Le succès fulgurant de Michel Kuka Mboladinga, alias « Lumumba », lors de la CAN 2025 au Maroc, n'est pas qu'une anecdote sportive. C'est l'aboutissement d'une quête spirituelle et artistique. Entre la longue préparation dans l'ombre et le message géopolitique porté sur la scène mondiale, analyse d'une performance qui dépasse les frontières d'un État.
La résidence de l'ombre : l'épuration de l'âme
Il serait injuste de blâmer la RDC pour avoir « ignoré » son génie pendant treize ans. En réalité, Michel Kuka était en résidence. Les grands artistes, ceux dont l'œuvre doit marquer l'histoire, ne se font pas découvrir tant qu'ils n'ont pas épuré leur âme. Pendant de longues années, sans caméras ni articles de presse, il a travaillé dans le secret.
Ces multiples répétitions dépassaient le cadre d'un simple État. Ce n'était pas un oubli, mais une maturation. Il préparait sa performance pour un rendez-vous universel. Et lorsque son horloge intérieure a sonné, il est monté sur la scène. Il n’y avait pas de meilleur théâtre que la CAN pour porter le message de Patrice Emery Lumumba au monde entier.
Une performance artistique et géopolitique
Sur le plan artistique, ce que propose Michel Kuka est une véritable performance. En ressuscitant l'image de Patrice Emery Lumumba assassiné le 17 janvier 1961 au Katanga, il remue les cendres de l'histoire pour interpeller la conscience d'un monde où le respect semble encore dépendre de la force brutale.
Cette performance est hautement géopolitique. À travers elle, Lumumba semble poursuivre son combat pour la liberté. Il a choisi cette tribune mondiale pour rappeler que le chemin de la paix et de la prospérité ne réside pas dans la violence, mais dans l'harmonie et la résilience. L'Afrique y apparaît debout, avançant avec les autres continents sans se renier, dans un respect d'égal à égal.
Patriotisme contre offres mirobolantes : La leçon de dignité
Le moment le plus révélateur de son épopée fut son refus de rester au Maroc après l'élimination de la RDC. Alors que la Fédération marocaine lui proposait des offres financières « mirobolantes » pour poursuivre le spectacle, Michel Kuka a choisi de regagner le pays.
Ce geste est un acte politique fort. S'il était resté par simple appât du gain, il aurait trahi l'idéal de souveraineté qu'il incarne. En rentrant chez lui, il a prouvé que la dignité ne se négocie pas. Son éventuel retour pour les phases finales porterait alors un double message : celui du patriotisme inébranlable et celui de la capacité à négocier dans la paix, sans jamais vendre son âme.
L’enjeu du développement : Inverser le regard
Le cas de Michel Kuka nous interpelle sur notre propre responsabilité. Le développement de l’Afrique ne se fera pas tant que nous exporterons nos intelligences pour les voir célébrées ailleurs. Il est temps de changer de paradigme :
Reconnaître le temps de la maturation : Comprendre que l'ombre est parfois nécessaire à la création du génie.
Valoriser nos richesses humaines : Apprendre à braquer nos propres projecteurs sur ceux qui, partout sur le continent, excellent dans le silence.
Aujourd'hui, Michel Kuka nous montre que lorsque l'heure de l'Afrique sonne, rien ne peut arrêter sa marche vers la lumière.
Par Augustin Roger MOMOKANA
MEDIAS
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