Patrice Motsepe, ne touchez pas à « notre » CAN : Plaidoyer pour une souveraineté sportive africaine

Patrice Motsepe, ne touchez pas à « notre » CAN : Plaidoyer pour une souveraineté sportive africaine

Alors que les sirènes de l'Occident et les pressions de la FIFA se font de plus en plus pressantes pour espacer la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), la rédaction de Komiaza s'érige contre ce qu'il faut appeler un complot géopolitique. Pour l'Afrique, la CAN tous les deux ans n'est pas une simple affaire de calendrier ; c'est un outil de survie diplomatique, économique et culturelle.

Les idées forces du plaidoyer :

Un outil de souveraineté : Plus vieille que l'EURO, la CAN est le socle de l'identité africaine et ne doit pas être sacrifiée sur l'autel du calendrier occidental.

  • La diplomatie du ballon rond : Ce ne sont pas les fédérations qui organisent la CAN, ce sont les États. Elle est la tribune où l'Afrique parle au monde.
  • Le moteur du développement : L'organisation bisannuelle force les États à investir dans des infrastructures modernes (stades, routes, hôpitaux) à un rythme soutenu.
  • Résistance face à l'Occident : De Tessema à Hayatou, l'Afrique a toujours refusé de soumettre son « intimité » sportive aux exigences des clubs européens.
  • Le piège de l'ombre : La création de compétitions concurrentes (Coupe Arabe, Mondial des Clubs élargi) vise à diluer la puissance symbolique de la CAN.

La CAN : Une messe populaire, pas un produit de la FIFA

La CAN est bien plus qu'une passion ; elle est un écosystème. C’est le moment où les dirigeants, les acteurs économiques et les touristes se retrouvent pour un mois de communion. Vouloir l'espacer à quatre ans, comme le suggèrent certains technocrates de la FIFA, c'est priver le continent de son principal accélérateur d'investissements structurels. Chaque édition transforme le pays hôte, dote les villes de complexes sportifs et booste l'économie locale. Pourquoi l'Afrique devrait-elle ralentir son développement pour ne pas perturber le confort des championnats européens ?

Un instrument politique aux mains des Chefs d'État

Il est impératif que les chefs d'État africains prennent position contre ce complot ourdi. Ils doivent rappeler à la CAF que la gestion du football africain ne saurait se faire contre les intérêts des nations. Le football est un puissant levier de diplomatie. En 2026, alors que le football africain se réveille et que chaque pays investit pour l'avenir, l'Occident semble pris de panique. L'Afrique n'est pas seulement l'avenir de l'humanité pour ses ressources naturelles, elle l'est aussi pour son génie sportif et sa capacité à mobiliser les masses.

La CAN, un accélérateur d'infrastructures chiffré

Au-delà des discours, la rédaction de Komiaza a analysé les investissements réalisés par les pays hôtes ces dix dernières années. Le verdict est sans appel : la Coupe d'Afrique des Nations est le premier levier de modernisation infrastructurelle du continent. L'exemple du Cameroun est frappant. L'organisation de la CAN a forcé l'État à injecter des sommes massives dans son infrastructure :

  • Complexe d'Olembé (Yaoundé) : Près de 200 milliards FCFA investis, incluant un stade de 60 000 places, un hôtel 5 étoiles et des terrains annexes.
  • Stade de Japoma (Douala) : Un investissement de près de 150 milliards FCFA pour un complexe multisports ultramoderne.
  • Infrastructures routières et sanitaires : Des centaines de kilomètres de routes réhabilitées ou construites dans les villes hôtes (Douala, Limbé, Bafoussam, Garoua), ainsi que la modernisation des hôpitaux régionaux.

Ces chiffres prouvent que la CAN n'est pas seulement une fête : c'est un outil de souveraineté économique. L'argument occidental qui veut aligner le calendrier pour ne pas perturber les clubs européens ignore l'impact transformateur de la compétition sur nos réalités africaines.

Pour un retour à l'âme de la compétition

Nous plaidons pour le maintien de la périodicité de deux ans, avec un retour stratégique aux dates de juin et juillet pour maximiser le marketing et capter de nouveaux partenaires mondiaux. Il faut également repenser le modèle de co-organisation : un seul pays, quelle que soit sa taille, doit pouvoir porter la CAN avec un minimum acceptable, afin de préserver l'unité de la fête. L'Afrique ne doit plus faire de concessions. Le respect se gagne sur le terrain, mais aussi dans la fermeté de protéger nos propres institutions culturelles.

Par Augustin Roger MOMOKANA