Conte du jour : l’élève de la cantine.

Conte du jour : l’élève de la cantine.

#Komiaza.com - C’était à l’époque où chaque parent d’élève choisissait la place de son enfant dans la salle de classe. La plus part des maitres ne se préoccupaient pas de ces choses-là. Ils se contentaient de réserver les trois premières rangées aux enfants des parents conscients. Un parent conscient est solidaire, reconnaissant, large, bienveillant vis-à-vis du maitre de son fils. Les autres enfants, ceux issus des parents baveux devaient se débrouiller.

Monsieur Demgning tenait les classes de Cour Moyen jumelées. Il était au même poste depuis une trentaine d’années. Comme ses jeunes collègues, il est tombé lui aussi dans la poubelle de la corruption. Il allait rencontrer les parents à la maison pour leur proposer la bonne place à leur enfant contre une bouteille de bière, accusant l’Etat de ne pas suffisamment lui donner les moyens pour exprimer tout son talent.  Certains parents lui remettaient qui un régime de plantain, qui un coq ou une poule, qui une calebasse d’huile rouge, qui de l’argent en espèce.

L’élève Metopa appartenait à la race des damnés. Ses parents avaient maille à s’en sortir face aux difficultés de la vie. Son père avait fini par abandonner le travail d’aide maçon pour avait se consacrer à sa petite plantation. Metopa avait choisi de s’asseoir au fond de la classe, près de la fenêtre, de manière à voir tout ce qui se passe en face, dans la cantine de l’école. Ainsi il était plus en phase avec la vie dans la cantine qu’avec le travail dans la salle de classe. Cela lui valait assez fréquemment des punitions, soit parce qu’il ne fut jamais en phase avec la leçon soit parce qu’il fut surpris entrain de regarder dehors.

Un jour, après avoir posé la marmite au feu, après y avoir mis du sel, la cuisinière porta la cuvette et se diriger vers la fontaine. Entre temps, son aide entra toute affairée, jeta son sac à main sur la vieille table et se précipita vers la marmite au feu. Elle l’ouvrit et constata qu’elle bouillonnait à peine. C’est ainsi qu’elle alla prendre une poignée de sel.

Au moment où elle allait mettre le sel dans la marmite, Metopa, depuis la salle de classe s’écria : « ne le faites pas. Mami a mis du sel avant de sortir. »

Le maitre et les élèves furent interdits par ce comportement. Après avoir suspendu son activité pendant quelques minutes, le maitre vint à Metopa et lui ordonna de sa voix grave et sentencieuse : « Levez-vous ! Prenez votre sac et sortez de ma classe ! Vous êtes exclu tant que je ne verrai pas vos parents ! » dit Monsieur Demgning. Puis il alla lui ouvrir la porte de la classe.

Metopa ne se fit pas prier avant pour se soumettre à la sentence du maitre. Dès qu’il fut hors de la classe, il balança : « Vous auriez dû faire comme Monsieur Mopi. Dans sa classe c’est lui qui attribue les places aux élèves. Ainsi chaque élève s’assoit en fonction du métier qu’il aimerait exercer dans le futur. Les ingénieurs sont ensemble, les enseignants ensemble, les policiers ensemble, les médecins ensemble, les pilotes ensemble, les artistes ensemble, les commerçants ensemble, les artisans ensemble, les sportifs ensemble, et le désert est coin qui accueille ceux qui n’ont pas pu rester dans leur carré. Il arrive régulièrement que certaines personnes tombées dans le désert travaillent dur pour retrouver leur cercle ».

Tenant le poignet de la porte, comme enchainé à elle, Monsieur Demgning ne quitta point l’élève du regard, jusqu’à ce qu’il se perdit au loin.

Augustin Roger MOMOKANA