Présidentielle 12 octobre: Mgr Lontsie-Keune se fait la bouche de ceux qui n’ont point de bouche.

Présidentielle 12 octobre: Mgr Lontsie-Keune se fait la bouche de ceux qui n’ont point de bouche.

#Komiaza.com - « Le peuple murmure … nous nous interrogeons. » Tel est le titre du message de Mgr LONTSI-KEUNE, évêque du diocèse de Bafoussam à ses ouailles et « aux personnes de bonne volonté ». C’était le 28 juillet 2025 à l’occasion de la fête des saints Lazare, Marthe et Marie. 

« Le cri du peuple qui déchire le silence et perse tous les bruits qui cherchent à l’étouffer se fait davantage entendre au cours de ces années qui conduisent à l’élection présidentielle annoncée pour le 12 octobre prochain ».

Quels sont ces cris du peuple ?

Il dénonce le report des élections municipales  et législatives initialement prévue pour mars dernier et qui probablement ne seront organisées qu’après l’élection présidentielle. Cela était stratégique pour le régime de Paul BIYA. Parce que les maires et les parlementaires actuels doivent se battre pour lui permettre de conserver son fauteuil, avant d’être éjecté à leur tour.

Il dénonce l’envahissement le 26 juillet 2025, jour de proclamation des candidatures retenues pour l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, des grands carrefours de certaines villes du Cameroun par les forces de sécurité. « Redoutait-on la réaction du peuple ? », s’interroge-t-il. « La Vérité et la Justice ont-elles besoin des forces armées pour s’imposer à tous ou pour se protéger ? »

Il dénonce le rejet par ELECAM de la demande faite par les partis politique de publier les listes fichier électoral. ELECAM se fonde-t-il sur la loi pour rejeter la demande des partis politiques ? Le recours introduit auprès du conseil constitutionnel a subi le rejet pur et simple. Ces revendications sont-elles contraires au code électoral ?

Les restrictions systématiques des libertés publiques reconnus aux citoyens et aux partis politiques, ainsi que la restriction de l’espace publique. Cela traduit-il la volonté de museler les citoyens et de les réduire aux silences afin qu’ils n’expriment pas leur volonté en cette période électorale ?

L’explosion du tribalisme et des discours haineux sur les réseaux sociaux témoignent-ils de la volonté de « diviser pour mieux régner ? »

Et où les hommes du pouvoir laissent-ils la paix durable ?

Pour tout ce constat et au nom de la paix durable, Mrg Paul LONTSIE-KEUNE rappelle qu’ « aucune paix durable et véritable ne peut advenir avec le mensonge, les intimidations, la peur, le déni du droit, l’injustice, la corruption, l’achat des consciences, l’instrumentalisation du droit et son interprétation à géométrie variable pour des fins politiciennes. »

L’évêque de Bafoussam convoque l’Ecclésiaste : « Il y a un temps pour tout, un temps pour toutes les choses sous les cieux. » (Eccl.3, 1),  qu’il renchérit avec Claude Lefort : «Le lieu du pouvoir apparait comme un lieu vide, et ceux qui l’exerce ne peuvent  s’y maintenir qu’à condition de se soumettre à la règle du jeu démocratique, c’est-à-dire admettre qu’ils ne sont là que provisoirement. »

L’alternance en démocratie est une très bonne chose !

Mgr Paul LONTSIE-KEUNE rappelle à tous les acteurs politiques et sociaux que l’alternance est un très grand bien pour une nation car elle permet le renouvellement pacifique du pouvoir. Elle évite que des individus confisquent le pouvoir, renonce à la légitimité des institutions.  L’alternance n’est pas une vue de l’esprit, elle est essentielle à la consolidation de la démocratie.

Fort du constat selon lequel l’alternance est une valeur politique irremplaçable en démocratie, l’évêque de Bafoussam se tourne vers le conseil constitutionnel qui a enregistré près d’une trentaine de recours dans le cadre du contentieux pré-électoral. 

« Nous en appelons à la vérité et à la conscience des membres du Conseil Constitutionnel et à leur sens de responsabilité devant le peuple camerounais, devant l’Histoire et devant Dieu. » donc si Clément ATANGA et les LEKENE DONFACK et les MINKOA SHE sont conscients que Dieu existe et que tout ce que l’homme fait de bien comme de mal il voit et l’apprécie en fonction du contexte, eux-mêmes ils savent ce qu’ils ont à faire. « Nous les appelons à ne dire que le droit et rien que le droit, à rendre justice et rien que la justice ; loin de toutes influences politique, administrative et partisane, par fidélité au serment qu’ils ont prêté, de telle sorte que le peuple ait vraiment la nette impression que la justice a été effectivement rendue », écrit-il dans son message aux fidèles et aux personnes de bonne volonté.  

Il faut que le message de Mgr Paul LONTSI KEUNE résonne dans la tête des chrétiens et des croyants du Cameroun, de tous ceux qui ont la mission de prendre un bulletin pour mettre dans l’urne.  Car cet appel ne doit pas être en vain : « Donne-nous [Seigneur Notre Dieu] de crier, de pleurer pour ceux qui ne peuvent ni crier ni pleurer et dont le cri est étouffé par le bruit et la voix des puissants de ce monde. Que Ton règne vienne Seigneur sur notre terre, et qu’advienne un monde plus beau et plus fraternel pour lequel tu es venu. »

Augustin Roger MOMOKANA