Quotas en Doctorat : Le MINESUP veut soigner la « Diplomite », les étudiants crient à l’exclusion.

Quotas en Doctorat : Le MINESUP veut soigner la « Diplomite », les étudiants crient à l’exclusion.

Le monde universitaire camerounais est en ébullition. Après trois années de gel, la reprise des sélections en Doctorat avec un quota national drastiquement limité à 600 places a provoqué une levée de boucliers. Dans une lettre ouverte datée du 19 janvier 2026, un collectif de diplômés de Master interpelle le Pr Jacques Fame Ndongo. Pour la rédaction de Komiaza, ce bras de fer révèle une vérité brutale : l'État tente de fermer le robinet d'une « diplomite » devenue un accélérateur du chômage des jeunes.

Les idées forces du conflit :

• La fin de l'accès illimité : L'État impose des quotas rigides pour éviter de former des « chômeurs de luxe » dans des filières sans débouchés.

• L'indignation des Master : Des milliers de diplômés, accumulés durant trois ans de suspension, se disputent aujourd'hui des miettes académiques.

• Le spectre de la corruption : Les étudiants craignent que la rareté des places ne transforme les universités en marchés de népotisme et de clientélisme.

• Le sacrifice des Sciences Humaines : Les quotas globaux menacent d'asphyxier les Lettres et les Sciences Sociales au profit d'une vision purement technique de l'émergence.

Soigner la « diplomite » ou punir la jeunesse ?

Au Cameroun, le Doctorat était devenu, au fil de la dernière décennie, un cycle ordinaire, voire un refuge contre la réalité du marché de l'emploi. Cette « diplomite », qui pousse des milliers de jeunes vers des thèses théoriques déconnectées des besoins industriels, est aujourd'hui dans le viseur du gouvernement. En limitant le nombre de doctorants, l’État affiche sa volonté de réorienter les ressources vers l’enseignement technique professionnel. Pour le MINESUP, produire 600 chercheurs d'élite vaut mieux que de laisser s'entasser 6 000 dans les rues.

Toutefois, pour les signataires de la lettre ouverte, cette politique est une « institutionnalisation de l'exclusion ». Ils rappellent qu'après trois ans de suspension, la demande est légitime et prévisible. En fixant une moyenne de 60 places par institution, l'État transforme un maillon stratégique de la recherche en un privilège inaccessible, au risque de décourager durablement la relève scientifique nationale.

Le risque du « Monnayage » des places

Le collectif de chercheurs soulève une inquiétude majeure que partage la rédaction de Komiaza : l'arbitraire. Lorsqu'une faculté comptant des centaines de candidats ne dispose que de 10 places, le mérite risque de céder le pas au favoritisme. Sans mécanismes de contrôle rigoureux et une transparence totale sur les critères de sélection, les universités d'État pourraient devenir le théâtre d'un commerce de l'influence, où la corruption achèvera de détruire l'image du savoir camerounais.

Vers un nouveau pacte académique

Il est impératif que le Ministère de l’Enseignement Supérieur entende ce cri de détresse sans pour autant céder à la facilité du diplôme pour tous. La solution réside sans doute dans une répartition par filière fondée sur les capacités d'encadrement réelles et non sur un quota mathématique arbitraire. Si l'État veut sincèrement mettre un terme au chômage des jeunes scolarisés, il doit accompagner ce contingentement par une restructuration profonde du marché de l'emploi. On ne soigne pas la « diplomite » en brisant l'espoir, mais en offrant de véritables alternatives professionnelles à ceux qui, hier, ne voyaient de salut que dans une écharpe de docteur.

Par Augustin Roger MOMOKANA