Crise à la mairie de Dschang : « Le Maire doit sortir de sa cachette ! »

Crise à la mairie de Dschang : « Le Maire doit sortir de sa cachette ! »

Depuis 72 heures, l'Hôtel de Ville de Dschang est le théâtre d'un blocus total. En cause : huit mois d'arriérés de salaires qui plongent les employés municipaux dans le désarroi. Marie Bernadette Pouth, déléguée du personnel, porte la voix des grévistes. Dans cet entretien, elle dénonce le silence du maire Jacquis Kemleu Tchabgou et l'asphyxie financière des familles.

Komiaza : Pourquoi maintenez-vous le blocus de l’Hôtel de Ville malgré le communiqué du maire de Dschang ?

Marie Bernadette Pouth : Nous en sommes au troisième jour de notre mouvement et le personnel demeure mobilisé. Nous n’avons pas reçu de réponse proportionnelle à nos revendications. Hier, le Premier Adjoint au Maire est venu nous exprimer sa compassion. Cela nous a touchés car, bien qu'il ne détienne pas les clés financières, il a eu le courage sans être mandaté de venir nous voir, contrairement au maire que nous n’avons pas aperçu depuis le début des manifestations.

Le maire n’a-t-il pas entamé de discussions avec vous ?

Pas du tout. Nous ignorons où il se trouve. Il s’est contenté d’un communiqué qui n’apporte rien à la résolution de la crise. Son attitude renforce le sentiment de condescendance et de mépris vis-à-vis des employés municipaux.

Vous avez rencontré le Préfet de la Menoua. Quelle est sa position sur ce débrayage ?

En compagnie du Délégué départemental du Travail et de la Sécurité sociale, nous sommes allés rendre compte de la situation à Monsieur le Préfet. Il nous a confié qu'il n'avait aucune information précise venant de la mairie. C'est simple : si vous avez un incendie chez vous et que vous n'appelez pas les secours, vos voisins ne viendront pas vous aider. Le Préfet attend désormais que le maire se manifeste pour que nous puissions nous asseoir autour d'une table.

Avez-vous essayé d'appeler personnellement le maire ?

Pourquoi le ferais-je ? Pensez-vous qu'il ignore ce qui se passe sous ses fenêtres ? Nous avons reçu le 4e Adjoint, le Receveur municipal et le Secrétaire général. À chacun, nous avons répété que nous voulions voir le Maire. Il est inadmissible qu'il reste invisible face à une situation aussi grave. Il doit sortir de sa cachette.

Après cette étape, quelle sera la suite de votre mouvement ?

Le blocus se poursuit. C'est « jusqu'à la gare » ! Nous voulons nos salaires, et non une simple avance de deux mois. Huit mois d'arriérés signifient huit mois d'agios et de traites impayées à la banque. Si on nous donne deux mois, les banques vont tout ponctionner. À quoi cela va-t-il nous servir ? Si, comme il le prétend, il n'y a pas d'argent, alors qu'on ferme définitivement cette mairie !

Le service public est totalement paralysé. Que répondez-vous aux usagers qui se retrouvent face à des portes closes ?

Les usagers, pour la plupart, compatissent. Ils comprennent que « ventre affamé n'a point d'oreilles ». Ils subissent la déception de ne pas être servis, mais ils soutiennent le sens de notre combat.

Certains agents de la police municipale ont été aperçus sur le marché. Sont-ils exclus de la grève ?

À mon humble avis, aucun agent ne peut travailler alors que les services centraux sont bloqués. Si un usager est sanctionné par eux, comment va-t-il régulariser sa situation alors que la caisse et la fourrière sont fermées ? C'est une situation absurde.

Quel appel lancez-vous aux autorités et à l'exécutif municipal ?

Nous exigeons que le Maire vienne s'expliquer devant l'ensemble du personnel en assemblée générale. La commune de Dschang n'est pas une petite mairie de quartier. Nous avons connu des mandats où le compte administratif était de 250 millions de FCFA sans jamais connaître de tels arriérés. Comment se fait-il qu'aujourd'hui, avec un budget de plusieurs milliards, nous en soyons là ? Le maire nous avait promis que sous son mandat, les choses changeraient. En effet, elles ont changé : nous vivons une situation de précarité jamais vue auparavant.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA