Crise à la mairie de Dschang : Huit mois d’arriérés de salaires et un « Black Tuesday » en vue.

Crise à la mairie de Dschang : Huit mois d’arriérés de salaires et un « Black Tuesday » en vue.

On va voir ce pays où les gens travaillent l’argent sans être payés par ceux qui mangent l’argent. Les citoyens vont-ils organiser une cagnotte, afin que agents communaux passent de bonnes fêtes ?

Ce lundi 22 décembre 2025, l’hôtel de ville de Dschang est resté paralysé. Excédés par huit mois sans rémunération, les agents communaux ont lancé un mouvement de grève illimité, bloquant tout accès aux services publics.

Une administration à l’arrêt

« No money, no work ». Le slogan est clair. Depuis lundi matin, personne n’entre ni ne sort de la mairie de Dschang. Les usagers, venus pour des actes d’état civil ou des dossiers administratifs, ont trouvé porte close. À l’origine de cette colère : huit mois d’arriérés de salaires qui plongent les employés dans une précarité extrême.

Les témoignages sont poignants. Pour beaucoup, cette insolvabilité a des conséquences dramatiques sur la scolarité des enfants : bulletins de notes confisqués pour cause d’impayés ou impossibilité de constituer les dossiers pour les examens officiels. « On vous envoûte pour rester huit mois quelque part sans salaire ? », s’insurge un gréviste, pointant du doigt les absences répétées de l’édile, qualifié par certains de « maire le plus voyageur de la planète ».

Dialogue de sourds et échec des négociations

Face à la fronde, le maire Jacquis Kemleu Tchabgou a dépêché son 4ème Adjoint, Sanu Eric Neba, accompagné du receveur municipal. Leur proposition — une avance de deux mois de salaire — a été catégoriquement rejetée par les manifestants.

La raison est comptable : pour la plupart des agents, une telle somme serait immédiatement absorbée par les banques auprès desquelles ils ont contracté des crédits pour survivre ces derniers mois. Sans une garantie de paiement plus substantielle, les grévistes entendent maintenir la pression.

Une crise systémique : l’ombre du FEICOM

La situation de Dschang n’est pas isolée dans la Menoua. Il y a quelques jours, le maire de Santchou, François Ngoubene, a dû trouver refuge à la sous-préfecture pour échapper à la colère de ses propres administrés.

Cette crise pose la question de l’efficacité de la décentralisation. Les regards se tournent désormais vers le Trésorier Payeur Général et, surtout, vers le FEICOM (Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale). En tant que « banque des communes », l’organisme est appelé à intervenir pour éponger les dettes salariales et reverser les centimes additionnels communaux (CAC) attendus.

Vers un « Mardi Noir »

Faute d’accord, le mouvement se durcit. Les employés ont appelé à un « Black Tuesday » (Mardi Noir) ce 23 décembre. Tous les agents sont invités à se vêtir de noir pour siéger devant l’hôtel de ville. « On va voir ce pays où les gens travaillent sans être payés par ceux qui profitent de l’argent », prévient un manifestant.

La paralysie de l’administration communale de Dschang semble bien partie pour durer, à moins d’un geste fort des autorités financières ou d’une intervention directe de l’État.

Augustin Roger MOMOKANA