Université de Dschang à la croisée des chemins: que faire pour limiter la saignée?

Université de Dschang à la croisée des chemins: que faire pour limiter la saignée?

Des filières presque en cessation : philosophie, histoire, sociologie, etc. à l’université de Dschang car de plus en plus, les parents optent pour les instituts d’enseignement privé et les centres de formation professionnelle qui offrent plus de possibilités d’emplois aux enfants.

La formation de haute qualité ne suffit plus pour attirer les étudiants dans nos universités d’Etat. Ces dernières devraient plutôt inverser la politique actuelle qui consiste à maintenir les formations classiques, au lieu d’explorer les possibilités d’adaptation de ces formations afin de les rendre pratiques. Cela serait une première réponse à la crise de l’enseignement au Cameroun.

Un internaute exagère-t-il lorsqu’il affirme que ce sont les Tchadiens qui font aujourd’hui l’université de Dschang. On en compte près de 3500 sur une population estudiantine estimée à près de 15000 apprenants.

Entre la percée des instituts d’enseignement supérieur (IPES) et les crises d’effectifs de l’université publique camerounaise, une question s’impose à l’Université de Dschang et à l’ensemble de la région de l’Ouest: Que faire pour rendre plus attractive notre Université ? Au fur et à mesure que les années s’écoulent, les effectifs dégringolent, sans que quelle que soit faite pour parer à la crise.

Ainsi, l’Université de Dschang va mal : entre insalubrité et baisse drastique des effectifs. Il y a lieu de s’inquiéter et de trouver des mesures de correction, même si tous les indicateurs nous signalent que l’époque faste est désormais derrière et rien ne pourra aider à rattraper les 35000 étudiants des années 2010. La concurrence que livrent les IPES et les centres de formations professionnelle aux universités classiques est féroces et sans pitié.

Afin qu’assurer sa survie, tout est désormais dans la capacité d’innovation de nos universités publiques, car il ne suffit plus d’exhiber les Majors aux Concours d’Agrégation du CAMES, de claironner que l’on est la meilleure université d’Afrique centrale. Non ! Cela ne paie plus et s’apparente à une vague sur le rivage. La potion est ailleurs.  

Innover c’est refondre les curricula pour mettre en place des formations qui offrent des opportunités d’emplois aux bénéficiaires, parce que dosant théorie et pratique ; c’est aussi multiplier les contacts avec les investisseurs privés afin que le tissu économique local soit de plus en plus étoffé pour offrir des possibilités de stages, d’emplois; miser sur les formations professionnelles courtes (Certifications, licence professionnelles, etc.), inclure à tous les niveaux un cours pratique sur l’entrepreneuriat, les montages de projets. Cela permettrait de rendre les programmes des formations appliquées. 

Au-delà de ce qui est dit, il n’est pas superflu de souligner la volonté délibérée du Ministère de l’Enseignement Supérieur de ne pas faciliter le rayonnement de l’Université de Dschang, car comment comprendrait-on  que cette université jusqu’ici n’a pas été dotée d’une école polytechnique comme les autres Universités d’Etat ? Comment comprendre que jusqu’ici, cette université à vocation agricole ne dispose ni d’un département de médecine vétérinaire ni d’un département de biotechnologie.  De tels départements ou école non seulement forment des techniciens supérieurs et des ingénieurs prêts à l’emploi, mais concourent à répondre à la lutte contre le chômage et à la dissémination des savoir-faire sur le territoire.

Aussi, il va sans dire que si le top management de l’Université de Dschang est interpellé pour innover ses offres d’enseignement, l’élite régionale également doit investir dans la création d’entreprise dans le territoire de la région de l’Ouest.

Augustin Roger MOMOKANA