Le tour-ci s’apparente à 1992. Cette année-là, Ni John Fru Ndi avait été assigné à résidence surveillée chez lui à Bamenda. Parce que, disait Yaoundé, il avait osé revendiquer la victoire à l’élection présidentielle du décembre.
Finalement, et la police déployée pour le capturer avait mis trois semaines à tourner en rond, empêchées par plus de 200 partisans mobilisés et décidé à se faire marcher dessus, voire au prix de sa vie, si Paul Biya s’entête à extraire le chair man de sa résidence. Les civiles ne possèdent pas d’armes, mais l’effectif et la détermination sont plus que des chars de guerre.
Le magazine Jeune Afrique Economie (N°162 décembre 1992) avait consacré un dossier spécial sous le titre : « Le calvaire de John Fru Ndi ». Il y était question de la crise post-électorale au Cameroun. Et les révélations furent fracassantes : on y découvrit la liste des personnes séquestrées dans ce qu’il avait baptisé le palais de Ntarikon.
En 2018, à l’issue du vote, Kamto a revendiqué la victoire. Paul Biya s’est laissé emporter et l’a attrapé pour jeter en prison. De nombreuses personnes interpellées dans le cadre des marches dédiées se trouvent encore emprisonnées. Parmi elles le professeur Medar Fogue et M. Bibou Nissack.
En 2025, nous y voici. John Fru Ndi n’est plus, de nombreux acteurs de son calvaire ne sont plus de ce monde. Mais Paul Biya, le même homme revient en force et sans doute plus revigoré. Cette fois-ci c’est contre Issa Tchiroma Bakary, exactement dans les mêmes conditions. Mais sauf que de nombreux morts gisent déjà dans le sang.
Depuis près de deux semaines déjà, l’ex-ministre de l’emploi et de la formation professionnel se trouve reclus dans sa résidence à Garoua, dans la Région du Nord. Il y est encore grâce à la vigilance de plusieurs centaines de ses partisans mobilisés pour assurer sa garde.
Le problème part de ce que Issa Tchiroma Bakary a, dès le 14 octobre soit deux jours après le vote, déclaré sa victoire à l’issue du comptage des votes dans les bureaux de vote. La sortie a irrité le gouvernement qui, depuis lors, s’acharne contre sa personne. Selon les lanceurs d’alerte, cinq snipers campent sur une résidence en face de celle d’Issa Tchiroma. Ces snipers auraient ouvert le feu, à trois reprises, sur la foule qui assure sa sécurité du candidat qui s’est autoproclamé élu.
A l’analyse du résultat électoral, il devient de plus en plus plausible de repenser la carte politique du Cameroun. Refonder le Cameroun non pas sur la base de la décentralisation dont nous tous avons vu les limites (les gens tiennent la bourse à Yaoundé) mais sur celle d’une fédération.
La fédération à six Etats, puisqu’il serait malvoyant d’envisager le Cameroun nouveau absolument par les résultats des urnes. Le voir plutôt sous le prisme culturel semble plus approprié pour refonder un Etat fort et assis sur un consensus national. Voici le nouveau Cameroun tel :
• Région de Kousseri : (Extrême-Nord)
• Région des Mandara (Adamaoua, Nord)
• Région de la Sanaga (Centre et Sud)
• Région du Lom Pangar (Est)
• Région du Wouri (Littoral et Sud-Ouest)
• Région des Bamboutos (Ouest et Nord-Ouest)
Il convient de souligner qu’au sortir du scrutin et selon le conseil constitutionnel, le Cameroun pourrait être divisé en trois grands blocs : le Grand Nord (acquis à Issa Tchiroma), le Grand Centre (acquis à Paul Biya), l’Ambaland (acquis à Paul Biya, mais ses résultats sont contestés du fait du poids de la crise anglophone) et le Littoral-Ouest (acquis à Issa Tchiroma).
Augustin Roger MOMOKANA
MEDIAS
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