la cartographier, de la comprendre jusqu’à la dernière vis. Ce n’est pas du sabotage, c’est de l’apprentissage par la dissection. C’est ainsi que les Japonais ont maîtrisé l’électronique.
Deuxièmement, il faut exiger systématiquement la formation des formateurs, et non la simple présence d’experts étrangers. Tout contrat doit lier le déploiement d’une technologie à la formation d’un noyau dur local capable non seulement de l’utiliser, mais de la réparer, l’adapter et, à terme, la reproduire. Ces formateurs doivent ensuite être obligés d’enseigner dans nos écoles techniques et universités.
Troisièmement, il faut valoriser et financer massivement la création de bricolage de haute technologie. Les Fab Labs, les ateliers de prototypage rapide, les fonderies artisanales de circuit imprimé. C’est là, dans le faire, dans l’erreur, dans la réparation d’un drone avec des pièces de récupération, que naît la vraie maîtrise. C’est l’école du terrain, loin des PowerPoints des conférences internationales.
Enfin, il faut cesser de mépriser la copie intelligente. Toute grande nation industrielle a commencé par copier. L’enjeu n’est pas de voler, mais de copier pour apprendre, puis d’adapter à nos besoins spécifiques résistance aux pannes, faible coût, maintenance facile et enfin d’innover à partir de cette base solide.
Le véritable transfert de technologie ne viendra pas d’un donateur. Il viendra de notre capacité à démonter, à analyser, à comprendre et à reconstruire en mieux. Il viendra de l’ingénieur sénégalais qui fabrique un respirateur avec des pièces de voiture, de l’informaticienne kenyane qui pirate un logiciel agricole pour le rendre accessible en langues locales, du mécanicien malien qui modifie une motopompe chinoise pour qu’elle résiste au sable.
Nous n’avons pas besoin qu’on nous donne le poisson, ni même qu’on nous apprenne à pêcher avec une canne à pêche suisse. Nous devons désosser cette canne à pêche, comprendre l’acier de la canne et la chimique du fil, et forger la nôtre, avec nos matériaux, pour attraper nos poissons, dans nos rivières. L’heure n’est plus à tendre la main. L’heure est à aiguiser notre regard, à affûter notre curiosité et à nous approprier, pièce par pièce, l’intelligence du monde. Le futur ne se transfère pas. Il se construit, et pour le construire, il faut d’abord en posséder les plans.
Je suis L'IMPACTEUR
L’Afrique n'est pas pauvre c'est l'Africain qui dort.
Source : Développement personnel, Entrepreneuriat, Investissement
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