Secret d’État en solde ou salubrité publique ? La « Defense-Gate » de l’armée camerounaise.

Secret d’État en solde ou salubrité publique ? La « Defense-Gate » de l’armée camerounaise.

Si l’État-major de la 2e Région Militaire Interarmées (RMIA2) cherche désespérément sa « taupe », le peuple camerounais, lui, a trouvé une réponse à ses interrogations. La double fuite des correspondances du Général de Brigade Ngolo Ngomba ne révèle pas seulement une armée aux tiroirs percés ; elle étale au grand jour des méthodes de gouvernance qui confinent à la prédation systémique. Pour la rédaction de Komiaza, l’arroseur est arrosé, mais le champ qu’il arrosait est celui de la faute de gestion.

Les idées forces de l'éditorial :

  • Pillage institutionnel : L'armée, dotée d'un budget colossal, sollicite des véhicules auprès d'une entreprise publique défaillante (ENEO).
  • La fuite comme outil de transparence : Le digital permet de révéler des méthodes de gouvernance opaques et prédatrices.
  • La justice interpellée : Le DG d d'ENEO aurait commis une faute de gestion lourde en accédant à cette demande.
  • Urgence d'un audit interne : Le commandement de la RMIA2 doit assainir ses propres rangs avant de chercher des boucs émissaires à l'extérieur.
  • La loyauté, nouvelle sécurité : La confidentialité repose désormais sur l'intégrité des hommes, pas sur les tampons "confidentiels".

Le scandale derrière le secret : Une armée budgétivore et prédatrice ?

Au-delà de la faillite sécuritaire, c’est le contenu de la correspondance qui glace le sang. Comment expliquer qu’une armée bénéficiant d’un budget colossal pour son équipement en vienne à piocher dans le parc automobile d’une entreprise d’État ? La sollicitation de dix véhicules auprès d’ENEO est une insulte à la souffrance des usagers.

Aux yeux du peuple camerounais, ENEO n'est aujourd'hui que le synonyme de la honte et de la déception, incapable de fournir une énergie stable malgré les factures exorbitantes. Est-ce ce genre de "prélèvements" invisibles, ces pressions du képi sur le civil, qui expliquent l’incapacité de l'entreprise à remplir son cahier des charges ? Si la demande n’avait pas fuité, le Directeur Général d’ENEO aurait-il pu dire non à une telle injonction ? En actant une telle transaction, il se serait rendu coupable d'une faute de gestion lourde de conséquences.

Le digital : Dernier rempart contre l'opacité

On peut se demander s'il est encore possible de garder un secret administratif en 2026. La réponse est claire : non. Mais faut-il s'en plaindre ? Lorsque le secret sert à masquer des transactions douteuses entre institutions, la fuite devient un acte de résistance. À l’ère du tout-numérique, le moindre mécontentement transforme un collaborateur en lanceur d'alerte.

La véritable question n'est plus de savoir qui a fuité, mais comment assainir les rapports entre les patrons et leurs collaborateurs pour que la loyauté repose sur l'intégrité et non sur la crainte. Que peut la justice face à ce cas de prédation démasqué ? Si le tampon « Confidentiel » n'est plus un bouclier, il est temps que la transparence devienne la règle de gestion pour éviter que l'échec de nos entreprises publiques ne soit le prix payé pour le confort des états-majors.

Conclusion : Nettoyer devant sa porte ou périr par le clic

Le Général Ngolo Ngomba est face à un dilemme : persister dans une chasse aux sorcières contre ENEO ou admettre que le mal est dans la maison. La souveraineté d'un pays ne se construit pas sur du bitume neuf ou des rapports secrets, mais sur la solidité de ses institutions. Si l'armée ne peut sécuriser ses lettres, c'est peut-être parce que le contenu de ces lettres ne supporte plus la lumière du jour. En 2026, l'honneur de la RMIA2 ne dépendra pas de la capture de la taupe, mais de sa capacité à cesser ces méthodes de gouvernance d'un autre âge.

La Rédaction de KOMIAZA