Avis tranché de Joseph Espoir Biyong : « la vérité c’est que le président Issa Tchiroma a gagné ».

Avis tranché de Joseph Espoir Biyong : « la vérité c’est que le président Issa Tchiroma a gagné ».

Des patrons de médias convoqués à se présenter lundi 17 novembre devant le préfet du département du Wouri : le pdg de Balafon, Cyrille Bojoko, le Pdg du Groupe Equinoxe, Séverin Tchounkeu et le 6e Adjoint au maire de Douala Ve, Joseph Espoir Biyong.

La convocation administrative servie au 6e Adjoint au Maire de Douala Ve, Joseph Espoir Biyong, aliment les discussions sous les chaumières, dans la rue et la toile: la Cameroun a-t-il définitivement basculé dans une dérive autoritaire inédite. Désormais, la liberté d’expression, si elle ne sert pas le régime de Paul Biya, pourrait conduire à la baïonnette et peut-être à la potence selon le cas.  Ce qui amène Jean-Claude Mbede Fouda à déclarer dans une lettre à l’archevêque de Yaoundé : « L'ombre qui plane sur notre nation depuis l'élection présidentielle du 12 octobre 2025 est une ombre de sang et de larmes. »

Pourquoi Joseph Espoir Biyong est-il convoqué par l’autorité administrative ? Serait-ce pour le sermonner ou pour tenter de lui faire retourner la veste ? Sur les réseaux sociaux, l’appel à la mobilisation est lancé pour que Douala accompagne l’adjoint au maire de Douala Ve chez le préfet du Wouri. Nombreux sont ceux voient derrière cette convocation le dernier passage de l’homme politique sur le plateau d’Equinoxe Télévision.

 « Je vais vous dire la vérité : la vérité c’est que le président Issa Tchiroma Bakary a gagné.et comme ça gène tout le monde, et comme les autres ont les armes, l’armée, les institutions et tout pour pouvoir s’imposer par la force, eh ben, ils n’accepteraient jamais », a déclaré l’élu local dans un entretien accordé à AFRIK INFORM.  Il est attendu lundi 17 novembre 2025 à la préfecture du Wouri.

Les autorités camerounaises parlent d’une main tendue du chef de l’Etat depuis la tenue de son discours d’investiture. Est-ce que c’est un narratif que vous partagez ?

 La main tendue du chef de l’Etat ? Le chef de l’Etat a tendu la main à qui ? À ses amis… à ceux qui l’ont soutenu ou à tous les camerounais ? C’est possible qu’il ait tendu la main, vous voyez, il y a le ministre de l’administration territoriale qui fait le tour du Cameroun depuis quelques jours, depuis lundi. Apparemment  il était dans l’Adamaoua, il était dans l’extrême-nord, il était dans le nord, hier, je crois, il était à Douala également. Mais à Douala il a travaillé avec qui ? Des communautés proches du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, des gens qui manifestement ne contestent pas sa victoire. Il n’a pas tendu la main à ceux qui pensent qu’il n’a pas gagné, à ceux qui pensent que la victoire lui a été attribuée par le Conseil constitutionnel, à ceux qui pensent que l’on devrait avoir une commission de recomptage des votes, une commission indépendante qui soit conduite soit par l’Union africaine soit par l’ONU. Donc, en réalité, le président de la République n’a tendu la main qu’à ceux qui sont avec lui. C’est normal qu’après qu’ils aient été ensemble, qu’ils se saluent. Leur main tendue ne nous concerne pas, nous autres qui pensons que le président de la république n’a pas gagné.

Ces autorités disent que l’élection présidentielle est désormais derrière nous.

Oui ! Puisqu’ils pensent qu’ils ont gagné et qu’ils ont même déjà prêté serment. Je pense, si mes informations sont bonnes, il y a même les rumeurs d’un possible remaniement ministériel qui viendrait. Donc l’élection est derrière eux. Pour nous qui continuons à revendiquer la transparence électorale nous continuons à espérer qu’un jour une commission sera mise en place pour que la vérité soit dite. Et, à l’issue de cette vérité, on va se plier à la vérité, à la transparence. On a proposé plusieurs méthodes qui permettraient à tout le monde de lever toute suspicion de victoire volée : par exemple, une commission indépendante conduite par l’ONU ou par l’Union Africaine ou même par des organisations non gouvernementales au Cameroun. Vous vous souvenez qu’il y a une organisation présidée par Me Ndocki qui s’est proposé de faire le travail de suivi et de compilation des votes pour que le moment venu… à la dernière minutes j’ai appris qu’elle est en exile en Côte d’Ivoire. Pourquoi s’est-elle sentie contrainte d’aller en exile ? Parce que effectivement son travail dérangeait…on ne peut pas continuer à narguer les camerounais en leur faisant croire que l’élection est derrière nous, sans aucune transparence possible. Récemment, je l’ai cité sur un plateau de télévision, le ministre Grégoire Owona qui avait dit qu’ils ont les   31 653 PV. Pourquoi est-ce que jusqu’à date ils n’ont pas pris la peine, par souci de transparence, de scanner leurs PV et de les mettre dans les réseaux sociaux pour que le peuple camerounais qui était en contact avec ces PV et ces résultats puisse en être le juge suprême. Dans toute société humaine, le véritable souverain c’est le peuple. Le peuple ne va plus revenir sur les décisions du conseil constitutionnel, mais au moins ça va l’apaiser. Est-ce qu’il y a meilleure solution que décrisper le peuple camerounais ? En fait, c’est celui qui cache quelque chose qui n’a pas besoin de transparence.

Si le ministre de l’administration territoriale, M. Paul Atanga Nji était soucieux de la transparence et aurait souhaité que les jeunes qui sont mort, lui-même l’a dit sur Canal 2, qu’il y a eu 13 morts dans le Wouri… est-ce qu’une personne méritait de mourir après une élection transparente, après une élection qui ne laisse aucune suspicion ?

Il a précisé que certains sont morts suite à des bousculades !

Lui seul sait parce qu’il a les résultats des enquêtes. Moi je le dis, rien ne justifie qu’à l’issue d’une élection présidentielle, qu'il y ait des morts. Il devait plutôt avoir des liesses populaires de joie, les gens qui sont contents que leur candidat a gagné. Mais vous avez vu, après la proclamation des résultats, toute la ville de Douala était triste. C’est clair que le président Paul Biya a perdu officiellement dans la ville de Douala. C’était normal que les gens soient tristes. A quel moment nous avons vue des liesses de joie ? Je vais vous dire la vérité : la vérité c’est que le président Issa Tchiroma Bakary a gagné. Ça gène tout le monde. Et comme les autres ont les armes, l’armée, les institutions et tout pour pouvoir s’imposer par la force eh bèh, ils n’accepteraient jamais. La politique a ceci de particulier qu’on a des opinions divergentes. Les soutiens de Paul Biya pensent que Paul Biya a gagné. Ils ont le droit de le dire. Les soutiens de Tchiroma, comme moi, je pense que Tchiroma a également gagné. Qu’est-ce qui devait nous départager ? Une méthode transparente qui met en place tous les  éléments nécessaires pour qu’il n’y ait plus de suspicion. Mais eux, ce qu’ils ont pour nous empêcher d’avoir des suspicions c’est le fouet, c’est les menaces, c’est la prison, et pour les moins chanceux c’est la mort. Voilà la démocratie camerounaise. Moi, je ne vais jamais accepter un résultat qui ne peut pas être démontré.

Entretien retranscrit par Augustin Roger MOMOKANA