Sciences : les inégalités environnementales comme sources des vulnérabilités dans six villes CMR.

Sciences : les inégalités environnementales comme sources des vulnérabilités dans six villes CMR.

#Komiaza.com - Le travail de recherche soutenu mercredi 30 juillet 2025, à l’Université de Dschang, par Raïssa MAFOKOU KENFACK en vue du titre de Docteur en Géographie a pour ressort l’exposition des habitants aux crises naturelles (inondations et éboulements de terrain) découlant des inégalités environnementales (les moyens dont dispose tout un chacun et les rapports entre les politiques et les citoyens) interpelle le gouvernement et les collectivités territoriales décentralisées.

« Catastrophes hydro-climatiques et inégalités environnementales dans les villes de l’Ouest Cameroun : approche par la Urban Political Ecology pour atténuer la vulnérabilisation. »

Le thème de la thèse de Raïssa MAFOKOU KENFACK s’articule sur les sources des vulnérabilités des citoyens de six villes de l’Ouest Cameroun : Dschang, Santchou, Foumban, Bafang, Bafoussam et Mbouda. Dans son argumentaire, la chercheure s’est montrée tout à fait à la hauteur de ce thème d’un grand intérêt pour les planificateurs et les urbanistes. D’ailleurs, le jury a vu en ce travail est un précieux outil pour comprendre les causes de la surexposition non pas seulement des villes ciblées mais de la quasi-totalité des villes camerounaises.

« Dans une approche de la Urban Political Ecology- c’est-à-dire ce regard développé au milieu du 20e siècle et qui permet de considérer le système urbain comme étant le produit des interactions du milieu naturel et social qui régulent les relations de pouvoir ou de force entre les acteurs politiques et les citadins à propos des questions environnementales- il était question d’analyser comment les rapports de pouvoir ou de force entre les citadins dominés, citadins dominants et leurs administrateurs nourrissent la vulnérabilisation face aux catastrophes hydro-climatiques », souligne Raïssa MAFOKOU KENFACK.

Devant d’éminents géographes, la candidate a démontré que l’acquisition des terrains dans les villes ciblées souffre de trois facteurs (l’absence de la planification foncière, la spéculation foncière, les inégalités sociales) qui ont en commun le déséquilibre des moyens financiers de l’acquéreur. Ainsi, chacun achète son terrain et s’établit là où ses moyens le lui permettent. Ainsi, ceux qui vont se lotir sur les flancs de collines graves ou dans les zones marécageuses choisissent ces zones non pas par fantaisie ou goût du risque, mais parce qu’ils n’ont pas des ressources financières suffisantes pour s’octroyer un lotissement dans des zones à très faible exposition. 

La thèse a permis aux évaluateurs de pointer le doigt sur le point essentiel de l’urbanisation des villes camerounaises voire africaines : le plan de prévention des risques. Constatant que si le Cameroun dispose d’une loi récente (novembre 2024) qui traite de la protection civile, cela ne résout pas pour autant les risques et les catastrophes auxquels sont exposés les citadins.

Toutefois, en citant en exemple le Palais des Sports de Warda à Yaoundé - il a été construit sur un marécage - le Professeur NGOUANET Chrétien, démontre qu’à la vérité, la vulnérabilité peut être domptée par l’homme. Pourvu que les ressources financières et techniques soient disponibles. D’où la nécessité pour chaque territoire administratif de disposer d’un plan de prévention des risques.

Aussi, le plan de prévention des risques doit être un précieux outil de prise de décisions pour la planification et le développement des territoires. En plus de la réglementation il comprend la caractérisation des sols, la cartographie et les types d’aménagements possibles sur chaque territoire conformément au POS (Plan d’occupation des sols) en vigueur. Ce qui n’est pas le cas en ce qui concerne le Cameroun où la réglementation en vigueur depuis 2024 concerne spécifiquement les mesures et les différents acteurs qui interviennent dans la gestion d’une catastrophe naturelle. Pourtant, l’intérêt aurait été de mettre les citadins à l’abri des risques et des catastrophes, c’est-à-dire que l’Etat aurait dû prendre, avant toute chose, des mesures de prévention. Sinon, pour la ville de Santchou qui est une plaine, par exemple, la réalisation du drainage doit prendre en compte les roches du sol ou la géomorphologie, la pluviométrie et le bassin versant. Cela pour éviter les inondations à répétition que subit ce territoire administratif.   

Et, parlant des crises environnementales mettant en péril les habitants ou leurs biens, les scientifiques veulent recadrer l’opinion publique sur la notion de catastrophe. D’après eux, tout n’est pas catastrophe. Oui, ce que l’homme de la rue considère généralement comme une catastrophe ne l’est pas forcément. Parce que tout repose sur l’impact de la crise. De ce point de vue, tout risque ou accident naturel (inondation, éboulement) pourra ne pas être classifié catastrophe. Parce que ne faisant pas appel aux moyens extérieurs (matériels, financiers, humains, techniques) pour vous permettre de surmonter les dommages subies.

En clair, les inondations du quartier Régie à Dschang ne sont pas des catastrophes, parce que leur gestion n’a imposée ni aux habitants  ni à la collectivité de sollicité les moyens extérieurs (gouvernement, organismes internationales spécialisés). La commune a délogé les riverains du cours d’eau qu’il a élargie afin de permettre aux eaux de circuler sans entraves.  Par contre, les événements de même nature survenus à Badoum dans l’arrondissement de Fokoué, ou le double éboulement de la falaise de Dschang, sont classifiés catastrophes. Parce que leur gestion a nécessité des forces extérieures dont celles du gouvernement et de la diaspora.

Au terme de plus de trois heures d’échanges avec la candidate Raïssa MAFOKOU KENFACK, le jury composé du président : TSAYEM DEMAZE Moise (Professeur) ; rapporteur : YEMMAFOUO Aristide (Professeur) ; membres : NGOUANET Chrétien (Maitre de Recherche), NDOKI Désiré (Maitre de Conférences) et Julius TATA NFOR (Maitre de Conférences) a trouvé « le sujet très pertinent, l’approche mobilisée très innovante qui débouche sur des résultats utiles à la prise des décisions, l’apport significatif de la thèse à la géographie de l’environnement ». Pour cela et bien d’autres valeurs, la candidate a été déclarée Docteur de l’Université de Dschang, avec la mention « Très Honorable ».

En conclusion, si vous construisez votre maison sur une pente ou un marécage sans prendre les précautions nécessaires pour réduire votre vulnérabilité, vous vous êtes exposé aux risques. De même, les mairies doivent anticiper sur la vulnérabilité de leur habitants, par des études de caractérisation des sols dont la finalité consiste à déterminer les espaces habitables (zéro risque, risque minable, risque moyen, risque grand).

 Augustin Roger MOMOKANA