Dschang : Après l'alerte à l'enlèvement, le Pr Timtchueng appelle à une vigilance citoyenne accrue.

Dschang : Après l'alerte à l'enlèvement, le Pr Timtchueng appelle à une vigilance citoyenne accrue.

L’universitaire et militant politique Moïse Timtchueng a regagné son domicile après plusieurs jours d'incertitude. Si l'enseignant de l'Université de Dschang confirme avoir échappé à un projet d'enlèvement grâce à la mobilisation générale, il avertit que la menace qui pèse sur la liberté d'expression reste entière.

Une stratégie de terreur psychologique

Débattre n’est pas un crime, opiner n’est pas un manque de respect, et dénoncer n’est pas une agression contre le pouvoir. Ce sont, au contraire, les signes d'une vitalité démocratique. Pourtant, les méthodes de surveillance et d’intimidation rappellent les heures les plus sombres des régimes autoritaires.

Dans une déclaration publique, le Pr Moïse Timtchueng, agrégé de droit privé, a tenu à clarifier la situation : il n’a pas été déporté à Yaoundé, contrairement à certaines rumeurs. Cependant, il confirme la réalité d'un danger imminent. Des individus inconnus ont « ausculté les accès et issues de ma maison » dès le 9 décembre 2025, soumettant « ma famille à une pression psychologique insupportable. »

La force de la mobilisation collective

Si le pire a été évité, c'est grâce à un élan de solidarité exceptionnel. Autorités, collègues universitaires, médias, camarades politiques et voisins se sont mobilisés pour faire barrage à ce projet d'enlèvement. « Cette mobilisation a mis fin au ballet, mais c’est en gardant la flamme de la vigilance que l’obscur projet serait définitivement abandonné », prévient ce spécialiste des sciences criminelles.

Le retour au domicile ne signifie pas pour autant le retour à une sérénité totale. L'incertitude demeure : les commanditaires de cette machination ont-ils réellement abdiqué ?

Le spectre de l'histoire et l'impasse de la dictature

Le cas du Pr Timtchueng interpelle les plus hauts dirigeants de l’État du Cameroun. La terreur est une arme à double tranchant : loin de garantir la protection du pouvoir, elle le fragilise en l'isolant de sa base. Le « débat républicain contradictoire » possède l’avantage inestimable de favoriser l’écoute et la stabilité sociale.

L’histoire nous enseigne que la répression a ses limites. De Jean-Claude Duvalier à Mobutu Sésé Seko, en passant par Nicolae Ceaușescu ou Ben Ali, la violence contre les opposants n’a jamais suffi à sauver les régimes. Ce n'est pas toujours la mort qui chasse les dictateurs du pouvoir, mais la saturation d'un peuple qui finit par décider que le seuil de l'insupportable est franchi.

Il est impératif que le débat démocratique au Cameroun ne succombe pas aux appétits d'une poignée d'individus manipulant les forces de sécurité pour des intérêts privés, au détriment du destin national.

Par Augustin Roger MOMOKANA